L’idéologie absurde des écologistes

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Les écolos n’en sont pas à une absurdité près et ça n’a pas l’air de les déranger. Et chaque jour qui passe met en lumière leurs convictions idéologiques totalement erronées. L’évènement de ce début de semaine est la comparution au tribunal de Dijon d’un vigneron des Côtes-de-Nuits qui a refusé de traiter ses vignes contre le principal vecteur de la flavescence qu’est la cicadelle (Scaphoïdeus titanus) un insecte suceur parmi d’autres. Il y a justement eu des cas de flavescence dans la région et pour ne pas prendre le risque de voir des vignes entières décimées par cette maladie, la loi stipule que toutes les vignes sans exception doivent être traitées avec des insecticides à spectre large afin d’éradiquer le vecteur à titre préventif.

La flavescence dorée est une maladie contre laquelle on ne dispose pas de moyens de lutte car elle est provoquée par une sorte de bactérie primitive appelée phytoplasme qui n’est pas sans rappeler les mycoplasmes du monde animal. Quand un plan de vigne est visiblement atteint, c’est une catastrophe car la maladie se développe en plusieurs années et il est dès lors impossible d’exclure que d’autres ceps soient contaminés. Des mesures de quarantaine très strictes doivent alors être prises comme l’arrachage et la destruction par le feu de toute une parcelle et il est facile d’imaginer l’impact économique d’une telle extrémité en particulier dans la région viticole la plus prestigieuse du monde qu’est le Côtes-de-Nuits.

Le viticulteur incriminé qui a refusé de traiter ses vignes fait partie de cette confrérie sectaire des producteurs dits « bio » qui refuse d’utiliser des pesticides pour sa culture, en l’occurrence le raisin, pour des raisons idéologiques absurdes alors que de nombreuses analyses ont prouvé que les produits dits « bio » ne contenaient ni plus ni moins de pesticides que les produits non « bio » c’est-à-dire ayant été traités conformément à des protocoles bien établis avec des pesticides variés dont le but n’est pas seulement de permettre aux chimistes de réaliser des profits mais surtout de préserver la santé des cultures.

Or la flavescence pourrait être à terme, si des mesures draconiennes n’avaient pas été décidées, conduire à la disparition pure et simple du vignoble français. L’histoire du phylloxera est là pour le rappeler quand cette maladie de la vigne plongea dans la misère l’ensemble de la corporation des viticulteurs français avec la destruction de près de 80 % du vignoble. Pour un agriculteur « bio » convaincu du bien-fondé de ses idées une catastrophe de ce type est d’un autre âge et ne peut pas se reproduire, raisonnement totalement spécieux car le risque est loin d’être négligeable. C’est sur ce premier point que réside la stupidité des écologistes et qui fait ressortir l’absurdité de leur idéologie fourre-tout. Puisque l’usage des pesticides fait courir un risque sanitaire aux populations, comme le dégagement de CO2 lors de l’utilisation de combustibles carbonés fossiles, on n’utilise donc pas de pesticides et on répand par exemple de la paille entre les rangs de vignes pour éloigner les cicadelles. On se croirait au XIXe siècle quand les viticulteurs enterraient des grenouilles vivantes au pied des ceps de vigne pour éloigner le phylloxera ! Les écologistes semblent incapables de calculer objectivement un risque surtout quand il s’agit d’un risque économique, mais on les comprend puisque leurs prises de positions ne sont basées sur aucunes évidences ni économiques ni scientifiques, ce ne sont que des idéologues imbus de leurs convictions malthusiennes, rétrogrades ou tout simplement fausses.

Juste une citation du viticulteur en question pour situer le niveau du débat : « Cet insecticide tue sans discernement toute la faune auxiliaire indispensable aux équilibres naturels, abeilles comprises. C’est un peu comme si on vous soumettait de force à une chimiothérapie, au prétexte que vous risquez d’avoir un cancer … ». L’arrêté préfectoral précise qu’en cas de risques de flavescence (puisqu’il y a eu des cas dans la région et que plus de 11 hectares de vigne ont été détruits en 2013 pour cette raison) il est obligatoire de traiter à titre préventif les vignes dans tout le département avec un insecticide à spectre large. L’agriculteur « bio » va-t-il perdre sa licence s’il traite sa vigne avec des pyrèthres pourtant autorisés pour la culture biologique ? Naturellement non ! Mais idéologiquement il préfère prendre le risque de voir son vignoble éventuellement détruit ainsi que les vignobles de ses voisins ou de toute une région. Voilà l’idéologie absurde des écologistes !

