Japon : La « famille » Ogasawara

Il y a trois petits îlots autour de l’île de Chichi (Chichi Jima) l’un au nord-ouest, nishi, un autre à l’est, igashi et le dernier au sud minami. Ces trois îlots n’ont de nom que ceux des points cardinaux. Chichi veut dire « le père » quoiqu’en pensent certains Européens pour qui le mot chichi signifie une toute autre chose. Au nord se trouvent deux îles inhabitées, Hani Jima (le frère) et Noko Jima (le gendre). Au sud-ouest se trouve le petit îlot en longueur Imoto Jima (le frère cadet).

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Il manque la mère qui se trouve à deux heures de bateau au sud de Chichi Jima, c’est l’île de Haha Jima et la « mère » est bordée de trois îlots inhabités au sud : Ane Jima, la sœur, Imooto Jima, la sœur cadette et Mei Jima, la nièce … On est donc en présence de deux ensembles insulaires, des sous-archipels des Ogasawara, l’un étant masculin et l’autre féminin … au moins pour les noms de lieux.

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J’en profite pour signaler à mes lecteurs navigateurs au long cours que le mouillage dans le port de pêche d’Ogasawara Village (île Chichi, Jima = île) est gratuit avec toutes les facilités disponibles à la capitainerie. Cependant il s’agit d’un port « fermé » par opposition aux ports ouverts japonais. Pour obtenir un permis de mouillage temporaire dans un port japonais il faut des paperasseries à n’en plus finir et s’adresser au Ministère des Transports. Si on veut mouiller quelques jours à Ogasawara Village il faut prouver aux gardes-côtes qu’il y a une nécessité absolue et dans tous les cas on est passible d’une inspection de son bateau par les douaniers. Attention tout de même on ne peut pas payer le plein de gasoil avec une carte de crédit, il faut faire un transfert d’argent liquide au bureau de poste et cette procédure peut durer plusieurs jours … autant en profiter pour visiter l’île jalonnée de sentiers pédestres merveilleux et parfaitement entretenus.

On a fait le tour de la famille Ogasawara ! Illustrations Google Earth

Selon la Banque Mondiale quel est le problème le plus critique dans le monde aujourd’hui ?

Le vrai lien entre les combustibles fossiles et la qualité de vie

Ce n’est pas du tout ce à quoi on a tendance à penser en ces temps d’intoxication politique, intellectuelle et médiatique généralisée dans tous les domaines. Ce n’est pas le réchauffement climatique ni le « vilain Poutine » ni le « méchant Assad » ni l’horrible « califat islamique ». Il s’agit d’un problème éminemment plus tangible, considérable, et pourtant il n’y a aucun lobby pour en faire la publicité auprès des décideurs, des ONGs bien pensantes et politiquement correctes et des gouvernements parce que tous les pays développés n’en ont cure, il s’agit de la pauvreté créée par le manque d’énergie dans les pays du tiers monde. Dans les pays occidentaux la mauvaise foi va jusqu’à convaincre ces décideurs que trop d’énergie à portée de la main, toute l’énergie dont on a besoin (et quand on dispose d’énergie on en a de plus en plus besoin), est un problème à dénoncer très salutairement pour se donner bonne conscience. La honte que devraient au contraire dénoncer ces ONGs est que pour 6 personnes sur 7 vivant dans des pays en voie de développement ou pauvres le manque d’énergie est une calamité. Le seul paramètre qui sépare indubitablement les pays pauvres des pays riches est l’énergie disponible. Mais on a coutume maintenant pour satisfaire la bien-pensance à attaquer les compagnies productrices d’énergie – en anglais les « utilities » – parce qu’elles sont accusées de détruire la planète et cela en se plaçant cyniquement sur un plan moral que rien ne justifie … Pourtant, l’un des plus grands progrès technologiques du XXe siècle a été l’électrification des villes qui permit de réduire la pollution et d’ouvrir la porte à toutes sortes de progrès technologiques. On a longtemps clamé que l’électricité était une « fée » contribuant au bonheur des hommes. Le XXe siècle fut dans un premier temps celui de l’électricité-charbon. Puis vint l’électricité-pétrole et ensuite l’électronucléaire. Mais il s’agissait toujours de la « fée électricité » quelle que fût son origine. L’énergie disponible permit l’essor de l’industrie, des chemins de fer, de l’automobile puis des liaisons maritimes et par aéroplanes, personne ne pourra le nier. Ces progrès technologiques majeurs, électricité, moteurs à vapeur puis moteur à explosion, ont paradoxalement ralenti la croissance de la population dans les pays dotés de ces formes d’énergie abondante et bon marché.

De nombreuses études plus ou moins scientifiques tirent la sonnette d’alarme au sujet de l’accroissement de la population de la planète : on parle de plus de 12 milliards dans 80 ans … Pourtant les pays ayant un taux de natalité élevé sont ceux qui ne disposent que de peu ou de pas du tout d’énergie. Dans les familles sub-sahéliennes les enfant constituent un capital en main-d’oeuvre car ils sont envoyés collecter du bois dans la brousse pour faire cuire les aliments, il n’y a ni gaz, ni kérosène ni électricité ! Cette carte des taux de fertilité est parlante (Wikimedia) :

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On peut aussi représenter l’espérance de vie en fonction de la consommation d’énergie toutes sources confondues converties en kWh, ici aussi 194 pays sont représentés, et il n’y a pas non plus photo (Source Banque Mondiale) :

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Plus les pays consomment d’énergie plus ils produisent de richesse. L’Allemagne par exemple consomme 7100 kWh par habitant et par an et le PIB moyen par habitant est de 45000 dollars. Au Mozambique 450 kWh pour 1100 dollars. En Allemagne l’espérance de vie est de 80 ans et au Mozambique de 53 ans … encore une fois il n’y a pas de doute à avoir, ce sont des données de la Banque Mondiale ! La situation de ces pays sous-développés s’aggrave avec une dette publique en constante augmentation comme le précise la Banque Mondiale et d’où sont tirés les graphiques ci-dessus et ci-après ( http://data.worldbank.org/sites/default/files/gdf_2012.pdf ) .

