Les phtalates, perturbateurs endocriniens mais pas comme on le croyait !

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Dans la controverse sur les phtalates considérés comme perturbateurs endocriniens il faut avant toute argumentation préciser les termes employés. Car il s’agit d’une banale confusion de nomenclature qui pourrait vite faire l’objet d’une campagne de presse (main-stream et de caniveau) pour amalgamer deux situations qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Je me suis d’ailleurs moi-même fait piéger il y a quelques semaines à ce propos en lisant sans aucun sens critique un article à ce sujet. Car en effet il y a phtalates et phtalates. Et cette confusion pourrait être catastrophique après la publication d’une étude réalisée à l’Université de Pittsburg au sujet de l’effet de ces phtalates sur l’embryogenèse humaine, nous y reviendrons.

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L’acide phtalique comporte deux fonctions carboxyle sur un noyau de benzène et il existe trois « variantes » de cet acide, on dit isomères en chimie : l’acide benzène-1,2-dicarboxylique (ci-dessus) ou l’acide phtalique commun dont nous allons reparler, l’acide benzène-1,4-dicarboxylique ou téréphtalique (ci-dessous) et dans une moindre mesure l’acide benzène-1,3-dicarboxylique.

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Bien que les deux premiers composés chimiques aient souvent des applications similaires, leurs effets sur la santé humaine sont totalement différents. Les esters de l’acide téréphtalique ne présentent aucune toxicité quelle qu’elle soit pour les êtres humains, en particulier comme perturbateurs endocriniens. Plusieurs dizaines de millions de tonnes de ce produit sont synthétisés chaque année pour entrer dans la fabrication de polyesters, de résines et de plastiques à usage alimentaire dont les « PET-bottles » pour bouteilles en polyéthylène-téréphtalate.

L’acide phtalique donc, (1-2-dicarboxylique) ou plutôt l’anhydride de cet acide est un important produit chimique entrant dans la synthèse de colorants, de médicaments et également dans la production de diverses matières plastiques dérivées du chlorure de vinyle (PVC), de résines, peintures et laques. Les esters de l’acide phtalique sont des agents plastifiants mais quoique supposés immobilisés dans les polymères ils sont parfois relargués dans l’environnement en quantités variables mais néanmoins détectables en particulier si la matière plastique élaborée avec ces phtalates est en contact avec des solvants organiques. Le problème est que l’huile alimentaire ou le beurre peuvent parfaitement dissoudre les phtalates encore libres dans la matrice de plastique. C’est ainsi qu’on retrouve ces produits dans les urines …

L’étude réalisée à l’école de médecine de l’Université de Pittsburg s’est focalisée sur le rôle que peuvent jouer les phtalates au niveau du placenta lors d’une grossesse. Pour comprendre les résultats de cette étude il faut rappeler en quelques mots le rôle du placenta au cours de la grossesse et en particulier lors des toutes premières semaines de la gestation. Le placenta, outre son rôle dans l’alimentation et l’irrigation sanguine du fœtus, est un élément endocrinien clé dans la mesure où il sécrète des quantités massives d’une hormone appelée chorio-gonadotropine (hCG). L’un des rôles de l’hCG est de stimuler la production de progestérone par les ovaires durant au moins le premier trimestre de la grossesse. Un autre rôle de l’hCG est son activité immunosuppressive afin que l’utérus ne rejette pas le fœtus. Ces fonctions sont essentielles pour assurer le développement du fœtus. Quant au placenta l’un de ses autres rôles est de « filtrer » tout ce qui est présent dans le sang maternel afin de ne pas exposer le fœtus à des molécules chimiques indésirables, et pourtant certaines d’entre elles passent à travers cette barrière.

L’étude dont il est fait mention ici a concerné 350 femmes enceintes suivies dès le début de leur grossesse et dont des échantillons de sang et d’urine ont été analysés pour en connaître la teneur en phtalates, en particulier les esters de butyle, d’éthyl-hexyl et de benzyle. Il est ressorti que toutes les femmes enceintes exposées à ces phtalates – dont la présence dans leurs urines était détectée – montraient une plus faible production d’hCG et ceci sans aucun doute sur la relation de cause à effet. À la naissance, les bébés ont été examinés et l’un des marqueurs de la déficience en hCG a été tout particulièrement étudié. Il s’agit de la distance entre l’anus et les organes génitaux (le scrotum) chez l’enfant mâle. Cette partie de l’anatomie s’appelle le périnée chez la femme et sépare le vagin de l’anus. Systématiquement, les enfants dont les mères avaient été exposées durant leur grossesse à des phtalates présentaient tous une distance anus-organes génitaux amoindrie mais uniquement chez les garçons. Or ce marqueur anatomique est aussi lié à une mauvaise production de spermatozoïdes, à des malformations de l’appareil génito-urinaire et à l’infertilité masculine. Selon les auteurs de l’étude, le fait que le taux d’hCG diminue sous l’influence des phtalates induisant également une plus faible production de progestérone mais également de testostérone perturbe l’embryogenèse des organes génitaux de l’enfant mâle mais peut aussi induire d’autres troubles comme l’autisme, les déficits de l’attention ou encore par voie de conséquence l’apparition d’obésité dès l’enfance.

Il s’agit donc de l’établissement d’une relation de cause à effet qui n’était pas soupçonnée jusqu’alors. L’hCG n’est pas une hormone stéroïde mais de toute évidence les phtalates énumérés ci-dessus ont un effet bien quantifié sur sa production par le placenta. Reste à expliquer le mode d’action des phtalates sur cette synthèse d’hCG dont les conséquences sont alarmantes pour le fœtus mâle. Légiférer pour encadrer plus strictement l’utilisation des phtalates dans l’industrie n’est pas sans conséquence sur tout un ensemble de produits d’utilisation quotidienne. On se trouve donc à l’évidence devant une situation qu’il faudra bien que le législateur prenne un jour en considération très sérieusement.

Source : Eurekalert et University of Pittsburgh Schools of Health Sciences.

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