De sérieux doutes pour un traitement définitif du cancer

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« Le cancer est aussi vieux que l’existence des organismes multicellulaires apparus sur la Terre et il ne sera jamais éradiqué ». C’est ce qu’a déclaré de manière lapidaire le Professeur Thomas Bosch de l’Université de Kiel en Allemagne. Autant dire que ce n’est pas rassurant du tout. Malgré les immenses progrès réalisés à l’aide des outils modernes de la génétique moléculaire qui ont permis d’identifier les gènes impliqués directement dans l’apparition de nombreux cancers et les avancées thérapeutiques conséquentes tant en chimiothérapie qu’en immunologie ciblée, il faut se rendre à l’évidence et c’est difficile à admettre, on n’arrivera probablement jamais à bout de cette maladie qui atteint des dizaines de millions de personnes dans le monde chaque année. Et quand ce sont des biologistes spécialisés depuis de nombreuses années dans la recherche sur le cancer qui font ce genre de déclarations il y a de bonnes raisons de les croire. Si on classe à part les tumeurs d’origine virale comme le cancer du col de l’utérus, la plupart des cancers sont liés à un dysfonctionnement d’un ou plusieurs gènes. On a tous encore en mémoire l’ablation volontaire des deux glandes mammaires d’Angelina Jolie (ci-dessus dans le film l’Echange) parce qu’elle est porteuse de mutations sur les gènes BRCA 1 et 2 afin d’éviter justement de souffrir de cancers du sein. La génétique moderne a en effet identifiée le rôle de ces gènes qui codent pour des protéines dites suppresseurs de tumeurs. Bien que ne se trouvant pas sur le chromosome X – les gènes BRCA 1 et 2 sont respectivement localisés sur les chromosomes 17 et 13 – ils participent à un mécanisme complexe qui inactive l’un des deux chromosomes X de la femelle et donc chez la femme dans le cas des humains. Tant pis pour les adeptes de la théorie du genre mais la femme et l’homme sont différents génétiquement, c’est comme ça.

Bref, toute cette entrée en matière pour dire que de nombreux cancers sont d’origine génétique et cette situation ne date pas d’aujourd’hui.

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L’équipe du Professeur Bosch a en effet découvert que les gènes impliqués chez l’homme dans l’apparition de cancers sont déjà présents dans des organismes multicellulaires primitifs comme l’hydre d’eau douce, un polype archaïque commun apparenté aux coraux bien connu des zoologistes. C’est un animal très ancien, bien que doté d’un système nerveux rudimentaire, dont le tissu est constitué de cellules épidermiques isolant les cellules internes qui ont une fonction digestive dans le corps tubulaire surmonté de tentacules munies de dards urticants pour attraper des proies. Le génome de l’hydre a été partiellement élucidé en 2010 (voir le lien, open access) et il a créé de nombreuses surprises. D’abord il code pour 20000 protéines différents ce qui n’est pas négligeable pour un organisme aussi simple. Bien que l’hydre soit très éloignée des vertébrés et a fortiori de l’homme, le fait que cette créature primitive (je me répète) soit capable de se multiplier par bourgeonnement et d’être donc quasiment immortelle, bien que pouvant également se reproduire de manière sexuée fait qu’elle possède aussi des cellules souches ne serait-ce que pour produire des gamètes lors de cette reproduction sexuée. L’équipe du Professeur Bosch a découvert que l’hydre développait aussi des tumeurs et les cellules de ces tumeurs sont toutes du type des cellules germinales précurseurs des gamètes femelles (les ovules) et qu’elles ressemblent étrangement aux cancers des ovaires chez la femme.

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Le fait que l’architecture de l’hydre soit très simple – deux couches de cellules – a permis de mettre facilement en évidence le caractère invasif de ces cellules cancéreuses comme c’est le cas pour de nombreuses cellules cancéreuses chez l’homme. Cette propriété invasive ainsi que l’apparition de la malignité sont donc le résultat d’une très ancienne évolution et c’est là tout l’intérêt des résultats de ces travaux car rechercher les causes des cancers dès l’origine de l’évolution animale permettra peut-être d’y voir plus clair sans que l’on puisse pour autant affirmer qu’on arrivera un jour à maîtriser ce mal. Il reste néanmoins que 44 gènes de l’hydre exprimés dans les tumeurs présentent des analogies avec les gènes exprimés dans les cellules malignes humaines.

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Le résultat illustré par la figure (tirée de l’article de Nature, voir le DOI) provient de l’analyse des principaux composants (PC) du transcriptome, c’est-à-dire des ARN messagers (transcripts) présents dans les cellules tumorales permettant ainsi d’identifier les gènes exprimés après leur séquençage à l’aide de machines automatiques. On aboutit ainsi à ce que l’on appelle une « signature » spécifique de la tumeur mais ce résultat apparemment simple a représenté tout de même l’analyse de 690540 séquences dont la contiguïté a été précisée pour 31473 d’entre elles. Il y a une divergence claire entre les transcripts de la tumeur et leurs homologues asexué (hydre normale) ou femelle car ils sont différents également de ces derniers y compris des femelles produisant des gamètes.

Ce travail montre ainsi clairement que les causes de cancer semblent universellement résider dans une dérégulation de l’expression des gènes au niveau des facteurs de transcription. Or quand on sait que le génome humain code pour 2500 facteurs de transcription différents (voir le lien sur ce blog), soit 5 % de l’ensemble de nos gènes transcrits et traduits, il est facile de comprendre que la lutte contre le cancer a encore de beaux jours devant elle …

Sources : Nature ( DOI: 10.1038/ncomms5222) et Christian-Albrechts-Universität zu Kiel press release

http://www.nature.com/nature/journal/v464/n7288/full/nature08830.mlLien sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/03/28/un-genome-400-sortes-de-cellules-comment-ca-marche/

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