Les micro-moments de résonance positive amoureuse : on n’arrête plus le progrès !

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Que n’a-t-on pas écrit sur l’amour depuis des siècles ! Entrez « love » dans votre browser et instantanément (0,29 secondes) il trouve trois milliards et demi de pages. Il faut qu’une psychologue américaine en rajoute en tournant autour du pot avec la pudeur mal placée qui caractérise la société nord-américaine. Et Barbara Fredrickson n’est pas en reste dans ses délires à tel point qu’elle est convaincue d’avoir découvert La Vraie Origine de l’Amour. Pour elle, l’amour n’est pas la conséquence d’émotions durables qui contribuent par exemple à maintenir une union conjugale, ce ne sont pas non plus les désirs passionnels qui caractérisent l’amour naissant des adolescents et des jeunes adultes et ce n’est pas, enfin, l’instinct de la perpétuation de l’espèce qui font naître ce sentiment. Alors qu’est-ce que l’amour ? Pour ce Professeur de psychologie à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, l’amour ce sont des « micro-épisodes de résonance positive ». Va comprendre ! « L’amour est un flot d’émotions positives que vous partagez avec une autre personne – n’importe quelle autre personne – avec qui vous entrez en communication l’espace d’un instant ». Ces micro-moments peuvent survenir avec votre partenaire habituel, un enfant, un ami intime, un étranger croisé dans la rue, un collègue de travail ou tout simplement la caissière d’un supermarché. L’imagination de cette psychologue n’a pas de limite !

Il est vrai qu’il paraît qu’un cinquième des Américains se trouvent en état de désespérance amoureuse. Il y a matière à réflexion sur ce sujet.

Selon l’approche de Fredrickson afin de vivre ces micro-épisodes d’amour il faut être physiquement en présence de l’autre personne, c’est un phénomène qui concerne les corps et les sens, l’odorat, le toucher, la vue, la parole. On ne peut pas faire l’expérience de micro-moments d’amour en pensée. Et pour comprendre pourquoi c’est important, toujours selon Fredrickson, je ne déforme rien, il faut aussi comprendre comment fonctionne l’amour biologiquement. Comme pour toute autre émotion, l’amour est fait de composants biochimiques et physiologiques mais contrairement à d’autres émotions comme la joie ou le bien-être, l’amour ne peut pas s’initier sans connexion physique avec une autre personne. C’est toujours Fredrickson qui l’affirme, imaginer le contraire eut été difficile, on n’est plus au temps de l’amour courtois … Cette psychologue qui a certainement des milliers d’ouvrages variés traitant de l’amour dans sa bibliothèque entre alors dans le vif du sujet si on peut dire les choses ainsi : il y a trois acteurs dans le processus biologique de l’amour, les neurones « miroirs », l’ocytocine et le tonus vagal – vous avez bien lu, vagal, je n’ai pas fait de faute de frappe. Chacun de ces composants interagit avec les autres pour faire apparaître ces micro-moments de résonance positive. Ça commence à devenir nettement plus sérieux ! Quand deux personnes font l’expérience de l’amour, le Docteur Uri Hasson de l’Université de Princeton l’a montré par résonance magnétique fonctionnelle (fMRI), il apparaît une parfaite synchronisation entre les deux êtres amoureux l’un de l’autre au niveau de leurs neurones (« miroirs »). Comme on ne peut pas mettre deux personnes dans l’espèce de tunnel de la machine à résonance magnétique et qu’en plus cet équipement fait un bruit infernal de marteau-piqueur, Hasson a utilisé un stratagème ingénieux pour mettre en évidence ce que Fredrickson appelle la résonance positive amoureuse. Hasson a enregistré les longues confidences d’une jeune femme au sujet de ses relations amoureuses avec les étudiants de sa classe à l’université. Puis il a fait écouter cet enregistrement aux sujets masculins de la même promotion universitaire alors que leur cerveau était scanné par fMRI. Puis Hasson a demandé aux participants de recréer l’histoire qu’ils avaient entendu afin de déterminer qui avait très bien écouté et qui n’avait pas trop mémorisé l’histoire. En toute logique celui ou ceux qui avaient bien écouté devaient correspondre aux acteurs de l’histoire d’amour racontée par l’étudiante. Ce que Hasson a découvert fut que le cerveau de ceux qui n’étaient pas impliqués directement dans l’histoire amoureuse qu’ils avaient entendu réagissaient avec un temps de retard alors que le cerveau de l’auditeur qui s’était reconnu dans l’histoire réagissait instantanément et certaines zones de son cortex anticipaient l’histoire elle-même en suivant la consommation d’oxygène par fMRI différentielle, j’ai disserté de cette technique dans un certain nombre de billets de ce blog. Fredrickson, à l’appui de cette observation en conclut que cette situation génère des micro-moments d’amour qui sont « un acte unique réalisé par deux cerveaux simultanément » (sic) grâce à des neurones « miroirs », c’est nouveau, ça vient de sortir, ça va plaire à la presse avide de sensations fortes … Ce n’est pas encore le coup de foudre mais presque, disons un micro-coup de foudre …

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L’ocytocine, l’hormone de l’amour et de la tendresse, facilite ces moments d’intimité. Produite en quantités massives lors d’un rapport sexuel et en moindre quantité au cours des épisodes de connexion intime elle catalyse l’intimité en rendant les personnes plus disposées à approfondir ces connexions. Durant les micro-moments d’intimité amoureuse des pics synchrones de sécrétion d’ocytocine ont été observés non seulement entre deux personnes entretenant une relation amoureuse mais également entre une mère et son enfant ne serait-ce qu’au cours d’un rapprochement par le regard, un sourire, une caresse, une embrassade … de manière simultanée entre la mère et son enfant.

