La DMLA induite par un excès de cholestérol, ou un excès de calcium, ou les deux ?

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Une récente étude pilotée par le Docteur Imre Lengyel de l’Imperial College à Londres apporte une nouvelle information sur le développement de la DMLA ou dégénérescence maculaire liée à l’âge, cette perte de l’acuité visuelle qui touche un « vieux » sur 5. La présence de phénomènes liés à une inflammation de la rétine avec une réponse du système immunitaire n’avait toujours pas trouvé d’explication car malgré quelques indications fragmentaires cette inflammation de la rétine semblait encore mystérieuse. Ce que l’on a constaté est un dépôt anormal de protéines et de lipides au niveau de l’épithélium rétinien pigmenté, celui-là même qui est responsable de la vision. Ce dépôt amorphe (photo Wikipedia, voir le lien ci-dessous) est appelé drusen. Progressivement ces dépôts excessifs perturbent l’irrigation sanguine. Cette première conséquence pourrait expliquer l’angiogenèse au niveau rétinien (voir le lien sur ce blog) car la rétine est extrêmement gourmande en énergie et en particulier au niveau de la macula très riche en cônes et bâtonnets. Ces dépôts augmentent avec l’âge et il n’y avait qu’un pas vite franchi pour lier ces derniers avec la DMLA puisqu’ils s’accumulent justement au niveau de la partie la plus interne de la choroïde, là où arrive le réseau de capillaires issus de l’artère ophtalmique. On a par exemple retrouvé dans ces dépôts hétérogènes la protéine beta amyloïde liée à l’apparition de la maladie d’Alzheimer sans pour autant pouvoir lier la DMLA à cette maladie neurodégénérative. Un syndrome inflammatoire est signé par la présence presque systématique du facteur H du complément également retrouvé dans les drusen mais il semblait que ces diverses manifestations sans lien apparent les unes avec les autres pouvaient être le résultat d’une cause commune.

En analysant par diffraction des rayons X issus d’un synchrotron les dépôts rétiniens d’œils de cadavres de sujets ayant souffert de DMLA, il est apparu qu’au milieu de ces dépôts se trouvaient systématiquement des micro-sphères d’hydroxy-apatite, l’un des composants des os et de l’émail dentaire. Il s’agit d’un phosphate de calcium très stable qui présente la propriété d’adsorber toutes sortes de métabolites dont en particulier des protéines. L’hydroxy-apatite fait partie de mes souvenirs de biologiste pour avoir utilisé ce produit cristallin comme support afin de réaliser des chromatographies variées. Ces petites sphères (illustration tirée de la publication parue dans les PNAS, voir le DOI) se forment autour d’un granule de cholestérol puis captent autour d’elles, un peu comme dans une colonne de chromatographie au laboratoire, la protéine amyloïde beta en rouge (I) qui se recouvre de vitronectine (en jaune, J, une protéine constituante de la matrice extracellulaire) et de facteur H du complément (en vert, H) résultant en une sorte de concrétion mi-minérale, mi-protéique (L) finissant par fortement perturber la fonction de la rétine en induisant une réaction inflammatoire, la présence de facteur H le prouvant (les barres représentent 2 microns).

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Curieusement l’accumulation d’hydroxy-apatite au niveau des tendons est connue pour être la cause première des tendinites, une affection inflammatoire particulièrement douloureuse. Aussi bien pour la rétine que pour les tendons cette apparition de cristaux – ou de ces sphères dans le cas de la rétine – d’hydroxy-apatite n’a pas encore trouvé d’explication. Il est cependant intéressant de rapprocher ces dépôts d’hydroxy-apatite de ce qui a été observé dans les phénomènes de calcification des artères quand ces dernières sont encombrées par des micro-gouttelettes ou plaques de cholestérol. Peut-être qu’il y a une relation entre la teneur en cholestérol sanguin et le développement de la DMLA avec cette initiation via le cholestérol de la formation de ces sphérules d’hydroxy-apatite formant ce que l’on appelle le drusen qui finit par induire la DMLA ( http://en.wikipedia.org/wiki/Drusen ). Reste donc à percer le mystère de la formation de ces sphères de phosphate de calcium sous l’épithélium pigmenté de la rétine. Et si le cholestérol est un facteur déclenchant de la DMLA alors des études plus documentées relatives à l’usage des statines et de l’occurence de la DMLA chez les personnes âgées pourraient être envisagées. Il existe déjà quelques résultats fragmentaires de l’effet bénéfique des statines sur l’apparition de la DMLA chez les personnes âgées mais les conclusions sont controversées. Quant à établir une carence en calcium, autant ne pas y penser car il s’agit d’un composant essentiel à la vie …

Source : PNAS (www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1413347112) . Je tiens à la disposition de mes lecteurs curieux cet article aimablement communiqué par le Docteur Imre Lengyel, vivement remercié ici.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/08/06/dmla-une-avancee-dans-lexplication-de-cette-maladie/

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