Commentaire sur les dérives journalistiques

Capture d’écran 2015-01-06 à 19.30.15

Une innovation dans le domaine des cellules souches redirigées à partir de cellules adultes a fait grand bruit dans les médias ces derniers jours. Il s’agit de la mise au point des conditions de culture cellulaire permettant d’obtenir des ébauches de gamètes à partir de cellules de peau d’adulte. Cette effervescence médiatique paraît totalement injustifiée pour plusieurs raisons. La première et non des moindres est que l’horloge chronologique dont ne peuvent pas s’affranchir les cellules en dehors de celles dites germinales du testicule, leurs équivalents ovariens existant en nombre limité, fera que les dites gamètes seront déjà « vieilles » biologiquement parlant. Au bout de chaque extrémité des chromosomes se trouve en effet un ajout appendiculaire appelé télomère qui protège les chromosomes d’une détérioration ou d’une fusion intempestive avec d’autres chromosomes au cours d’une division cellulaire. La machinerie enzymatique complexe mise en œuvre pour copier tout un chromosome ne sait pas recopier ces télomères et à chaque division ils deviennent de plus en plus courts. La longueur des télomères indique donc de ce fait un vieillissement du patrimoine génétique avec toutes ses conséquences redoutables comme l’accumulation de mutations indésirables. Cet aspect du scoop médiatique relatif à la production de gamètes à partir de cellules de peau semble avoir été totalement ignoré et pour cause : un scoop ne doit pas être entaché de doutes ou d’informations contre-productives. La science médiatisée est donc devenue une proie pour la presse de caniveau et le sensationnel prime sur la qualité des travaux de recherche.

La deuxième raison de cette quasi imposture journalistique au sujet des travaux publiés dans le journal Cell par une équipe de physiologistes de l’Université de Cambridge concerne en réalité la fonction d’un gène particulier ( SOX17) présent sur le chromosome Y codant pour un facteur de transcription impliqué dans la détermination du sexe. Or ces travaux ne font en aucun cas état des conséquences potentielles de l’identification de la fonction de ce gène. Les journalistes se sont emparé de la nouvelle pour écrire des articles dignes d’un Aldous Huxley, un écrivain mystique sous l’emprise de la drogue qui écrivit « Brave New World » en 1931 ! Autant dire que les journalistes n’ont plus aucune retenue, ni pudeur ni même respect de leur profession …

Une réflexion au sujet de « Commentaire sur les dérives journalistiques »

  1. Ping : Cellules souches : sur certaines déformations journalistiques | Contrepoints

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s