Le vieillissement des populations occidentales, un phénomène alarmant

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Les populations de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Autriche sont sur le déclin puisque le taux de fertilité dans ces pays est tombé à moins de un enfant par femme en âge de procréer (dernière statistique disponible qu’on peut contester). Au Japon la situation est sensiblement moins critique puisqu’en 2012 le taux de fertilité total était estimé à 1,4 enfant par femme. Or pour qu’une population donnée se maintienne à un niveau constant il faut que chaque femme ait statistiquement 2,1 enfants. L’idéal serait que chaque femme fertile donne naissance à au moins une fille afin que le nombre de femmes fertiles dans une population donnée reste constante. Cette approche dite taux de reproduction net a été abandonnée au profit du taux de remplacement cité ci-dessus. Mais dans certains pays, en particulier en Inde, les pratiques coutumières du mariage consistant à doter les filles à marier en ruinant parfois les parents a conduit à un déséquilibre entre les populations masculines et féminines au profit des hommes et le taux de reproduction net a été donc profondément biaisé. Si la détermination du sexe de l’enfant avant la naissance est officiellement interdit en Inde il n’en demeure pas moins que nombre de femmes recourent au test de détermination du sexe de leur enfant à naître à l’aide du « Baby Gender Mentor » disponible au marché noir dans n’importe quelle ville. Le business de l’avortement est donc florissant dans ce pays avec, à terme, des conséquences incontrôlables sur la chute rapide de la population de ce pays.

La politique de l’enfant unique instaurée en Chine en 1980 n’a pas permis de réduire la croissance de la population de ce pays pour deux raisons : la mortalité infantile a considérablement diminué (moins 75% depuis 1949 et l’espérance de vie à doublé dans le même temps. Cependant cette politique de planning familial aura à terme des effets incalculables sur l’évolution de la population chinoise car l’assouplissement prévoyant un deuxième enfant par couple si le premier est une fille aggrave le déséquilibre entre hommes et femmes sans avoir recours comme en Inde à l’avortement. Les deux pays les plus peuplés du monde verront donc leurs populations respectives chuter dans des proportions vertigineuses dans un avenir proche, à peine le temps d’une génération. L’amélioration du niveau de vie joue également un rôle dans le taux de fertilité. Plus le produit national par habitant croit plus la fertilité des couples décroit. Il s’agit d’une constatation déjà mise en évidence par Alfred Sauvy au cours des années 1950 en étudiant la démographie du « Tiers Monde », une expression qu’il créa à cette époque. Des pays comme l’Italie, l’Allemagne ou encore le Japon vivent donc aujourd’hui pleinement ce que Sauvy avait bien décrit dans plusieurs de ses ouvrages. Les progrès de la médecine et de l’hygiène ne permettent plus aux populations de se maintenir comme encore aujourd’hui en Chine et on assiste donc à un vieillissement inexorable de la population avec son cortège de graves problèmes socio-économiques.

L’une des solutions adoptées par des pays comme les USA, le Canada ou l’Allemagne pour contrer cette catastrophe démographique est d’ouvrir les frontières à l’immigration. Les USA présentent une démographie anormalement élevée compte tenu du revenu par habitant, alimentée par la population immigrée latino-américaine. L’Allemagne a accueilli des Turcs, des Slovènes ou encore des Albanais mais ces derniers ont vite compris qu’une famille nombreuse « comme au pays » était ingérable financièrement. Malgré un afflux constant d’immigrés en Italie – la grande majorité de ces derniers ne fait que passer pour aller en terre promise, l’Angleterre, y séjourner quelques années et prétendre ensuite à une immigration ultime vers les USA ou le Canada – la population de la Botte décroit. Le mouvement est sensible également en Espagne.

La France fait figure d’exception dans la mesure où la politique familiale datant du régime de Vichy et revue et améliorée à la libération par le Comité National de la Résistance pour « repeupler la France » représente un coût extrêmement élevé pour l’ensemble de la population et nonobstant une natalité qui va en s’amenuisant années après années malgré toutes les mesures favorisant les familles de trois enfants et plus.

Reste donc le cas du Japon qui défraie la chronique européenne sans justification. Il est facile de caricaturer un pays quand on en est éloigné et surtout quand on n’y a jamais mis les pieds. Il est incontestable que la population japonaise « vieillit » mais à peine plus que celle de l’Allemagne ou de l’Italie. La situation japonaise est plus critique dans la mesure où l’immigration y est très difficile et les structures publiques ne sont pas en faveur d’une natalité soutenue. Il n’existe aucune incitation fiscale pour les couples éventuellement désireux de créer une famille de plus d’un enfant, l’accès aux crèches et aux écoles maternelles est malaisé et payant. Les couples doivent s’inscrire sur une liste d’attente et programmer la venue de leur enfant très précisément, parfois au jour près. La pression économique fait qu’une grande majorité de femmes en âge de procréer choisissent de travailler plutôt que de fonder une famille. Enfin les congés de maternité pour les femmes ayant un emploi est lourdement pénalisant pour leur carrière. Des dérogations ont été accordées pour pourvoir les hommes célibataires des zones rurales en épouses. Ceux-ci s’adressent à des sortes d’agences matrimoniales qui recrutent des candidates au mariage essentiellement en Russie ou aux Philippines et au Brésil et dans une moindre mesure en Corée et à Taiwan. Il n’est pas rare de rencontrer dans les campagnes japonaises des épouses de cultivateurs aux yeux bleus et aux cheveux blonds venant directement de la Russie toute proche. Ces dernières doivent se plier parfois au pouvoir absolu de leur belle-mère le plus souvent à la maison mais qu’à cela ne tienne, les enfants venus, tout finit par rentrer dans l’ordre. Ces sortes de mariages arrangés et pris en charge par les municipalités rurales – tout compris environ 2 millions de yens – sont tolérés voire encouragés par les services d’immigration. Mais globalement si le Japon ne s’ouvre pas à une immigration ciblée, la population déclinera comme celle de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie. Il y a urgence pour ce pays car la pénurie de main-d’oeuvre se fait également cruellement sentir. Ouvrir le Japon à l’immigration, un pays insulaire longtemps jaloux de ses particularismes, relève du défi. Il faudra en effet bousculer de nombreuses idées reçues pour que la population accepte ce changement mais il faudra aussi que les structures sociales soient mieux adaptées pour recevoir les enfants en bas âge et enfin une incitation fiscale nécessaire devra accompagner ce programme qu’il est urgent de mettre en place.

Source : billet inspiré d’un article paru dans The Guardian, Japon : pyramide des âges.

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