L’abeille au secours de l’humanité ? Doublement …

Capture d’écran 2014-09-09 à 13.22.19

On a attribué à Einstein, peut-être à tort, cette déclaration : « Si les abeilles disparaissent de la surface de la Terre, il ne restera à l’homme plus que quatre années à vivre. Plus d’abeilles, plus de pollinisation … plus d’êtres humains ! ». On considère en effet que plus de 65 % des cultures vivrières nécessitent des insectes pollinisateurs représentant un chiffre d’affaire mondial de plus de 200 milliards de dollars. La recherche dans le domaine de la santé des abeilles est donc très active et on a pu montrer ces dernières années que toute une série d’agents pathogènes étroitement associés les uns aux autres contribuaient à la mort des abeilles. Outre le varroa, bien connu des apiculteurs, il y a aussi des virus, des bactéries et des moisissures qui sont transmis par le varroa et entre abeilles. On a également incriminé les insecticides et leur usage intempestif comme les néonicotinoïdes qui affaiblissent les abeilles et les rendent plus vulnérables aux autres agents énumérés ci-dessus. Bref, la prédiction apocalyptique des conséquences de la disparition des abeilles pourrait devenir réalité. Si on ajoute à ce tableau peu réjouissant l’usage également intempestif des antibiotiques par les êtres humains pour leur propre santé, l’apparition de bactéries multirésistantes pourrait également contribuer à la disparition de l’humanité.

Or relativement peu de bactéries sont pathogènes pour les abeilles et il est connu depuis des temps immémoriaux que le miel présente des propriétés antimicrobiennes. Il est bien connu aussi qu’on peut soigner certaines infections bucco-pharyngées avec du miel. La pharmacopée traditionnelle utilise aussi le miel pour soigner les infections des plaies ulcérantes réfractaires à tous les antibiotiques que l’on classe maintenant dans la catégories des infections nosocomiales. Cette observation a conduit une équipe spécialisée dans la biologie des abeilles de l’Université de Lund en Suède dirigée par le Docteur Alejandra Vasquez à tenter de comprendre pourquoi le miel présente des propriétés antibiotiques avérées. La capacité des abeilles à se protéger relativement bien contre les attaques bactériennes pouvait faire penser que le miel en lui-même était un antibactérien. Or il est bien connu que le miel est généralement acide et contient toute une série d’acides organiques dont l’acide gluconique représentant jusqu’à 1 % en poids et ces constituants mineurs étaient attribués au processus de digestion du miel par l’abeille puisqu’en définitive le miel est régurgité par l’insecte. L’équipe de l’Université de Lund s’est donc particulièrement intéressée à la flore bactérienne symbiotique du tube digestif de l’abeille (illustration ci-dessus : lactobacilles dans l’estomac d’une abeille).

800px-Antibiogram-Mueller-Hinton

Dans un premier temps un certain nombre de bactéries jamais décrites appartenant aux familles des lactobacilles et des bifido-bactéries ont été identifiées, isolées et caractérisées. En utilisant la technique classique des antibiogrammes (voir l’illustration, Wikipedia), toutes ces bactéries ont présenté de fortes propriétés antibiotiques à large spectre y compris avec des souches pathogène redoutables et résistantes à tous les antibiotiques connus comme des staphylocoques résistants à la méticilline ou des entérobactéries multirésistantes ou encore des Pseudomonas ainsi que la levure Candida albicans responsable de redoutables candidoses.

Restait à déterminer quels composés chimiques étaient excrétés par ces bactéries du système digestif de l’abeille. La surprise a été d’identifier des molécules chimiques relativement simples comme des hydrocarbures à chaine courte possédant une fonction alcool ou cétone ou des acides gras également à chaine courte avec une fonction alcool comme l’acide 3-hydroxy décanoïque. Ces métabolites sont également présents dans le miel en quantités loin d’être négligeables à condition toutefois que le miel soit fraîchement collecté ce qui est d’ailleurs préconisé en médecine traditionnelle pour soigner les plaies ulcérantes. Enfin, ces bactéries produisent des petites protéines dont les propriétés antibiotiques sont en cours d’étude.

Ces résultats indiquent donc que le miel présente bien des propriétés antibiotiques malgré les études controversées ou mises en doute notamment par Cochrane Collaboration. Ces propriétés proviennent donc de la flore bactérienne présente dans l’estomac des abeilles qui participe à la digestion du pollen. Une piste nouvelle pour de nouveaux antibiotiques ? Peut-être, tous les espoirs sont permis.

Sources : DOI: 10.1111/iwj.12345 et DOI:10.1371/journal.pone.0033188 (open access) et d’autres articles aimablement communiqués par le Docteur Alejandra Vasquez à la disposition de mes lecteurs.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s