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Et pourtant on entend dire sans arrêt comme un disque rayé que le charbon, le pétrole et le gaz sont mauvais pour la planète alors que les faits démontrent une toute autre situation. Le mix énergétique global est basé à 80 % sur ces ressources carbonées fossiles qui dominent le marché de l’énergie, électricité ou transport et industrie, en raison de leur prix modique ( y compris des investissements modérés pour construire une usine de production), de leur disponibilité et de leur « densité » d’énergie par rapport à d’autres sources, hormis le nucléaire réservé à la production d’électricité décarbonée. Si les énergies éolienne et photovoltaïque (elles-mêmes mises en place pour un coût en énergies fossiles massif qu’on a curieusement tendance à tout simplement ignorer) pouvaient remplacer les combustibles fossiles carbonés ce ne serait que dans le domaine de la production d’électricité. Or une étude récente ( http://arstechnica.com/science/2012/03/study-alternative-energy-has-barely-displaced-fossil-fuels/ ) a montré sans ambiguité qu’en raison de leur intermittence elles ne pourront jamais atteindre ce but car elles ne peuvent satisfaire les demandes en énergie des transports terrestres et de l’industrie.

Le graphique ci-dessous indique clairement, encore une fois, que l’espérance de vie est directement corrélée aux … émissions de carbone pour chaque pays (ici 130) pris en compte dans l’étude de la Banque Mondiale :

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C’est paradoxal mais c’est ainsi.

Venons-en à l’urbanisation de la population. Chaque année plus de 80 millions de personnes se déplacent dans les villes. L’urbanisation est telle que l’équivalent d’une ville comme Seattle (650000 habitants) s’ajoute chaque quinzaine de jours aux villes déjà existantes. La demande en énergie devra satisfaire les besoins en construction dont l’importance économique est évaluée à plus de 10000 milliards (dix mille …) de dollars à l’horizon 2020 selon le Global Construction Outlook 2020 : http://www.prnewswire.com/news-releases/global-construction-market-worth-103-trillion-in-2020-50-largest-most-influential-markets-292235961.html . Contrairement aux idées reçues ou véhiculées à dessein pour perturber le jugement des décideurs, l’urbanisation diminue l’impact humain sur l’environnement tout en stimulant la croissance économique qui à son tour augmente l’espérance de vie ( http://mitpress.mit.edu/books/environmental-advantages-cities ) :

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Finalement cette étude de la Banque Mondiale portant sur 194 pays scinde ces derniers en deux groupes, ceux qui utilisent moins de 2500 kWh/ habitant/an et les autres. Cette analyse honnête indique que la vérité est exactement à l’opposé de ce qu’on tente de nous faire croire : les pays qui utilisent le plus d’électricité génèrent le plus de richesse, émettent, certes, plus de CO2, sont plus urbanisés mais vivent en meilleure santé, ont un taux de natalité réduit et vivent plus longtemps. Pour conclure il est intéressant de revenir sur la part de l’électricité d’origine nucléaire qui ne cessera d’augmenter dans les décennies à venir selon l’Agence Internationale de l’Energie avec les technologies de quatrième génération, la surrégénération englobant le thorium et l’uranium-238 comme combustibles, quand la disponibilité et le prix des combustibles carbonés fossiles, évoluant en sens inverse, conduiront à ce choix afin d’éviter une paupérisation massive de l’ensemble de la population de la planète avec les conséquences difficiles à imaginer qui s’en suivront. Quant aux émissions de carbone il reste à prouver si elles sont réellement nocives pour la planète …

111 pays utilisent moins de 2500 kWh/habitant et par an, ont un revenu moyen de 3482 dollar par habitant et par an, émettent 1,44 tonne de CO2 par habitant et par an, leur urbanisation est de 45 % et leur espérance de vie de 66,3 années.

83 pays utilisent en moyenne 7077 kWh/an et par habitant, disposent d’un revenu moyen de 32111 dollars , émettent 9,95 tonnes de CO2 toujours par habitant et par an avec une urbanisation de 75 % et une espérance de vie de 77,1 années.

Sources : Banque Mondiale et Forbes.com

Le Prince Charles en visite aux USA pour soutenir l’homéopathie, les médecines alternatives et d’autres billevesées !

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Je me bornerai ici à traduire librement un article paru dans un blog américain de Slate.com écrit par David Gorski que j’ai trouvé intéressant ( http://www.slate.com/articles/health_and_science/medical_examiner/2015/03/prince_charles_visits_washington_d_c_and_kentucky_homeopathy_and_anti_gm.html ). J’ai ajouté quelques commentaires de mon cru …

Comme beaucoup d’Américains, j’ai tendance à considérer la famille royale britannique (c’est David Gorski qui écrit, je n’ai pas d’opinion personnelle) avec un certain amusement en réalisant qu’une telle nation avancée comme la Grande-Bretagne maintienne toujours un appendice du gouvernement suranné et inutile, sinon très coûteux, que sont la Reine et la famille royale avec ses coutumes de succession au trône médiévales et héréditaires. C’est aussi le mélange fascinant de l’ancien et du moderne dont est capable la famille royale en organisant le mariage du Prince William et de Catherine Middleton. Richesse et pompe mises à part, je ne peux toujours pas manifester de sympathie pour le Prince Charles qui, du haut de ses 66 ans, a passé sa vie à attendre de devenir roi. D’un autre côté, en tant qu’éditeur du blog Science-Based Medicine mon attention pour le Prince Charles est moins historique ou culturelle que médicale, raison pour laquelle je m’intéresse à sa visite aux USA cette semaine (l’article a été écrit le 16 mars).

