Les excès alimentaires c’est psychique !

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Maintenant que j’habite au Japon, je ne suis plus soumis au spectacle affligeant de ces femmes croisées dans les rues de Santa Cruz de Tenerife, pourtant belles de visage, qui se sont volontairement dégradées en se livrant à des excès sans nom de nourriture compulsivement ingurgitée cinq à six fois par jour. Plus on en reprend plus on est certain de faire péter le ressort de la balance … Ici au Japon, la nourriture quotidienne est loin d’être frugale mais elle est équilibrée sans aucun excès de féculents hormis le riz qui n’a jamais fait grossir personne. Je fais maintenant des excès de poisson cru, essentiellement du thon, des excès de légumes dont j’ignorais l’existence il y a encore peu de semaines, et de toutes sortes de petits plats qu’on déguste avec application car l’usage des baguettes ne s’improvise pas et il laisse le temps de savourer ces petites parcelles de nourriture saine, simple et pourtant toujours réjouissante pour les papilles gustatives. Il n’y a pas photo, la cuisine japonaise traditionnelle est tout simplement parfaite et je ne comprends toujours pas que Tokyo compte 19 restaurant étoilés trois fois par le Guide Michelin, essentiellement des restaurants français, car cet art japonais de la cuisine remontant à des traditions séculaires est inimitable.

Est-ce la personnalité qui guide les penchants culinaires, les Japonais seraient-ils particulièrement disposés à des délicatesses culinaires sophistiquées en raison de la sophistication de leur culture ? On pourrait le croire en parcourant cette étude réalisée en Suisse sur les habitudes alimentaires d’un échantillon pris au hasard de 951 personnes (toutes helvétiques) auxquelles avait été envoyé un questionnaire simple permettant d’établir une corrélation entre la personnalité et les habitudes alimentaires et le résultat est tout à fait surprenant : notre rapport avec la nourriture est directement commandé par notre psychisme – et nous n’y pouvons rien, peut-être que notre comportement date de notre profonde enfance.

Il y a cinq dimensions basiques définissant la personnalité d’un individu : l’ouverture d’esprit, la prise de conscience, l’extraversion, l’amabilité et la névrose. C’est un peu schématique, on en convient, mais c’est sur cette base que l’étude dirigée par Carmen Keller de l’Institut Fédéral de Technologie a tenté de différencier le comportement des individus vis-à-vis de la nourriture. Par exemple, bonne question, pourquoi mange-t-on ce que les autres mangent ? La question ne se pose pas quand on est réuni pour un dîner entre amis mais elle se pose quand on se trouve dans la situation banale et triviale consistant à errer entre les linéaires de son supermarché favori. On voit une personne remplir son chariot de denrées dont on n’a pas vraiment décidé de se munir. Et pourtant un moment d’inattention va faire qu’on va aussi acheter la même denrée parce que l’emballage la rend appétissante. La personne névrotique prendra trois ou quatre emballages du même produit pour se gaver de calories afin de négocier avec ses émotions négativantes. Ce n’est pas moi qui l’affirme c’est l’auteur de cette étude.

L’extraversion, qui, contrairement à la névrose ou au manque de conscience, a tendance à rassembler les connotations les plus positives dans la vie en société a aussi été rapprochée des habitudes alimentaires. On pourrait s’attendre à ce qu’une personne extravertie se limite dans ses excès alimentaires ne serait-ce que pour prendre soin de sa santé qui doit « paraître » satisfaisante. Or, selon cette étude, il n’en est rien : les extravertis sont en réalité des jouisseurs qui abusent de toutes sortes de nourritures par forcément bonnes pour leur santé. Leur recherche de la convivialité les pousse à consommer plus de viandes, de sucreries et de soft-drinks sucrés. Pour eux c’est un synonyme de sociabilité, un comportement incluant des dîners et autres cocktails avec des amis.

Cette étude en déduit que les caractéristiques définissant certaines personnalités sont classées « à risques » dans un comportement global pas vraiment sain. En fait se situer en permanence dans un environnement alimentaire sain est directement lié à notre tendance générale à réguler nos émotions et le contrôle de nous-même et non pas à calculer jour après jour si nous sommes dans la bonne voie en décomptant les calories que nous ingérons et la quantité de trans-fats que contiennent nos aliments.

En d’autres termes il se pourrait que nous soyons en dessous de la connaissance de nous-même pour ce qui concerne nos résolutions de perte de poids, comme par exemple comment on réagit à une dure journée de travail ou à un invitation à un cocktail où il y aura assurément abondance de boissons et de nourriture. Il s’agit là d’une nouvelle direction de recherche vers l’identification des capacités de contrôle des individus quant à leur alimentation.

L’étude n’a concerné que des Suisses, certes, mais elle révèle la complexité du comportement des personnes soucieuses de leur « ligne », femmes ou hommes, car elles ignorent à quel point leur personnalité peut leur jouer de mauvais tours (voir le lien) comme par exemple, parmi tant d’autres, les femmes en surpoids peuvent voir leur salaire diminué de 9000 dollars par an (dixit The Guardian) et si elles sont à l’évidence – qui ne peut se cacher – obèses, alors il leur est difficile de trouver un nouveau job sans perdre d’avantages salariaux conséquents. Les hommes en surpoids semblent mieux traités que les femmes mais l’étude du Docteur Jennifer Shinall (voir le lien) est limpide : mesdames, surveillez votre poids !

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On peut pas dire que les Japonais sont particulièrement extravertis, la discrétion et le sens de l’esthétique font partie de la culture de ce pays et pour en revenir à la cuisine japonaise, je voudrais seulement présenter les petits plats que m’avait concocté ma charmante épouse quand j’ai commencé à rédiger ce billet. Il y a un sashimi de dorade (onagataï) fraichement retirée de l’océan, marinée quelques minutes dans de l’huile d’olive vierge (d’Espagne) avec des épices dont j’ignore le nom, un assortiment de légumes, tomates et petites asperges vertes très tendres juste ébouillantées entourant un œuf dur réduit en petits morceaux dressés dans une sauce genre mayonnaise mais faite maison à la mode japonaise. Il faudra que je demande à mon épouse son secret. Ce qu’on ne voit pas est caché par les petites asperges : un mélange de thon cuit, d’algues et d’oeufs de thon assaisonnés avec un vinaigre de pamplemousse (fait maison) sur un lit de feuilles de laitue … Je défie un quelconque chef français, y compris multi-étoilé par le Bibendum d’arriver à ce summum gastronomique d’une simplicité inégalable. Sur une autre assiette des petites cuisses de poulet fermier préparées (ou cuites ?) avec une sauce au soja un peu pimentée à mon goût. Le riz, dans un bol, est là pour éventuellement diminuer l’effet du piment. Le tout se déguste délicatement avec des baguettes.

Il suffit d’allier l’envie de manger sainement avec la satisfaction esthétique du regard pour satisfaire son appétit qui naturellement n’a pas besoin d’excès, un repas simple, léger, préparé uniquement avec des ingrédients sans reproche en quelques minutes … Pourquoi aller s’empoisonner avec des trucs industriels immangeables ou claquer des fortunes dans des grands restaurants …

Sources :

Appetite, Volume 84, 1 January 2015, Pages 128–138

http://www.theguardian.com/money/us-money-blog/2014/oct/30/women-pay-get-thin-study

http://news.vanderbilt.edu/2014/10/overweight-women-labor-market/

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