La médecine traditionnelle par les plantes et la « doctrine des signatures »

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Pendant des milliers d’années, bien avant la médecine moderne, choisir des plantes qui non seulement ne nous tuaient pas mais pouvaient au contraire nous soigner était un exercice périlleux d’essais et d’erreurs. Et comme la croyance en une force surnaturelle fut plus tard assimilée à un dieu ou des dieux, il parut normal dans l’esprit des hommes que les plantes étaient un don de ces dieux pour trouver des traitements à leurs maladies. Par un effet inattendu d’anthropomorphisme apparut la « doctrine des signatures » pour trouver des plantes susceptibles de présenter un avantage thérapeutique. Cette doctrine remontant à l’aube de l’humanité était basée sur le fait que la forme des plantes, des racines, des fruits, des feuilles ou des noix et autres graines rappelant certaines parties du corps humain étaient par voie de conséquence bénéfiques pour traiter les maladies affectant des organes de la même forme. L’un des exemples les plus connus, mais jamais vérifié, est de traiter toutes les affections de la tête, que ce soient des vertiges, des crises d’épilepsie ou de simples maux de tête, en mangeant des noix (voir l’illustration ci-dessous) parce que les noix rappellent l’aspect du cerveau. Nos très lointains ancêtres pratiquaient la trépanation et ils connaissaient donc l’aspect du cerveau, sans oublier naturellement l’anthropophagie naturellement pratiquée ces derniers.

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Un autre exemple est la sanguinaire dont la sève rouge était supposée soigner les maladies du sang ou encore le saxifrage, capable de casser les cailloux en s’infiltrant dans les fissures, devait donc être capable de réduire en poussière les calculs rénaux, la gravelle comme disaient les anciens. Les graines de l’Anchise (Anchusa officinalis) qui ressemblent vaguement à une tête de vipère étaient supposées soigner les piqûres de serpent …

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Pline l’Ancien se pencha sur cette curieuse pratique médicinale et plus tard le médecin germano-suisse Paracelse, dans les années 1500, écrivait ceci : « l’âme ne perçoit pas les constructions internes et externes des plantes et des racines, mais il les perçoit intuitivement grâce à leur forme extérieure, leur signature (Signatum) ». D’un point de vue théologique, la création de la Terre par Dieu comprenait non seulement celle de l’homme et des animaux mais également celle des plantes bénéfiques pour ces derniers.

Sur plusieurs milliers de plantes utilisées par l’homme à des fins alimentaires ou thérapeutiques ayant des feuilles en forme de cœur et donc éventuellement efficaces pour traiter les maladies de l’organe homonyme, environ 80 ont été sélectionnées au hasard pour une étude ultérieure. Parmi ces dernières, 21 étaient déjà utilisées en médecine traditionnelle et seulement trois d’entre elles présentent une réelle efficacité pour les maladies cardiaques. Si ce genre de résultat est favorable à la « doctrine de la signature » il reste tout de même des exceptions qui ne confirment pas la règle. Pour preuve l’ipomée (Ipomea lacunosa) dont les feuilles sont en forme de cœur était utilisée traditionnellement par les Indiens Chiricahua pour traiter les maladies de cœur. Or il se trouve que les racines contiennent un alcaloïde très toxique et ce dernier ne présente aucune propriété thérapeutique intéressante sinon de précipiter le consommateur des tubercules de cette plante dans la tombe.

Contrairement à l’homéopathie qui est une vaste fumisterie, la « doctrine de la signature » présente au moins l’avantage de faciliter la mémorisation des plantes susceptibles d’être efficaces pour le traitement d’une pathologie puisqu’il y en a tout de même un certain nombre. Pour rappel, près de 60 % des médicaments communément utilisés dérivent de plantes ou de champignons microscopiques, l’un des exemples les plus connus étant l’aspirine, un dérivé de l’acide salicylique présent dans les feuilles et l’écorce des saules. Hippocrate décrivait l’effet d’une infusion d’écorces de saule ou d’osier pour traiter les maux de têtes, les rhumatismes ou encore les règles douloureuses. De là à faire le rapprochement avec la malaria qui infestait du IXe au XIIe siècle une grande partie de l’Europe, réchauffement climatique médiéval oblige, il n’y eut qu’un pas puisque les saules avaient tendance à pousser près des marais, justement là où on attrapait la « fièvre des marais » ou malaria, le mot paludisme provenant de la racine latine palus signifiant également marais. L’écorce de saule fut donc reconnue dans la mémoire populaire comme soignant la fièvre du paludisme et les autres fièvres uniquement parce qu’elle contient de l’acide salicylique …

Un fameux contre-exemple est l’usage traditionnel de l’orchis des champs humides, de la famille des orchidées. Cette plante commune possède un rhizome curieusement formé de deux globules rappelant deux testicules, certes petits par la taille, mais cette ressemblance (voir l’illustration) avec les génitoires de l’homme a immédiatement fait penser qu’elle pouvait traiter les orchites (d’où ce nom) et les troubles de l’érection.

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Le priapisme contrôlé faisant partie de l’un des fantasmes de l’homme pour assurer sa domination sexuelle, l’orchis a été utilisé en médecine traditionnelle avec des résultats plutôt décevants puisque le rhizome de l’orchis contient des alcaloïdes et des phénols qui ont la fâcheuse tendance à provoquer de douloureuses crampes d’estomac. Autant donc éviter ce traitement pour atteindre une érection durable !

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En résumé la « doctrine de la signature » n’eut qu’une utilité, faciliter la mémorisation des plantes à usage thérapeutique traditionnel prouvé ou non et c’est comme l’homéopathie une vaste supercherie …

Source partielle : Wired.com

Lire aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/04/09/lhomeopathie-revisitee/

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