Mardi, le Prince de Galles et la Duchesse de Cornouailles arrivent aux USA pour une visite de 4 jours. Selon les informations divulguées par le Bureau du Prince, Charles et Camilla entreprendront une large consultation pour promouvoir la collaboration entre les USA et le Royaume-Uni dans des domaines clés comme le développement durable et le changement climatique, créant des opportunités pour la jeunesse, encourageant la responsabilisation sociale et en promouvant les liens historiques et culturels. Ils passeront pour cela trois jours à Washington DC mais ce n’est pas cet aspect de leur visite qui attire l’attention de ceux qui se préoccupent de science dans le domaine médical. Vendredi 20 mars Charles et Camilla se rendront à Louisville dans le Kentucky où le Prince « montera en exergue le travail accompli par les membres de la communauté locale et des organisations caritatives pour protéger, préserver et promouvoir la santé et le bien-être des habitants de Louisville par la cohésion de la communauté, les initiatives sur la pureté de l’air et l’enseignement d’une alimentation saine« . Ça semble assez bénin et peut-être l’est-ce aussi. Cependant, peu de temps après le communiqué de presse de l’office du Prince un article paru dans le Daily Beast (un site que je consulte régulièrement, voir le lien) intitulé : « Le Prince Charles qui croit aux sorcières veut donner une leçon de médecine aux Américains » :

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Ce titre a peut-être choqué certains Américains mais il n’est pas injustifié. Ce que les Anglais connaissent du Prince, la plupart des Américains l’ignorent : le Prince Charles est un fervent défenseur des médecines alternatives dont l’homéopathie, l’une des formes les plus ridicules et élaborées de charlatanisme d’un point de vue scientifique. (Je précise que witchcraft  signifie sorcellerie et quackery charlatanisme).

En bref, l’homéopathie est un système médical vieux de deux cent ans inventé par Samuel Hahnemann et basé sur deux lois : la loi des similitudes qui stipule que ce qui est semblable au mal guérit ce mal et la loi des infinitésimaux qui considère que diluer un remède homéopathique le rend plus puissant. En homéopathie une dilution de « 30C », c’est-à-dire 30 dilutions successives d’un facteur 100, n’est pas rare, c’est une dilution d’un facteur de 10 élevé à la puissance 36 soit dix mille milliards de fois supérieure au nombre d’Avogadro, ce qui veut dire qu’il est extrêmement improbable que la moindre molécule de matière active originale puisse encore se trouver dans la préparation homéopathique. Le nombre d’Avogadro ou constante du même nom est le nombre de molécules vrais que contient « une mole » d’une substance donnée. Par exemple dans 18 grammes d’eau il y a N molécules d’eau vraies :

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Un tel genre de remède homéopathique, l’Oscillococcinum, vendu par Boiron pour traiter la grippe consiste en une dilution « 200C » (je vous laisse le soin de calculer) de Anas Barbariae Hepatis et de Cordis Extractum, en d’autres termes des extraits de foie et de cœur de canard de barbarie (voir la note en fin de billet) …

En 2008, devant le soutien du Prince à l’homéopathie et d’autres charlatanismes, la blogosphère britannique médicale surnomma le Prince de « Charlatan Royal ». David Colquhoun, pharmacologiste à l’University College de Londres, déclara même que le Prince Charles représentait un réel danger pour le gouvernement et sa politique de santé du pays. En bref, les critiques ont considéré que le Prince utilisait sa position et son influence pour promouvoir les médecines alternatives.

Charles s’est intéressé depuis son enfance aux thérapies médicales alternatives. Il alla en effet, alors jeune Prince, en voyage de découvertes spirituelles dans les contrées sauvages du Kenya sous la protection du guide et gourou Laurens van der Post. Après la mort de cet individu une biographie le décrivit comme fraudeur, fantaisiste, menteur, compulsivement infidèle à son épouse et « paternaliste » (on peut aussi traduire par pédophile) qui falsifia son livret militaire pour se donner de l’importance. Van der Post était un partisan du « vitalisme », une croyance mettant en avant l’existence d’une force vitale ou force de vie semblable au qi et au prana dans les médecines traditionnelles chinoise ou ayurvédique. Il s’avéra en réalité que cet individu était avant tout un charlatan bien qu’il fut promu conseiller de Margaret Thatcher et le véritable gourou du Prince Charles. Le Prince Charles basa donc ses croyances en ces médecines alternatives sur le vitalisme et usa de sa notoriété pour les promouvoir. En 2006 il osa même prêcher pour une intégration des médecines alternatives dans la médecine conventionnelle devant un parterre de fonctionnaires de l’OMS à Genève parce que, selon lui, elles sont enracinées dans les traditions anciennes qui comprirent intuitivement le besoin de maintenir une balance harmonieuse entre notre corps, notre esprit et la nature et ainsi la médecine moderne avait donc besoin de cette intégration dans une approche plus holistique, tout en vantant au passage certaines pratiques de la médecine chinoise comme l’acupuncture. La Fédération Américaine des Sociétés de Biologie Expérimentale marqua le coup en décrivant le Prince Charles comme parti en guerre contre la science ! Dans la foulée, treize des plus éminents médecins du Royaume-Uni publièrent une lettre ouverte dénonçant l’intégration des médecines alternatives, dont l’homéopathie, dans le système de santé publique anglais comme le souhaitait le Prince Charles ( http://www.homeowatch.org/news/baum.html ).

