Uranium ou CO2 : il faudra choisir un jour !

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L’objectif européen dit du « 20-20-20 » ne pourra jamais être atteint pour une série de raisons. Je rappèle brièvement de quoi il s’agit. A l’horizon 2025-2030, donc dans 10 à 15 ans, l’Europe s’est engagée pompeusement et, est-il nécessaire de le mentionner, inconsidérément dans un programme énergétique intenable pour satisfaire les exigences des écologistes : 20 % de diminution des émissions de CO2, 20 % d’énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque et biomasse) et 20 % de diminution de la part du nucléaire dans la production d’électricité. Dans la tête des écologistes, la « fée électricité » est devenue une sorcière radioactive tout juste bonne au bûcher. Il y a deux oublis de taille dans ce programme. La part des émissions de CO2 dues au secteur du transport a été ignorée et le fait que l’électronucléaire n’émet pas de CO2 a été sciemment nié pour des raisons purement idéologiques alimentées par des ONGs dont l’objectif principal est d’appauvrir les populations dans un délire malthusien refusant tout progrès technique et toute croissance économique.

L’équation dite du « 20-20-20 » est insoluble sans un apport en énergie nucléaire pour maintenir une stabilité des réseaux d’électricité car même en sur-équipant l’Europe en moulins à vent et en panneaux solaires, il restera nécessaire de disposer de sources d’électricité fiables car les deux sources d’énergie « renouvelables » ne sont pas fiables, personne ne peut dire le contraire. En dehors des deux EPR en construction en Finlande et en France et d’un réacteur de type VVER-440 en Slovaquie, l’ensemble du parc électronucléaire européen (131 réacteurs) réparti dans 14 pays a un âge moyen de 30 ans. La France est une exception puisqu’à elle seule, la moitié du parc électronucléaire européen s’y trouve et l’âge moyen des installations n’est « que » de 27 ans environ si on peut faire une moyenne arithmétique dans ce cas. Pour des raisons purement politiques, l’Allemagne et la Belgique ont décidé de l’abandon du nucléaire à l’horizon 2025, tout en oeuvrant en sorte que l’objectif des 20-20-20 soit atteint dans le même laps de temps. Il est donc évident que la part du nucléaire dans la production d’électricité en Europe continentale décroitra inexorablement comme le souhaitent Corinne Lepage ou Mademoiselle Royal d’ailleurs pour la France avec la fermeture programmée du site de Fessenheim comme avant-goût de cette incommensurable stupidité économique. Sans les quatre projets en cours de mise en place en Finlande (outre l’EPR en fin de construction), Hongrie, Lituanie et Grande-Bretagne, le déclin de la part du nucléaire est donc annoncé. Le « 20 % » en moins pour le nucléaire sera donc atteint, mais quid de la réduction des émissions de CO2 ? Il n’y a pratiquement plus de sites susceptibles d’être exploitables en hydroélectricité à moins de réaliser des travaux titanesques auxquels les écologistes sont fermement opposés, il faudra donc inévitablement augmenter la production d’électricité avec des combustibles fossiles, ce que refusent également les écologistes, ne serait-ce que pour alimenter un parc automobile électrique en hypothétique croissance durant les dix et quelques prochaines années pour diminuer les émissions de CO2 car c’est là le vrai problème des émissions de ce gaz supposé modifier le climat, le transport automobile. On se trouve donc un peu dans la situation du serpent qui se mord la queue …

Un nouveau cheval de bataille des écologistes est le coût grandissant des opérations de maintenance des installations nucléaires existantes pouvant être certifiées pour une exploitation prolongée par les autorités compétentes. C’est par exemple le cas de la Centrale nucléaire de Fessenheim dont la durée d’exploitation a été prolongée de dix ans (au moins) par l’ASN. En dépit de cette décision prise de manière strictement technique et non politique ou idéologique, le gouvernement français est passé outre et a décidé de manière non démocratique sa fermeture car il s’agissait d’une promesse électorale. Les compagnies d’électricité exploitant des réacteurs nucléaires, dont EDF, sont confrontées à une diminution de la consommation depuis la crise économique de 2008 et à un renchérissement des investissements relatifs à la sécurité dits « post-Fukushima ». Le vieillissement des centrales requiert également des opérations de maintenance parfois coûteuses comme le remplacement de générateurs de vapeurs fuyards, pour ne citer que cet exemple, et les opérations de maintenance ont vu leur coût augmenter de 10 % par an ces dernières années en partie liées au fait qu’il faut former de nouveaux personnels techniques car les « anciens », ceux qui ont construit ces usines, sont parti à la retraite. Néanmoins, la maintenance restera toujours plus économique que la construction de nouvelles installations. N’importe quelle installation industrielle amortie est en permanence entretenue. L’un des exemples les plus parlants est l’industrie pétro-chimique : on ne démonte pas une raffinerie de pétrole pour en reconstruire une autre parce qu’elle est trop vieille ! Chaque année, la plupart des installations industrielles sont mises à l’arrêt pour maintenance, l’outil de travail est entretenu et amélioré pour atteindre dans la plupart des cas une meilleure sécurité et un rendement amélioré. EDF a évalué que la maintenance de l’ensemble du parc électronucléaire français certifié pour une exploitation prolongée de dix ans (voire 20 ans ou plus) des 58 réacteurs en opération actuellement reviendrait à un peu moins d’un milliard d’euros par unité ou réacteur, un investissement étalé sur dix ans soit 100 millions d’euros par an. Or quand on rapproche ces chiffres des recettes quotidiennes d’un réacteur, en moyenne 1,5 millions d’euros par jour (pour une puissance électrique de 1000 MW), il n’y a pas vraiment de quoi s’affoler même si le facteur de charge moyen des réacteurs nucléaires français est passé en dix ans de 78 à 73 %, alors que les installations sont pour la plupart amorties depuis longtemps et que les interventions de maintenance sont réalisées au cours des arrêts programmés pour rechargement en combustible.

L’objectif européen du « 20-20-20 » est donc une vue de l’esprit dérangé des écologistes reprise par des politiciens pour de pures raisons électoralistes fortement teintées d’une démagogie sans aucune réalité économique. Une politique énergétique ne se décide pas sous l’effet de pulsions politiciennes à court terme mais sur le long terme, le très long terme en particulier pour le nucléaire compte tenu de la lourdeur des procédures et des investissements. L’Europe a malheureusement choisi de faire n’importe quoi dans ce domaine en gaspillant des centaines de milliards d’euros pour du vent aléatoire et des rayons de soleil tout aussi aléatoires. Nos petits-enfants nous le reprocheront amèrement …

Sources : Reuters, Business Insider et World Nuclear News, illustration Wikipedia, centre de production électronucléaire de Grafenrheinfeld, Bavière

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