Source : Le Temps (Genève)

 

 

 

Déjà de la peau par impression 3D, et ensuite ?

Il y a deux jours je m’amusais à imaginer (voir le lien) ce que serait la médecine dans une vingtaine d’années en combinant la génétique, les cellules pluripotentes et l’impression 3D. Je ne pouvais pas si bien dire puisque je suis tombé par hasard sur une News du Wyss Institute (Université de Harvard) qui décrit justement l’impression 3D de peau artificiellement vascularisée, carrément époustouflant !

Pour reconstituer de la peau par imagerie 3D en disposant de fibroblates on pourrait en théorie recouvrir la couche de fibroblastes de type 2 constituant le derme et la matrice extracellulaire avec des fibroblastes de type 1 pour obtenir une peau artificielle constituée de cellules vivantes. Le problème est que les cellules de la première couche supposées ensuite reconstituer le derme vont rapidement mourir car elles manqueront d’oxygène et également parce qu’elles seront dans l’incapacité d’éliminer leurs déchets correctement. Tout ça pour la simple raison que les cellules utilisées ne sont pas programmées pour reconstituer la circulation sanguine permettant ces échanges. La structure en profondeur de la peau est en effet complexe et la vascularisation y est importante comme le montre l’illustration (Wikipedia). Il était donc illusoire de se contenter de plusieurs couches de cellules.

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L’astuce a consisté à mettre au point une « encre » de composition chimique faisant appel à des constituants de la matrice extracellulaire qui se solidifie après impression. Il a suffi de programmer l’imprimante afin qu’elle construise un lacis de tubes microscopiques avec ces constituants biologiques (voir l’illustration, Wyss Institute) puis de recouvrir ces microtubes avec des fibroblastes de type 2, ceux qu’on retrouve dans le derme et également avec des cellules endothéliales dans le mélange dont la fonction était de reconstituer la paroi des vaisseaux. Et comme la nature fait bien les choses (au risque de me répéter) cette vascularisation artificielle a facilité la survie des cellules en particulier quand elles ont été ultérieurement recouvertes d’une couche de fibroblastes de type 2. En quelque sorte une reconstitution d’un tissu utilisable non pas pour être greffé sur un malade d’où proviendraient ces cellules rendues pluripotentes puis redirigées vers diverses fonctions mais pour appliquer cet organe artificiel dans des protocoles de screening de médicaments. C’est là la première application envisagée pour ces tissus artificiels en trois dimensions. Mais après une greffe de ce tissu artificiel il y a tout lieu d’espérer que cette vascularisation artificielle sera intégrée à celle préexistant naturellement et que la circulation sanguine ainsi établie favorisera la survie des cellules.

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La réalité a donc dépassé la fiction et la combinaison de techniques aussi variées que la biochimie pure et dure pour l’extraction et la purification des constituants de la membrane basale, la biologie cellulaire et enfin l’impression 3D permettent donc dès à présent de fabriquer un tissu complexe.

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Source et illustrations : Wyss Institute

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/02/20/la-nouvelle-medecine-huxley-en-etait-le-visionnaire/

La malaria a encore de beaux jours devant elle

J’avais écrit un billet sur le Duffy au mois de novembre dernier (voir le lien) qui est le récepteur, une hémagglutinine à la surface des globules rouges, sur lequel se fixe le Plasmodium vivax. On ne sait pas trop d’où provient le P. vivax et ce qui est acquis par les études génétiques est que le plus proche parent du P. vivax pathogène pour l’homme est retrouvé chez les singes macaques d’Asie. On en avait déduit que ce parasite était originaire d’Asie d’autant plus que la population africaine native n’est pas porteuse du récepteur Duffy. Les deux observations se confortaient l’une l’autre et l’hypothèse d’une origine africaine du parasite avait été abandonné. Ce n’est que récemment que tout a été remis en question par hasard.