La Fondation pour une Santé Intégrée (FIH) créée par le Prince Charles en 1993 avait pour but d’explorer comment des thérapies alternatives prouvées comme étant saines pouvaient fonctionner en harmonie avec la médecine conventionnelle. Cette fondation fit l’objet d’attaques réitérées car elle promouvait le charlatanisme et fut finalement interdite en 2010 pour malversations frauduleuses d’un montant de 300000 livres. Un porte-parole de cette fondation déclara que de toutes les façons l’arrêt des activités de cette fondation avait été programmé et que les évènements avaient seulement accéléré sa fermeture. Curieusement une nouvelle entité naquit des cendres de la fondation du Prince Charles et fit la une des journaux avec un tant soit peu de sarcasmes non dissimulés : ( http://www.theguardian.com/lifeandstyle/2010/aug/02/prince-charles-college-medicine-holistic-complementary ) . Le Prince a lui-même fait la promotion d’une teinture à base de pissenlit et d’artichaut qui facilite la digestion tout en détoxifiant l’organisme. Il essuya des critiques féroces l’accusant de colporter son charlatanisme auprès des médias : ( http://www.theguardian.com/uk/2009/mar/11/prince-charles-detox-tincture ).

Passons sur les sordides démêlés entre le Prince Charles et un certain Edzard Ernst, médecin ouvert aux médecines alternatives à propos d’une chaire proposée à l’Université d’Exeter. Ce médecin, évincé de la chaire de médecine alternative de l’Université à la suite d’une intervention directe du Prince n’en finit plus de publier des ouvrages dénonçant le charlatanisme de l’ensemble de ces pratiques n’ayant strictement rien à partager avec la science. Bref, Ernst fut mis à la retraite anticipée pour en quelque sorte lui imposer le silence et ainsi ne plus invectiver directement le Prince de Galles.

Franchement, pourquoi les Américains se soucieraient-ils de la visite du Prince Charles sur leur sol ? Peut-être bien parce que la conférence d’inauguration de ce symposium de Louisville sera présentée par le Prince. On peut s’étonner des très vagues articles relatant cet événement. Laconiquement ce symposium est en partie encouragé par le gouverneur démocrate de l’Etat, le maire de Louisville, la Fondation charitable Owsley Brown et l’Institut de l’Air, de l’Eau et du Sol dirigé par une dénommée Christina Lee Brown, également membre d’une organisation basée en Grande-Bretagne appelée « Sustainable Food Trust » qui n’est qu’une organisation orientée « bio » comme les aime le Prince de Galles ( http://sustainablefoodtrust.org/about-us/ ) franchement hostile aux plantes transgéniques et à toute nourriture pouvant contenir la moindre trace de produits issus de plantes transgéniques. Naturellement cette organisation a soutenu Séralini dans ses travaux ainsi qu’une obscure pseudo-scientifique australienne qui publia des travaux sur des porcs nourris avec du maïs transgénique, travaux publiés dans une revue sans comité de lecture et même pas référencée par PubMed, c’est dire le niveau … On comprend donc mieux pourquoi le Prince Charles a accepté cette invitation pour soutenir les pseudoscientifiques, les charlatans et la médecine anti-science puisque ces sujets ont toujours été sa préoccupation première … Après un tel récit (ce commentaire est de mon cru comme plusieurs autres remarques, traduction libre ai-je précisé) on comprend sans peine pourquoi la Princesse Diana décida de fuir cet étrange personnage.

http://www.thedailybeast.com/articles/2015/02/20/witchcraft-believing-prince-charles-to-lecture-u-s-on-medicine.html

Note : Christian Boiron m’avait confié personnellement il y a une bonne trentaine d’années sans aucune gène qu’il faisait fortune en vendant de l’eau et du glucose. Lui-même ne croyait pas à l’efficacité de l’homéopathie.

Quand le lobby des producteurs de sucre s’en prenait aux caries dentaires …

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C’est encore une affaire qui va faire grand bruit car on se trouve au devant des sombres agissements d’un lobby industriel ultra-puissant oeuvrant contre la santé humaine. Ça se passe aux Etats-Unis, le pays de toutes les magouilles et de tous les mensonges bien qu’en façade puritain jusqu’au bout des dents. Allez partager un repas dans l’Amérique profonde avec des Américains bon chic bon genre, par exemple à Birmingham, Alabama, avant de commencer à déguster un ragout pas très attirant avec de l’eau comme toute boisson on commence à se coltiner presque une dizaine de minutes de versets de la Bible et si on a le malheur de laisser trainer son regard sur l’arrière-train de la maîtresse de maison quand elle se lève pour aller chercher le dessert, ce qui m’est arrivé, je l’avoue, à Birmingham, parce que seules les rondeurs du popotin de mon hôtesse apportaient une touche de réconfort dans ce décor austère, on risque alors d’être traité d’obsédé sexuel. Bref, ces mêmes Américains cul-bénis mais aussi faux-culs acceptent que des groupes de pression obscurs façonnent la loi à leur profit en utilisant tous les moyens à leur disposition afin d’infléchir les recommandations d’organismes officiels en ce qui concerne la santé des individus.