Le dernier acteur de ce processus est le nerf vague. En bref le nerf vague (dixième nerf cranien) contrôle tout ce qui se passe en dessous du cerveau ou presque ( http://en.wikipedia.org/wiki/Vagus_nerve ). Lors d’un micro-moment amoureux, pour reprendre l’expression de Fredrickson, ce nerf accélère le rythme cardiaque et procure la sensation intense de l’amour : « le nerf vague stimule de tout petits muscles faciaux qui permettent de mieux synchroniser les expressions faciales avec celles de son (sa) partenaire. Le nerf vague ajuste aussi de minuscules muscles de l’oreille intermédiaire qui permet de mieux entendre la voix de l’être aimé au milieu d’une conversation bruyante ». Durant les micro-moments amoureux on peut aussi apprécier le rôle du nerf vague en enregistrant le rythme cardiaque et celui de la respiration et avoir un tonus vagal élevé est favorable car il permet de réguler l’apport d’énergie sous forme de glucose au cerveau et à tout l’organisme. C’est bien connu, l’amour ça fatigue donc il faut de l’énergie ! Fredrickson a remarqué au cours de son étude que les personnes présentant un tonus vagal élevé étaient plus enclines à tomber amoureuses que, disons, les apathiques, on s’en serait douté … Encore fallait-il le prouver et c’est ce qu’a fait Fredrickson dans son laboratoire. Elle a choisi au hasard deux groupes de participants et conditionné l’un d’eux à des situations amoureuses. Pour ce faire, ces derniers devaient pendant plusieurs mois se livrer au moins une heure par semaine à la méditation bouddhiste de la douceur qui consiste à s’asseoir en silence pendant un certain temps et ne penser qu’à la tendresse, la chaleur, l’intimité et la compassion pour une autre personne en se répétant intérieurement une série de phrases à soi-même souhaitant à l’âme sœur amour, paix, santé, force et bien-être. Je n’y connais rien en pratique de méditation bouddhiste, mais bon … D’après Fredrickson cet exerce permet aux personnes de sortir d’elles-mêmes et de mieux prêter attention à leur entourage en brisant la barrière de l’individualisme forcené culturellement ancré dans nos pays occidentaux.

Fredrickson mesura alors le tonus vagal avant et après cet exercice et le résultat fut tellement évident qu’elle fut invitée à présenter ses conclusions au Dalai Lama en personne en 2010, il faut le lire pour le croire ! Bref, ce qui ressortit de cette étude percutante, contrairement à ce que l’on aurait tendance à imaginer, est que les gens peuvent accroître significativement leur tonus vagal par la méditation amoureuse. Or, toujours d’après Fredrickson, les personnes s’étant soumises à ces séances de méditation devenaient soudain capables de vivre plus de micro-moments d’amour chaque jour. Et ce n’est pas tout, un tonus vagal vigoureux a aussi d’autres bienfaits sur la santé et non pas seulement sur les pulsions amoureuses, les risques d’inflammation sont diminués, les maladies cardiovasculaires, le diabète et les AVCs sont également modérés. Ça fait carrément rêver !

Fredrickson appelle l’amour une nourriture et « consommer » suffisamment de cette « nourriture » ne peut être que bénéfique pour la biochimie du corps en générant plus de micro-moments d’amour dans la vie contribuant de ce fait à une meilleure santé, à un bien-être durable et même à un allongement de la vie. Pour Fredrickson, les micro-moments de résonance positive sont la seule explication de la nature de l’amour alors que les médias et bien d’autres ouvrages plus ou moins spécialisés décrivent le contraire comme si l’amour était quelque chose de tellement complexe qu’il est inaccessible à beaucoup de personnes. D’après Jonathan Haidt, un autre psychologue, le « mythe de l’amour » dépend avant tout de l’harmonie entre deux personnes et n’est durable qu’à cette condition. Encore faudrait-il alors définir ce qu’est l’harmonie entre deux personnes. Pour ce psychologue si l’amour vrai est définissable comme éternel alors c’est biologiquement impossible, c’est donc un mythe. Dure réalité !

Pour conclure, Fredrickson pense que les personnes seules qui cherchent l’amour désespérément en attendant l’âme sœur assises à la terrasse d’un café en songeant à l’amour mythique se trompent complètement. Si au contraire elles pensaient à ces petits moments de connexion qu’elle a mis en évidence et dont on peut faire l’expérience chaque jour peut-être bien que leur solitude trouverait une solution.

Mes lecteurs auront compris que je ne crois pas un mot de cette démonstration. Nous sommes des animaux doués d’un cerveau capable de rationaliser nos comportements instinctifs dont et surtout le comportement sexuel. La naissance de l’amour entre deux personnes procède avant tout d’une activité sexuelle bien vécue en commun et j’en suis intimement convaincu, mais je ne partage mon opinion qu’avec moi-même comme aurait dit Desproges.

Source et illustrations : The Atlantic.com

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