Ce qui a intrigué des biologistes de l’Université de Pennsylvanie collaborant avec des collègues de l’Université d’Edimbourg et de l’Institut de Recherche pour le Développement à Montpellier est que des personnes en contact avec des singes africains, gorilles ou chimpanzés, se retrouvaient infectées par un P. vivax différent de celui d’Asie alors que la population locale est supposée résistante à près de 100 % car elle n’exprime pas le Duffy. Il a fallu analyser plus de 5000 échantillons d’excréments de ces primates, chimpanzés, gorilles de l’est et de l’ouest africains et bonobos pour se rendre compte qu’ils étaient tous infectés par des P. vivax génétiquement diversifiés mais relativement proches du vivax infectant les hommes, à l’exception des bonobos. A ce propos, il faut rappeler que les chimpanzés et les bonobos ont divergé il y a environ 2 millions d’années quand le fleuve Congo s’est formé, séparant les deux population. Les chimpanzés et les gorilles vivent au nord de ce fleuve alors que les bonobos vivent au sud et comme ils sont de piètres nageurs, ils ne se sont jamais mélangé à nouveau, ce qui pourrait expliquer que les bonobos ne soient pas porteurs endémique du P. vivax.

Les études génétiques ont montré que les P. vivax retrouvés chez les gorilles ou les chimpanzés ne présentaient pas de spécificité d’espèce hôte et qu’il y a donc un mélange mais néanmoins une sorte d’arbre génétique des différentes familles de ces P. vivax a pu être construit. Il a montré que le parasite infectant l’homme est génétiquement très uniforme contrairement à celui infectant les singes d’Afrique mais qu’il fait partie intégrante de cet arbre. Ces résultats sont en total désaccord avec l’origine asiatique du vivax qui infecte l’homme et que ce dernier est bien originaire d’Afrique et descend d’un ancêtre unique à tous les P. vivax infectant les grands singes de ce continent. Il y a donc un réservoir substantiel de P. vivax en Afrique malgré le fait que la population (humaine) est insensible en raison de l’absence du Duffy.

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La même équipe de biologistes avait précédemment démontré que le réservoir naturel du Plasmodium falciparum était le gorille, ce qui est en accord avec l’hypothèse de l’apparition d’une seule mutation pour que le P. vivax des grands singes devienne pathogène pour l’homme alors que ces singes sont porteurs sains, le plasmodium ne se multipliant pas dans leur sang. Il a d’ailleurs fallu qu’un singe porteur sain soit piqué par un moustique et que ce dernier aille terminer son repas en piquant un homme se trouvant près de la communauté de singes pour que ce dernier se retrouve infecté et développe une crise de malaria.

L’hypothèse la plus plausible est que l’ancêtre du P. vivax était à l’origine capable d’infecter les hommes comme les gorilles et les chimpanzés jusqu’à l’apparition de la mutation négative sur le Duffy, il y a environ 30000 ans pour éliminer la malaria dans ces régions africaines. Selon ce scénario le P. vivax n’a survécu, si l’on peut dire, qu’en quittant l’Afrique pour rencontrer des populations porteuses du Duffy. Mais si pour le moment seulement quelques personnes ont été infectés par ce P. vivax originaire des grands singes, il se pourrait que ce parasite se recombine avec le vivax « humain » et alors, compte tenu de cette diversité génétique dont il a été fait mention plus haut, la population locale normalement résistante pourrait devenir susceptible. Le fait qu’une souche de P. vivax « humain » originaire de Madagascar semble s’être adaptée à l’absence du récepteur Duffy est un élément supplémentaire d’inquiétude d’autant plus qu’une recombinaison entre les parasites d’origines humaine et simiesque pourrait faire apparaître un super P. vivax résistant à tous les médicaments anti-malaria actuellement connus. Il y a donc un réel souci et la malaria a encore de beaux jours devant elle !

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/11/17/vivax-et-duffy-lentente-pas-tres-cordiale/

Source : Penn University

Vers un traitement des verrues ?

On a tous (ou presque) en mémoire les premiers cas de SIDA décrits au début des années 80 qui faisaient état d’une conséquence presque répugnante obligeant les personnes souffrant de ce nouveau mal inconnu à se cacher, le sarcome de Kaposi. S’il s’est avéré par la suite que ces tumeurs rougeâtres étaient d’origine virale et que l’immunodéficience y était pour quelque chose dans leur apparition, il en est presque de même avec les malades en attente d’une greffe d’organe soumis à un traitement immunodépresseur puissant. Au cours de ce traitement de multiples verrues apparaissent souvent sur le corps car l’organisme ne peut plus se défendre correctement contre la prolifération du virus à l’origine des verrues. Il s’agit d’un cousin de celui qui provoque, entre autres, le redoutable carcinome du col de l’utérus. Comme nous sommes tous porteurs de ce virus du papillome des verrues (types 2, 7 et 22 parmi plus d’une centaine d’entre eux) et qu’il arrive parfois qu’une verrue apparaisse sur un doigt ou pire dans la plante des pieds (types 1, 2, 4 et 63 pour être plus précis) le fait que les malades sous traitement immunodépresseur souffrent de l’apparition fulgurante de ces verrues a conduit une équipe de biologistes à se pencher sérieusement sur la question, d’autant plus que des virus de la même famille peuvent être à l’origine de cancers de la peau non classés parmi les mélanomes mais tout de même dangereux.

