Kilowatts ou haricots ?

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Les petits paysans indiens se battent depuis des années pour avoir accès à une eau d’irrigation qui soit disponible quand le besoin est pressant pour les récoltes. L’Inde est encore un pays largement rural puisque plus de la moitié de la population travaille pour faire vivre l’autre moitié, en quelque sorte la situation de la France il y a une centaine d’années pour schématiser. En Inde il y a 185 millions d’hectares de terre arable pour assurer au moins un repas quotidien correct à 1,25 milliard de personnes. Ce sont les dernières données disponibles. Mais ce qui est aussi inquiétant c’est la disparition de ces terres arables non pas en raison de phénomènes climatiques, encore que …

Natthu Raja cultive des lentilles dans sa petite ferme à Lalitpur dans l’Uttar Pradesh. S’il devait tout laisser tomber parce que parfois la sécheresse ruine ses récoltes, ce ne serait pas par manque d’infrastructures d’irrigation mais à cause du soleil ! Si le sieur Raja abandonne tout il n’aura plus de futur. Et pourtant les officiels de l’Etat de l’Uttar Pradesh l’ont informé qu’ils voulaient acheter ses terres. Pour cultiver des lentilles ? Vous n’y pensez pas, non, pour installer une « ferme » solaire. Les agriculteurs indiens commencent à s’énerver parce que le développement du pays a vu disparaître en trois ans quatre cent mille hectares de bonnes terres arables pour construire des routes et des autoroutes. Si maintenant il faut aussi sacrifier des terres agricoles pour des fermes solaires, la coupe est pleine. Trois Etats ont été particulièrement affectés par le développement ces dernières années, le Punjab, l’Haryana et l’Uttar Pradesh, et ces Etats sont le « grenier à grain » de l’Inde mais les décideurs locaux n’en ont cure, ces mêmes trois Etats sont ciblés pour le développement de l’énergie solaire. Or quand on garde en mémoire le fait qu’un peu plus de la moitié de la population est essentiellement rurale, il va sans dire que les décisions prises à New-Delhi ne sont pas vues d’un bon œil par la population rurale. Pour le Premier Ministre Narendra Modi, la priorité est de transformer l’Inde en une immense usine manufacturière et pour ce faire il faut de l’énergie électrique. L’Inde brûle essentiellement du charbon pour produire son électricité (comme la Chine) et ce pays est le troisième émetteur de carbone du monde après les USA et la Chine.

Pour atteindre ses objectifs le Premier Ministre a déployé l’artillerie lourde : 160 milliards de dollars seront investis dans l’énergie solaire durant les 7 prochaines années afin d’atteindre une capacité nominale (au moins) de 100 gigawatts, faisant passer cette forme d’énergie dans le package de production électrique de moins de 1 % actuellement à environ 30 %. Les conseillers du Premier Ministre, pas vraiment avares de démagogie mais ce n’est pas spécifique à l’Inde, prévoient que 40 % des installations solaires seront faites sur les toits des constructions. Le reste sera un grignotement des terres arables ! Curieusement les autorités indiennes ont « oublié » les coûts relatifs au stockage de l’énergie solaire mais cet oubli n’est pas non plus spécifique aux politiciens indiens. La facture pourrait donc atteindre plus du double de celle annoncée. Quant à la surface au sol occupée elle atteindrait deux fois la superficie de l’agglomération londonienne, soit plus de deux cent mille hectares. Le problème est que les terrains convoités pour ce projet délirant se situent souvent près des villes et ceux-ci sont consacrés aux cultures vivrières pour les marchés urbains voisins. Implanter des « fermes » solaires gigantesques (20 MW ou 1800 hectares) près des villes où il existe déjà un réseau électrique serait en effet moins coûteux qu’une implantation dans des zones arides isolées en raison de l’acheminement de cette énergie plus simple à mettre en œuvre. Le prix des terrains agricoles n’est pas un problème puisque, comme dans d’autres pays que je ne nommerai pas, c’est le gouvernement local qui fixe au final ce prix quitte à ruiner des agriculteurs déjà criblés de dettes. Ce plan pharaonique favorisera enfin la corruption parmi les politiciens locaux, comme dans d’autres pays d’ailleurs, que je ne nomme pas non plus …

Autant dire que l’Inde se lance les yeux fermés dans une aventure qui risque bien d’atteindre le but inverse de celui recherché. Avis aux amateurs convaincus du bien-fondé des énergies renouvelables !

Source : Bloomberg, illustration : ferme solaire en Espagne

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