Le diabète (type 2) va se faire dézinguer !

 

Le zinc est un oligo-éléments important pour le bon fonctionnement de l’organisme et sans vouloir dresser une liste des divers rôles du zinc, on peut mentionner son intervention dans la détoxification de l’ammoniaque par le foie, un poison violent pour la cellule. Si vous voulez vous shooter avec du zinc, mangez un bon steak avec une bonne grosse cuillère de moutarde, la viande et la moutarde sont d’excellentes sources de zinc.

Un autre rôle vital du zinc est sa participation dans la conversion du carbonate sanguin en CO2 au niveau des poumons dans le processus de la respiration mais surtout l’un de ses rôles centraux si situe dans la sécrétion de l’insuline. Le pancréas est d’ailleurs l’organe (ou plutôt la glande) le plus riche en zinc. Ce métal est transporté au niveau des cellules beta du pancréas par un système spécialisé et il se lie aux molécules d’insuline dans les granules de sécrétion pour former un complexe de six insulines autour de l’atome de zinc (voir l’illustration, Wikipedia) et quand l’insuline est sécrétée dans le sang, le zinc est récupéré pour resservir d’agent complexant et redirigé vers les cellules beta par un transporteur spécifique exprimé uniquement dans ces cellules et appelé ZnT-8. Pour faire les choses un peu moins simples mais c’est important pour comprendre la suite, ce transporteur est codé par le gène SLC30A8. Les curieux peuvent aller sur ce site du NCBI ( http://www.ncbi.nlm.nih.gov/gene?Db=gene&Cmd=ShowDetailView&TermToSearch=169026 ) pour se documenter. Outre le fait que ce gène n’est exprimé que dans les cellules des îlots de Langerhans, le transporteur ZnT-8 a parfois la fâcheuse tendance à déclencher une réaction auto-immune contre lui-même conduisant fatalement à l’apparition d’une forme rare de diabète de type I puisque la sécrétion de l’insuline n’est plus assurée mais ce n’est pas le sujet de ce billet.

En réalité c’est la recherche de cibles médicamenteuses pour traiter l’autre forme de diabète, le type II, qui a conduit à une découverte pour le moins inattendue puisqu’elle concerne également ce gène SLC30A8. Le fait que plus de trois cent millions de personnes dans le monde souffrent de diabète de type II pour diverses raisons excite sérieusement les universitaires mais aussi et surtout les laboratoires pharmaceutiques car qui dit nouvelle cible appropriée dit nouvelle drogue et donc nouveaux profits. Trois cent millions de malades de longue durée, c’est un véritable pactole et l’enjeu en vaut vraiment la peine. Nonobstant ces considérations bassement mercantiles, un genre de consortium d’universitaires disséminés dans le monde entier et en particulier dans les pays scandinaves et les USA et avec l’appui non dissimulé de Pfizer a étudié 150000 patients présentant de rares mutations sur le gène SLC30A8 et chaque fois que ces mutations étaient identifiées les risques de développement de diabète de type II étaient significativement diminués.

Jouer sur l’expression d’un gène plutôt que sur l’activité de la protéine codée par ce dernier est une nouvelle approche thérapeutique qui commence à faire ses preuves et c’est encourageant pour développer de nouveaux médicaments. Et c’est l’identification de ces mutations protectrices qui ouvre la voie à ces investigations d’un type nouveau. Par exemple des mutations sur le gène CCR5 confèrent une protection contre le virus du SIDA et des drogues ont été imaginées pour bloquer ce gène. De même, le blocage du gène PCSK9 impliqué dans le taux de LDL (« mauvais cholestérol ») en diminuant ce dernier par un recyclage plus intense des LDL au niveau du foie a grandement favorisé la découverte d’un produit qui est actuellement en étude de phase III par Bristol-Myers-Squibb. Ce type de résultat est encourageant car modifier l’expression d’un gène est réversible et le traitement peut à tout moment être adapté alors qu’attaquer le produit du gène lui-même peut conduire à des effets secondaires désastreux. Là encore, le marché, dirais-je prosaïquement, des LDL est carrément juteux.

Mais revenons au SLC30A8. L’étude initiée en 2009 a permis par séquençage de l’ADN d’identifier des mutations discrètes sur ce gène qui, toutes, semblent protéger les non-diabétiques en particulier en Finlande contre le développement de diabète de type II. Ces mutations sont extrêmement rares en dehors de la Finlande et l’étude a aussi détecté une autre mutation sur le même gène en Islande. Dans les deux cas la glycémie est diminuée et le risque de diabète de type II supposé apparaître plus fréquemment chez des sujets en surpoids, par exemple, également diminué. Après avoir séquencé plus de 13000 ADN de ce gène une dizaine d’autres mutations ont été identifiées et toutes conduisent au même résultat, une protection contre le diabète de type II. Comme le gène SLC30A8 existe sous deux formes alléliques sur le chromosome 8, des mutations sur l’un seulement des allèles conduit à une protection supérieure à 65 % au risque de diabète. L’exact mécanisme de cette protection au niveau du transporteur de zinc ZnT-8 reste à expliquer mais ce que l’on peut imaginer c’est qu’une moindre abondance de ce transporteur pourrait jouer un rôle dans cette protection, une hypothèse contre-intuitive puisque justement ce transporteur est impliqué dans la sécrétion de l’insuline. On peut dire que la biologie a parfois ses raisons que la raison ignore … Il reste naturellement un long chemin à parcourir pour trouver un produit bloquant la transcription du gène SLC30A8 …

InsulinHexamer

Source : Broad Institute, MIT et Havard Medical School

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s