C’est ce qui ressort d’un article paru dans PlosOne relatant l’affaire des « dossiers Roger Adams » à propos de la santé dentaire des enfants et des adolescents en relation avec la consommation de sucre. De 1959 à 1971 ce scientifique « émérite », professeur de chimie organique à l’Université de l’Illinois à Urbana fut la cheville ouvrière si l’on peut dire du lobby des producteurs de sucre de canne et de betterave, les intérêts étant identiques, réunis dans une association extrêmement puissante sur le plan politique la « Sugar Association » dont l’une des émanations était et est encore la Sugar Research Foundation, des structures qu’on retrouve dans l’industrie du tabac ou encore des soft-drinks. Pour se donner un vernis de bien-pensance cette association à but lucratif avait donc créé une sorte d’entité finançant à coups de grosses liasses de dollars des recherches académiques dont les résultats devaient toujours être favorables à l’industrie sucrière, cela va de soi.

Une jeune dentiste n’ayant pas froid aux yeux est allée fouiller dans les archives de l’Université d’Urbana et a découvert des centaines de documents relatant dans le menu les manigances de la Sugar Association. Cet organisme avait été mis en garde dès le début des années 1950 au sujet du rôle néfaste des sucres alimentaires dans le développement des caries dentaires … mais c’était aller contre les intérêts de l’association. La situation a un peu évolué au cours des années mais pas tant que ça. La FAO et l’OMS ont tenté à plusieurs reprises d’édicter des règles conduisant à la limitation de l’usage de sucres dans les aliments et les boissons mais en vain. Il se trouve que l’organisation mondiale de recherche sur le sucre (WSRO) compte parmi ses membres contributeurs la Sugar Association, normal allez-vous penser, mais aussi Coca-Cola, curieux hasard qui n’en est pas un. La WSRO bloque systématiquement toute prise de position tant de l’OMS que de la FAO pour émettre des recommandations afin de limiter dans l’alimentation les « sucres libres ». La WSRO, niant l’évidence, fait du lobbying en faveur des dentifrices au fluor !

Pourtant la cause première de l’apparition des caries dentaires est la formation de plaques sur l’émail. Ces plaques sont constituées de bactéries du genre Streptococcus mutans qui s’entourent d’un mucus protecteur et quand elles digèrent les sucres alimentaires elle sécrètent des acides qui restent prisonniers de ce mucus et attaquent alors l’émail en ouvrant des brèches dans la dent pour finalement aboutir à une cavité qui servira de niche pour d’autres bactéries pathogènes. Les caries dentaires constituent la première cause d’affection chez les enfants et les adolescents et ce n’est pas par philanthropie que des organisations multiples ont depuis de nombreuses années mis en garde les parents et les enfants contre l’abus de sucres alimentaires. Aux USA, l’administration Nixon alerta la population, sans succès … Le fluor dans l’eau du robinet était une excellente excuse pour que le lobby des sucriers se lave les mains. Puis vinrent les dentifrices au fluor et les sucres aux effets délétères pour les dents passèrent tout simplement aux oubliettes. Quand on sait que Coca-Cola, l’une des plus grosses entreprises de commercialisation de sucre, fait partie des membres de la très respectée WSRO, on peut émettre de sérieux doutes quant à l’honnêteté et à l’efficacité d’un tel organisme.

Il a fallu la sagacité de cette jeune dentiste diplômée co-auteur de l’étude parue dans PlosOne ( DOI: 10.1371/journal.pmed.1001798 ) pour découvrir les sombres agissements du lobby des sucriers. Mais puisque Coca-cola est mentionné dans cet article, il faut souligner que cette société paie à prix d’or des nutritionnistes et des bloggers, c’est nouveau, pour vanter les vertus de la boisson brune et pétillante aux vertus bénéfiques jamais remises en question depuis sa création. Mais il n’y a malheureusement pas que les sucriers et Coca-cola dans ce monde hostile du business alimentaire. Pepsi, spécialisé aussi dans la vente de boissons sucrées et propriétaire des marques Frito-Lay ou encore Tostito, des trucs immangeables qu’on se doit d’engouffrer avec une bouteille de Pepsi, rémunère des diététiciens pour vanter les vertus gustatives de ces snacks empoisonnés y compris sur les plateaux de télévision ! Même Nestlé, une firme tentaculaire assise sur une solide réputation de qualité dans le domaine des aliments pour bébés et enfants, s’est offert une armada de soit-disant spécialistes de la nutrition. Coca-cola a poussé son marketing jusqu’au ridicule en préconisant pour moins se goinfrer de sucre d’acheter des mini-bouteilles de 250 ml (8,5 onces) et la campagne de promotion initiée dans les country-clubs de golf incluait cette petite bouteille et un petit paquet d’amandes dûment salées pour maintenir la sensation de soif. Pas en reste, Pepsi a immédiatement réagi en mettant sur le marché une bouteille de 7,5 onces uniquement sucrée avec du sirop de maïs enrichi en fructose parce qu’il fallait suivre les conseils des diététiciens inféodés au lobby des producteurs de maïs naturellement de connivence avec les sucriers puisque le sirop de maïs et le fructose sont aussi des sucres … La boucle est refermée, la malbouffe et les soft-drinks continueront à faire des ravages et ni l’Organisation Mondiale de la Santé ni les autres institutions pourtant là pour protéger la santé des citoyens du monde n’y pourront rien, les puissants lobbys auront toujours le dernier mot et le vulgum pecus sera assommé de publicité télévisuelle à longueur de journée pour le pousser à consommer ces saloperies !

Sources : PlosOne et Associated Press

Note : je conseille à mes lecteurs anglophones de lire l’article de PlosOne, c’est un véritable roman policier !

Kilowatts ou haricots ?

