Chronique japonaise (suite)

japan-tokyo-stock-exchange-3

Dimanche, nous sommes allé pique-niquer en famille dans le parc de Shinjuku-Goen qui était pour le « jour vert », le jour des parcs et espaces verts, gratuit et il y avait beaucoup, beaucoup de monde, d’autant plus que le temps était merveilleusement beau. Nous avons fait une halte au premier sous-sol d’Isetan où se trouve le « food court » peut-être le plus extraordinaire du monde. On y trouve des framboises venues directement des collines des Monts du Lyonnais, des mangues de Sarawak, des caramboles de Saint-Kitts et autant d’excellents pâtissiers pour la plupart français, des fromagers, des charcutiers, bref l’endroit où il ne faut pas aller si on a faim parce qu’on a vite fait de faire de véritables folies. Mon fils m’a acheté une petite barquette de tripes à la mode de Caen, des vraies tripes, et dans une boulangerie française un sandwich confectionné avec un petit pain long au raisin contenant du fromage bleu bien crémeux et des demi-cerneaux de noix, un immense régal. Tout est propre, bien présenté, une myriade de jeunes filles vous servent avec le sourire et une certaine forme de respect que l’on ne trouve qu’au Japon. Je conseille à ceux de mes lecteurs qui envisageraient de visiter Tokyo, plutôt que d’aller au marché aux poissons qui est d’ailleurs interdit maintenant aux touristes, de perdre une heure ou deux à Isetan Shinjuku, ça vaut le détour !

Pour en revenir à ces jeunes filles, on ne peut pas vraiment leur donner un âge précis. Entre 17 et 35 ans il n’y a pas, au moins pour un Européen, de différence vraiment apparente, elles sont toutes coquettes, bien fardées et bien coiffées, habillées souvent sans trop d’excès, on pourrait dire qu’elles sont stéréotypées et cette tendance a été accentuée par le groupe AKB 48 constitué de 4 sous-groupes d’une douze jeunes filles chacun qui participent à nombre de shows télévisés et autres manifestations publicitaires variées. Les AKB 48 ont moins de 20 ans et leur contrat stipule qu’elles ne doivent pas avoir d’aventure amoureuse durant ce dernier et en particulier surtout pas de relations sexuelles. Peut-être que la publicité involontaire de cette disposition provoquée par l’aveu en public d’une des filles d’AKB 48 de sa relation amoureuse interdite est le reflet d’une sorte de désintéressement de la jeunesse nippone pour le sexe, toutes les conjectures sont possibles, toujours est-il que Japonaises et Japonais de moins de 30 ans souffrent du syndrome du célibat. On est à Tokyo avec son agglomération gigantesque et les choses ne se passent sans doute pas ainsi dans tout le Japon. Dans les quartiers proches des grandes gares de train de l’agglomération il y a des îlots très chauds avec des bars à hôtesses, des love hôtels, des gigolos prêts à monnayer leurs prouesses sexuelles à des femmes désespérées d’être seules et lasses de se contenter avec des accessoires sophistiqués qu’on peut trouver dans n’importe quelle sex-shop. Dans ces boutiques un célibataire endurci peut s’équiper moyennant une petite fortune d’une poupée en latex renforcé grandeur nature avec tous les détails anatomiques imaginables. C’est à s’y méprendre ! Selon la qualité de la finition il peut vous en coûter jusqu’à vingt mille dollars …

Mais revenons aux jeunes Tokyoïtes. Un tiers des moins de 30 ans n’ont jamais eu de relation sexuelle, un quart des hommes et la moitié des femmes toujours de moins de 30 ans déclarent que le sexe ce n’est pas leur truc. Il y a du souci à se faire quand on sait que les projections démographiques indiquent que dans 30 ans la population du pays aura diminué d’un tiers soit de un peu plus d’un million d’habitants par an. Et ce désintéressement pour le sexe de la jeunesse ne va pas arranger les choses. Pour une office-lady pouponner est incompatible avec ses ambitions professionnelles, pour un salary-man boire des bières entre collègues est plus satisfaisant que de tenter de trouver l’âme sœur, surtout dans une ville comme Tokyo où il est difficile de découvrir un endroit où on peut par exemple s’embrasser sur la bouche, le bon vieux french-kiss à partir duquel peut se construire une relation amoureuse. Le cas de Minegishi Minami du groupe AKB 48 dont la relation amoureuse fut découverte par des paparazzi un matin alors qu’elle sortait d’un love hôtel avec son amant a marqué la jeunesse : le sexe ce n’est pas bon pour la carrière professionnelle et il faut passer inaperçu surtout quand on est dans le show-bizz ! Qu’à cela ne tienne, dans les trains et les métros combien de jeunes femmes se fardent avec un talent surprenant, se posent des faux-cils et vérifient la couleur de leurs joues alors que les hommes n’osent même pas les regarder. Les Japonaises sont irrésistiblement élégantes et affriolantes mais ce n’est peut-être que pour leur autosatisfaction, l’amour platonique a encore de beaux jours au pays du soleil levant en rêvant comme la femme du pêcheur, cette fameuse peinture d’Hokusai par ailleurs très célèbre pour ses 36 vues du Mont Fuji …

Tako_to_ama_retouched - copie

Inspiré d’un article paru dans The Telegraph

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s