Nouvelles du Japon (Agence Kyodo) : terrifiant !

KadenaAirBaseOkinawa

En ces temps d’incertitude géopolitique il est bon de raviver quelques souvenirs perdus. Premières victimes de l’orage nucléaire à Hiroshima et Nagasaki qui ne fit même pas un dixième des morts consécutifs aux bombardements incessants pendant des mois de la métropole tokyoïte avec des engins au phosphore pour mieux brûler à vif les civils, les Japonais viennent de révéler (voir le lien) l’incroyable histoire qui se déroula à Okinawa et qui aurait pu annihiler l’ensemble de l’humanité en raison d’une simple erreur de transmission depuis une base de missiles un certain 28 octobre 1962. Il faut resituer les évènements terrifiants relatés par l’agence Kyodo ce 27 mars dernier. Au cours de l’automne 1962, l’Union Soviétique achemina des missiles à charges nucléaires à Cuba capables d’atteindre des cibles sur le territoire américain. Le Président John F. Kennedy considéra très sérieusement des options militaires comme contre-mesures et les deux super-puissances se trouvèrent ainsi au bord de l’affrontement nucléaire. Des témoignages de vétérans (anciens militaires à la retraite) qui furent acteurs dans cette crise nous font découvrir un aspect encore largement inconnu de cette crise, l’envoi précipité d’informations et d’ordres d’exécution au milieu de cette crise d’une rare intensité qui auraient pu être l’étincelle initiale conduisant à l’anéantissement de l’humanité.

Selon John Bordne âgé aujourd’hui de 73 ans et ancien membre du 873e escadron de missiles tactiques de l’Armée de l’Air Américaine, quelques heures après que l’une de ses équipes fut appelée pour la relève de minuit ce 28 octobre 1962 au centre de contrôle des missiles dans le village de Yomitan sur l’île d’Okinawa, un message radio codé en provenance du centre opérationnel des missiles nucléaires de la base américaine toute proche de Kadena parvint aux sites opérationnels. Il y avait à Okinawa huit missiles Mace B Martin Marietta prêts à être tirés depuis le site de Yomitan appelé aussi par les militaires en poste « Site One Bolo Point ». Mais il y avait trois autres sites sur l’île comportant chacun 8 missiles, soit 32 fusées munies de charges nucléaires et l’ensemble était commandé par le Centre des opérations de Kadena à Okinawa.

La mission de Bordne était la maintenance des missiles afin qu’ils soient toujours prêts à être tirés. Il y avait trois équipes de 8 heures (le traditionnel 3×8 aboli par Marine Aubry en instituant les 35 heures) qui déconnectaient les missiles pour les neutraliser, inspectaient la tête nucléaire, l’ogive de protection et les systèmes de contrôle de vol puis reconfiguraient les missiles dans leur logement. En recevant cet ordre codé de lancement reçu par les quatre sites simultanément avant l’aube du 28 octobre, c’est-à-dire en fin de journée du 27 sur la côte est des Etats-Unis, ce fut la stupeur. La procédure de lancement d’un missile est complexe et comporte quatre niveaux. Les trois premiers consistent à comparer les codes reçus avec ceux communiqués à l’avance à chaque équipe des 4 sites. Tous les codes concordaient. Le dernier niveau était l’identification des cibles, un seul missile était dirigé vers l’Union Soviétique et les trois autres vers d’autres pays. L’ordre disait « vous tirez tous les missiles » et c’est là que Bordne eut la présence d’esprit de s’inquiéter directement car son équipe était en charge de mettre à feu les 4 missiles concernés. Bordne qui n’était en fin de compte qu’un employé lambda de l’armée américaine se demanda alors pourquoi tirer trois charges nucléaires vers d’autres pays que l’Union Soviétique. Ça lui paraissait illogique dans la mesure où le Président était en conflit (verbal) direct avec l’Union Soviétique au sujet des missiles cubains. « Nous dûmes penser à ça de manière logique et rationnelle » se dit alors Bordne, son patronyme ne signifiant pas du tout qu’il était borné comme le sont par devoir beaucoup de militaires.

L’échelle de la procédure resta donc bloquée au niveau 2, juste un poil avant d’initier un conflit nucléaire car l’ordre final de lancement ne peut être effectif que lorsque le stade 1 a été atteint, en d’autres termes si l’ordre a été donné d’ « en haut » pour contrattaquer les forces ennemies. Belle rhétorique militaire consistant à se laver les mains avant même d’avoir attaqué puisqu’il n’y a jamais attaque mais uniquement riposte ! Cette stratégie est toujours d’actualité dans les neurones des stratèges de Washington, il n’y a qu’à passer en revue les évènements depuis le 11 septembre : les USA n’ont jamais attaqué aucun pays mais seulement riposté

Bref, le dénommé Bordne s’apercevant que la Chine était une des cibles bien qu’il ne l’ait pas mentionné lors de son interview par Kyodo News, retarda judicieusement le passage au niveau 1. Ce qui éveilla ses doutes était que la portée des missiles était au mieux de 2300 kilomètres (on était en 1962) et que les cibles soviétiques à portée de Mace B ne revêtaient pas d’importance stratégique majeure. Bordne avait été informé qu’un avion espion U-2 venait d’être abattu au dessus de Cuba le 27 octobre quelques heures avant que l’ordre de tir ne parvienne à Okinawa.

Bill Horn, un autre vétéran et ancien collègue de Bordne déclara à Kyodo News qu’il savait qu’en appuyant sur le bouton il ne reviendrait jamais à la maison et que de toutes les façons il n’en resterait rien. Il se souvient du discours du Président qui informa le monde entier le 22 octobre que l’Union Soviétique installait des missiles nucléaires à Cuba mais cet ordre reçu du centre de décision de Kadena fut pour lui le moment le plus proche de la fin du monde civilisé tel que nous le connaissons.

Le 24 octobre, deux jours après le discours de Kennedy, le SAC (Strategic Air Command) abaissa le niveau d’alerte de 3 à 2 sans consulter la Maison-Blanche. Il était évident pour ces techniciens travaillant sur les sites de lancement des missiles à Okinawa que le niveau 1 signifiait la fin de toute l’humanité. Le SAC avait donné l’ordre à toutes les unités opérationnelles d’être prêtes dans les 15 minutes !

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Fort heureusement, et c’est la raison pour laquelle nous sommes toujours en vie, Nikita Khrushchev annonça ce même 28 octobre que l’Union Soviétique retirait tous ses missiles de Cuba.

Source : http://english.kyodonews.jp/news/2015/03/343924.html

Illustrations : base militaire américaine de Kadena à Okinawa et Une d’un journal américain (Wikipedia).

Note : en italique commentaires personnels ne figurant pas dans l’article de Kyodo News

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