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Les petits paysans indiens se battent depuis des années pour avoir accès à une eau d’irrigation qui soit disponible quand le besoin est pressant pour les récoltes. L’Inde est encore un pays largement rural puisque plus de la moitié de la population travaille pour faire vivre l’autre moitié, en quelque sorte la situation de la France il y a une centaine d’années pour schématiser. En Inde il y a 185 millions d’hectares de terre arable pour assurer au moins un repas quotidien correct à 1,25 milliard de personnes. Ce sont les dernières données disponibles. Mais ce qui est aussi inquiétant c’est la disparition de ces terres arables non pas en raison de phénomènes climatiques, encore que …

Natthu Raja cultive des lentilles dans sa petite ferme à Lalitpur dans l’Uttar Pradesh. S’il devait tout laisser tomber parce que parfois la sécheresse ruine ses récoltes, ce ne serait pas par manque d’infrastructures d’irrigation mais à cause du soleil ! Si le sieur Raja abandonne tout il n’aura plus de futur. Et pourtant les officiels de l’Etat de l’Uttar Pradesh l’ont informé qu’ils voulaient acheter ses terres. Pour cultiver des lentilles ? Vous n’y pensez pas, non, pour installer une « ferme » solaire. Les agriculteurs indiens commencent à s’énerver parce que le développement du pays a vu disparaître en trois ans quatre cent mille hectares de bonnes terres arables pour construire des routes et des autoroutes. Si maintenant il faut aussi sacrifier des terres agricoles pour des fermes solaires, la coupe est pleine. Trois Etats ont été particulièrement affectés par le développement ces dernières années, le Punjab, l’Haryana et l’Uttar Pradesh, et ces Etats sont le « grenier à grain » de l’Inde mais les décideurs locaux n’en ont cure, ces mêmes trois Etats sont ciblés pour le développement de l’énergie solaire. Or quand on garde en mémoire le fait qu’un peu plus de la moitié de la population est essentiellement rurale, il va sans dire que les décisions prises à New-Delhi ne sont pas vues d’un bon œil par la population rurale. Pour le Premier Ministre Narendra Modi, la priorité est de transformer l’Inde en une immense usine manufacturière et pour ce faire il faut de l’énergie électrique. L’Inde brûle essentiellement du charbon pour produire son électricité (comme la Chine) et ce pays est le troisième émetteur de carbone du monde après les USA et la Chine.

Pour atteindre ses objectifs le Premier Ministre a déployé l’artillerie lourde : 160 milliards de dollars seront investis dans l’énergie solaire durant les 7 prochaines années afin d’atteindre une capacité nominale (au moins) de 100 gigawatts, faisant passer cette forme d’énergie dans le package de production électrique de moins de 1 % actuellement à environ 30 %. Les conseillers du Premier Ministre, pas vraiment avares de démagogie mais ce n’est pas spécifique à l’Inde, prévoient que 40 % des installations solaires seront faites sur les toits des constructions. Le reste sera un grignotement des terres arables ! Curieusement les autorités indiennes ont « oublié » les coûts relatifs au stockage de l’énergie solaire mais cet oubli n’est pas non plus spécifique aux politiciens indiens. La facture pourrait donc atteindre plus du double de celle annoncée. Quant à la surface au sol occupée elle atteindrait deux fois la superficie de l’agglomération londonienne, soit plus de deux cent mille hectares. Le problème est que les terrains convoités pour ce projet délirant se situent souvent près des villes et ceux-ci sont consacrés aux cultures vivrières pour les marchés urbains voisins. Implanter des « fermes » solaires gigantesques (20 MW ou 1800 hectares) près des villes où il existe déjà un réseau électrique serait en effet moins coûteux qu’une implantation dans des zones arides isolées en raison de l’acheminement de cette énergie plus simple à mettre en œuvre. Le prix des terrains agricoles n’est pas un problème puisque, comme dans d’autres pays que je ne nommerai pas, c’est le gouvernement local qui fixe au final ce prix quitte à ruiner des agriculteurs déjà criblés de dettes. Ce plan pharaonique favorisera enfin la corruption parmi les politiciens locaux, comme dans d’autres pays d’ailleurs, que je ne nomme pas non plus …

Autant dire que l’Inde se lance les yeux fermés dans une aventure qui risque bien d’atteindre le but inverse de celui recherché. Avis aux amateurs convaincus du bien-fondé des énergies renouvelables !

Source : Bloomberg, illustration : ferme solaire en Espagne

Bactériophages et géopolitique : un bien désolant mélange …

Phage

La phagothérapie (phage therapy en anglais), encore un mot savant à coucher dehors qui vient de sortir ? Pas vraiment car il s’agit d’une technique qui ne date pas d’aujourd’hui puisqu’elle existait bien avant l’apparition des antibiotiques mais n’a jamais été appliquée à grande échelle sauf en Russie et en Géorgie dès les années 1920 et jusqu’à aujourd’hui encore. Puisque la résistance aux antibiotiques devient un problème majeur de santé publique il a paru, enfin, intéressant de s’intéresser de nouveau à cette « vieille » technique. En quoi consiste-t-elle ? Tout simplement à attaquer les bactéries pathogènes en les exposant à leur pire ennemi, un virus contre lequel elles n’ont aucun moyen de résistance car si depuis un siècle cette approche sanitaire est communément utilisé en Géorgie et en Russie, une résistance à ces virus particuliers ne serait pas passée inaperçue. Les virus anti-bactéries s’appellent des bactériophages (pour faire court des phages, mangeurs de bactéries au sens littéral du terme) d’où ce nom bizarre de phagothérapie. On aurait pu aussi utiliser le terme thérapie virale mais il est déjà utilisé avec un autre type de virus, un adénovirus, pour transférer des gènes chez l’hôte dans le cadre des thérapies géniques en développement pour le traitement de certaines maladies orphelines. La confusion n’est donc plus possible avec la phagothérapie.

