La douve du foie fait toujours autant de ravages !

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J’ai parlé il y a quelques jours des Demodex, ces acariens microscopiques vivant dans les glandes sébacées, ce sont des parasites presque externes qui ne modifient en rien le fonctionnement interne du corps. Par contre il existe une multitude de parasites internes par exemple de la famille des ténias ou des douves, pour n’en citer que deux mais il ne faut pas oublier de mentionner le Plasmodium de la malaria qui est aussi classé parmi les parasites. Bref, si on se limite à un ténia particulier comme l’échinocoque (Echinococcus multilocularis) il se fixe préférentiellement dans le foie et la parasitose se termine par un cancer mortel du foie. Ce parasite redoutable est transmis par le renard qui s’est au préalable nourri de rongeurs infestés et l’homme constitue l’hôte final dont il mourra à coup sûr. L’échinocoque est toujours présent en Europe et sur le pourtour méditerranéen. Il est cependant très difficile d’établir une épidémiologie précise car il faut parfois plus de 20 ans pour que se développe le cancer final du foie après avoir par exemple mangé des myrtilles sur lesquelles un renard infesté avait uriné. Il s’agit là de l’un des modes de transmission les plus connus.

Pour ce qui concerne encore le foie, il y a donc aussi les parasites de la famille des douves dont on connait le cycle de développement au moins pour l’une d’entre elles, l’Opisthorchis (voir le schéma, CDC) qui provoque des tumeurs de l’arbre biliaire également fatales :

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L’infestation se fait communément en mangeant du poisson cru vivant dans des rivières ou des bassins où se trouve également un escargot faisant partie du cycle de reproduction de cette douve qui peut atteindre deux centimètres et demi de long et un demi centimètre de large, l’horreur ! puisqu’il peut y en avoir plusieurs bien au chaud à l’intérieur du foie :

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Une étude réalisée au sein d’une collaboration internationale entre les Universités de Singapour, de Khon Kaen en Thaïlande, de Melbourne et d’autres instituts de recherche a permis d’élucider le génome de ce parasite et de préciser le mécanisme conduisant à l’apparition de cancer. On estime en effet que plus de cent millions de personnes sont porteuses de ce parasite en particulier en Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam mais aussi en Chine, en Malaisie et en Indonésie. Il n’existe pas de traitements efficaces homologués pour éradiquer le parasite et les sujets infestés sont condamnés à une mort prématurée certaine s’ils ne sont pas éventuellement traités à temps avec le seul médicament disponible appelé Praziquantel également efficace contre l’Échinocoque mais dont l’usage est plutôt réservé aux vétérinaires car il n’existe pas ou peu de données sur la pharmacologie de ce produit dont on connait mal le mode d’action.

L’élucidation du génome de ce parasite pouvait constituer la base d’une connaissance approfondie de son métabolisme dans la bile, un environnement particulièrement hostile contrairement au sang qui est peut-on dire un milieu physiologique satisfaisant. La bile contient à plus de 80 % des détergents puissants dérivés du cholestérol, l’un des plus connus étant l’acide cholique, il s’agit donc d’un liquide plutôt hostile mais l’Opisthorchis viverrini s’en accommode et la connaissance du génome complet du parasite a permis non seulement de faire avancer la connaissance sur le mécanisme oncogène mais a apporté de précieux renseignements sur le métabolisme afin de développer de nouveaux produits permettant d’atteindre des traitements plus adaptés.

Brièvement le génome de l’Opisthorcis (11 paires de chromosomes) comporte 634 millions de paires de bases codant pour 16379 protéines. Plusieurs centaines de ces protéines sont des enzymes particulièrement adaptés au substrat que constitue la bile, un milieu riche en acides gras, en lipoprotéines de diverses densités et très riche en acide cholique. De plus l’Opisthorcis sécrète des protéines spéciales qui lui permettent de se nourrir partiellement en attaquant les cellules de l’épithélium de l’arbre biliaire appelées cholangiocytes. C’est en endommageant ces cellules qu’apparaissent des réactions inflammatoires qui vont conduire à l’apparition de cellules cancéreuses favorisée par l’expression perturbée par la présence du parasite de gènes codant pour des protéines appelées proto-oncogènes. L’illustration tirée de l’article paru dans Nature ne peut pas mieux résumer ce qui se passe au niveau des canaux biliaires (DOI: 10.1038/ncomms5378) :

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Cette étude va peut-être permettre de mettre au point des médicaments ciblant les enzymes de la douve lui permettant de survivre dans la bile ou d’interférer avec les autres protéines également produites par ce parasite qui présentent des propriétés oncogènes. Pour les curieux, une douve comme l’Opisthorcis peut vivre jusqu’à 15 ans dans le foie, un véritable animal de compagnie !

Sources : Université de Singapour : http://www.a-star.edu.sg/Media/News/Press-Releases/ID/3316/ , Nature. Voir aussi :http://www.plosmedicine.org/article/info:doi/10.1371/journal.pmed.0040201

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