Chaque espèce de bactérie est sensible à une famille de phages et de façon extrêmement spécifique. Contrairement aux antibiotiques qui ont un mode d’action large en bloquant une voie métabolique, par exemple, les phages reconnaissent uniquement leur proie et se moquent bien que la bactérie se soit entourée de protections externes comme des biofilms de polysaccharides entravant la pénétration des antibiotiques et contribuant à la résistance à ces derniers. Ces virus sont de véritables petites seringues à l’échelle moléculaire qui injectent littéralement leur matériel génétique à l’intérieur de la bactérie et cette dernière n’a aucun moyen de défense. L’information génétique du virus prend le dessus sur celle de la bactérie et la machinerie métabolique bactérienne est asservie pour produire des centaines de copies du virus et la bactérie finit par mourir d’épuisement et finalement en explosant littéralement et libérant ainsi plein de nouveaux virus.

Il est peu probable que ces bactéries développent à la longue une quelconque résistance aux bactériophages car il y a en nombre dans la nature cent fois plus de ces virus que de bactéries et une goutte d’eau de n’importe quelle rivière en contient des milliers ! Notre corps, chaque fois que nous mangeons une salade ou une tranche de tomate, reçoit sa dose totalement inoffensive de bactériophages car il y en a de partout y compris dans notre intestin mais ils sont heureusement sans effet sur notre flore intestinale. De plus notre système immunitaire, ne les considérant pas comme des ennemis, a tendance à les ignorer.

Les phages pour remplacer les antibiotiques ?

C’est la Guerre Froide qui interdisait l’accès aux technologies de production des antibiotiques vers le « bloc de l’Est » qui encouragea les autorités sanitaires soviétiques et géorgiennes à persévérer dans la recherche et le développement des applications cliniques des phages. Le cas de la Géorgie est un peu particulier puisqu’un certain George Eliava rencontra à l’Institut Pasteur à Paris au début des années 1920 le Docteur Félix d’Hérelle, co-découvreur des bactériophages. De retour à Tbilisi il fonda un institut de recherche dévoué à la thérapie par les phages, une sorte de tradition qui perdure depuis près d’un siècle. Des résultats cliniques récents effectués en Pologne ont clairement démontré que les phages spécifiques du méningocoque étaient efficaces pour le traitement de la méningite car ils traversent la barrière méningée et vont détruire in situ la bactérie pathogène. Seulement 2 % des patients traités et guéris ainsi ont manifesté une réaction immunitaire contre le bactériophage.

L’Europe s’est finalement décidée à « déterrer » cette technique d’approche anti-microbienne en créant une entité favorisant la recherche et le développement dans ce domaine. Dans un premier temps il s’agit seulement d’effectuer des essais cliniques sur des grands brûlés dont les plaies sont infectées par des pseudomonas ou des coli. On sait produire des bactériophages dirigés contre ces bactéries, alors pourquoi ne pas tenter ce que les Géorgiens font très bien de leur côté. C’est ainsi qu’est apparu le programme « Phagoburn » piloté par la Commission Européenne avec des supports financiers conséquents de l’armée française mais aussi de l’armée belge … Curieux ? Pas tant que ça parce que les brûlures font partie des premiers cas de blessures en temps de guerre. Dans cette mouvance, des petites sociétés françaises telle que Pherecydes Pharma ou encore Clean Cells ont sauté sur l’opportunité financière tout en ignorant (jusqu’à un certain point) ce qui se pratique depuis des années en Géorgie. Comme les hôpitaux universitaires sont aussi contraints de trouver des crédits de recherche pour certaines de leurs activités de laboratoire qui ne sont plus financées par la SecSoc qui n’a plus un sou, il n’a pas fallu beaucoup d’hésitation pour que des CHU ou hôpitaux spécialisés se portent candidats pour effectuer des essais cliniques sur des patients brûlés et torturés par des traitements inefficaces ou voués à un choc septique mortel par des infections résistantes à tous les antibiotiques connus. Pour l’instant le programme est donc limité aux coli et aux pseudomonas car il faut naturellement être en mesure de produire des stocks de virus, de les conditionner afin que leur pouvoir infectieux persiste dans le temps et de mettre au point avec le personnel hospitalier les protocoles d’application topique. Le centre hospitalier lyonnais St-Joseph-St-Luc depuis longtemps spécialisé dans le traitement des brûlés s’est joint à cette aventure ainsi que le Grand Hôpital de Charleroi et le CHU de Liège, le centre spécialisé des brûlés de Lausanne et le CHU du Canton de Vaud.

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Si l’utilisation de bactériophages est déjà courante dans certains domaines de l’industrie agro-alimentaire notamment pour combattre les contaminations par la listeria avec des phages spécifiques de cette bactérie, il est étonnant que ce programme ne fasse aucune mention de la Géorgie ni de la Russie, deux pays pourtant leaders au quotidien dans le milieu hospitalier de l’utilisation des phages, malgré de timides réunions scientifiques qui ne concrétisent jamais rien puisque les grandes compagnies pharmaceutiques, en particulier américaines, productrices d’antibiotiques voient d’un très mauvais œil qu’on leur ôte le pain de la bouche. Il est opportun ici d’analyser l’attitude tant de la Commission Européenne que des Armées française et belge dans ce projet qui boycotte le savoir-faire des Russes et des Géorgiens. Si les délires du Pentagone, de la CIA, de la Maison-Blanche et du lobby militaro-industriel américain doivent interférer avec des projets thérapeutiques à caractère urgent pour des raisons géopolitiques basées sur des mensonges éhontés (cf le vol MH17 et les snipers de Maiden), on est vraiment en droit de se poser de sérieuses questions. Ce n’est pas parce que la Crimée a démocratiquement choisi de retourner dans le giron de la Russie que des malades doivent mourir d’infection sur leur lit d’hôpital, ils n’ont rien à voir avec la volonté hégémonique des USA. L’expérience tant des Russes que des Géorgiens fait tout simplement penser que ce programme européen « Phagoburn » est une pitrerie sordide qui ne verrait son essor assuré qu’avec une collaboration étroite entre l’Europe, la Russie et la Géorgie.

L’enseignement de cette histoire est que les politiciens ne sont absolument pas conscients des conséquences de leurs décisions qui sont dans le meilleur des cas catastrophiques et dans le pire des cas criminelles.

Sources : http://www.pherecydes-pharma.com/ , http://clean-cells.com/en.html , http://www.phagoburn.eu/ , http://www.ch-stjoseph-stluc-lyon.fr/?page=brules , http://www.france-europe-innovation.fr/welcome.php et pour plus d’infos : http://en.wikipedia.org/wiki/Phage_therapy

Dans la rubrique malbouffe : les émulsifiants

Polysorbate_80

Parmi les innombrables additifs alimentaires figurent en bonne place les émulsifiants numérotés de E400 à E499. Mais oui, il y a près de 100 émulsifiants différents et ils sont loin d’être tous naturels. La créativité des officines de recherche et développement de l’industrie agro-alimentaire n’a ici pas de limites. On y trouve par exemple des huiles végétales bromées, des esters variés de saccharose, des sels de phosphate – toute une panoplie – des détergents comme le laurylsulfate ou le polysorbate 80 appelé aussi Tween 80 dans les laboratoires de biologie, un genre de savon ( ! ) dont le nom s’écrit aussi Polyoxyéthylène sorbitane monooléate et enfin, mais la liste est longue, des dérivés de la cellulose dits « carboxyméthyl-celluloses », E466 pour faire court parce que c’est également compliqué, un genre d’émulsifiant alimentaire largement utilisé aussi dans le fracking pour l’exploitation du gaz et du pétrole de roches mères ! Je n’invente rien : si les industriels de l’agro-alimentaire prennent notre tube digestif pour un puits de pétrole on est en droit de se poser quelques questions. Parmi quelques produits courants utilisant des louches d’émulsifiants variés on peut citer la mayonnaise industrielle que je ne consomme jamais car je suis certain d’avoir quelques heures plus tard pour la moindre petite cuillère à café une diarrhée qui n’a rien de virale. Le ketch-up, cette espèce de sauce épaisse rouge sombre et sucrée contient des émulsifiants et aussi des demi-louches de sirop de maïs enrichi en fructose (tout pour plaire) mais il y a aussi les ice-creams variés, la crème chantilly en cartouches sous pression et une multitude d’autres préparations industrielles tout aussi appétissantes et toxiques les unes que les autres.

Difficile donc de ne pas imaginer un effet de ces additifs sur l’épithélium intestinal puisqu’ils présentent de puissantes propriétés tensioactives, en d’autres termes ce sont des détergents. Par exemple ces produits pourraient être susceptibles d’éliminer le mucus qui protège les membranes cellulaires de cet épithélium avec toutes sortes de conséquences indésirables. C’est ce qu’ont voulu connaître le Docteur Andrew Gewirtz et son équipe de la Georgia State University à Atlanta. Ces détergents sont connus pour faciliter la pénétration de bactéries dans des cellules en cultures et la question était donc de savoir si le même type d’effet pouvait être retrouvé dans l’intestin où une soupe de de milliards de milliards de bactéries variées cohabitent et collaborent à la digestion de nos aliments. En effet, si des bactéries peuvent pénétrer dans les cellules de l’épithélium intestinal, elles peuvent tout aussi bien provoquer par voie de conséquence des réactions inflammatoires. Les travaux publiés dans la revue Nature (voir le DOI) montrent que les deux émulsifiants mentionnés ci-dessus et utilisés largement depuis le début des années 1950, carboxyméthylcellulose et polysorbate 80, font effectivement apparaître chez les souris des colites et des phénomènes inflammatoires ainsi que l’apparition à terme d’obésité suite à ce qu’on appelle le syndrome métabolique induit par une perturbation profonde de la flore intestinale. Le Docteur Gewirtz, amateur de fromage blanc battu s’est alarmé à la suite de ces résultats. Même ces fromages dits « bio » contiennent des émulsifiants du genre gomme de caroube (E410) ou gomme de guar (E412), certes naturels mais qui peuvent aussi perturber la flore intestinale et éventuellement provoquer des inflammations. Pourquoi ne pas utiliser tout simplement la lécithine, abondante dans le jaune d’oeuf ou le soja ? Tout simplement parce que les régulateurs ont banni la lécithine de jaune d’oeuf en raison des risques de contamination par la listeria et la lécithine de soja ne permet pas d’atteindre les profits réalisés avec des émulsifiants plus exotiques ou synthétiques.

On se trouve donc confronté aujourd’hui à un nouveau type d’investigation : quels sont les nouveaux additifs variés utilisés dans l’alimentation, qui n’existaient pas ou n’étaient pas utilisés avant l’épidémie alarmante d’obésité, et qui pourraient favoriser les perturbations métaboliques conséquentes aux modifications du microbiome intestinal. Un vaste sujet qui risque bien de provoquer de grosses coliques nerveuses chez les dirigeants des grands groupes de l’industrie agro-alimentaire. La science a entamé une rectification des délires des industriels mais ça prendra du temps, beaucoup de temps …

Source : Nature ( doi:10.1038/nature14232 ), illustration polysorbate-80