Et comme l’expérimentation directe sur l’homme est impossible (ou presque, disons que dans les cas désespérés cet interdit est parfois transgressé) il fallait trouver un modèle animal pour éventuellement mettre au point une thérapie adaptée à l’apparition intempestive de verrues. Comme la nature fait bien les choses et que les scientifiques sont curieux de nature ils ont fait appel à une souris commune en Afrique, Mastomys natalensis, porteuse endémique d’un autre cousin du virus du papillome appelé MnPV. Pour la petite histoire cette souris s’appelle Mastomys parce qu’elle présente la particularité d’avoir une multitude de mamelles, jusqu’à 24, réparties depuis le cou jusqu’aux cuisses, et elle est aussi porteuse du redoutable virus de la fièvre de Lassa, mais ce détail est hors sujet.

Ces souris font partie de la panoplie des animaux de laboratoire jalousement élevés au Centre National de Recherche sur le Cancer (DKFZ) à Heidelberg en Allemagne et une équipe s’est intéressée à ces souris qui ont tendance à développer de multiples verrues depuis la mise au point de vaccins dirigés contre le virus du papillome, le Gardasil de Merck et le Cervarix de GSK. Ces vaccins sont constitués de protéines de la capside (voir la photo, Wikipedia) et pourquoi ne pas tenter la même approche avec ces souris particulières infectées par le MnPV en mettant au point un vaccin constitué des protéines de la capside de ce dernier.

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L’efficacité des vaccins Gardasil et Cervarix est atténuée chez les sujets déjà porteurs du virus du papillome, c’est-à-dire une grande partie de la population puisque l’HPV est la maladie sexuellement transmissible la plus fréquente. Le virus peut être transmis de la mère porteuse du virus à l’enfant dès la naissance et l’étude de cette transmission est difficile à mettre en œuvre chez l’homme pour les raisons indiquées plus haut. C’est à partir de cette observation que la vaccination est préconisée dès l’enfance. Cette souris africaine constituait donc un animal modèle de choix pour étudier les modalités de transmission et le développement des réactions immunitaires au cours de l’infection. Le DKFZ disposant d’une colonie de souris indemnes de MnPV, les études ont été grandement facilitées. Après avoir produit des protéines de la capside du MnPV dans des cellules d’insecte en culture et formulé un vaccin les études d’interaction et d’immunisation ont été parfaitement concluantes. Il est opportun de noter que les deux protéines de la capside du virus forment spontanément une particule ressemblant en tous point à un virus vivant mais sans ADN à l’intérieur, il s’agit donc d’un fantôme de virus. Ces particules (virus like particle ou VLP), en présence d’un adjuvant approprié directement dérivé de ceux utilisés pour le Gardasil ou le Cervarix sont très fortement immunogènes. La vaccination préalable des souris indemnes de virus réduit considérablement l’apparition de verrues et de tumeurs après infection. Par contre cette vaccination a un effet moindre sur l’apparition de ces tumeurs avec l’age chez les souris naturellement porteuses du MnPV, les souris devenant de plus en plus susceptibles en vieillissant. Et c’est là que réside l’essentiel des résultats de ce travail, les souris initialement indemnes de MnPV, puis vaccinées et enfin infectées avec concomitamment ou non un traitement avec de la cyclosporine, un immunodépresseur utilisé pour le traitement préalable aux greffes d’organes, ont montré une bonne protection contre le développement des verrues et des tumeurs. En analysant divers tissus de ces souris, l’étude a clairement montré que la charge virale cutanée était fortement réduite.

Cette étude a également permis d’entrevoir des protocoles d’étude du mécanisme de migration des immunoglobulines vers l’épiderme qui pourraient élucider pourquoi les verrues que l’on a par exemple sur les doigts disparaissent mystérieusement et réapparaissent parfois sur le doigt d’une autre main.

Ces observations (pour les curieux voir le lien en fin de billet) constituent un espoir dans le traitement préalable par vaccination contre le virus du papillome à l’origine des verrues dans le cas très particulier des malades en attente d’une greffe d’organe et qui doivent après la greffe continuer à être sous traitement d’immunodépresseurs parfois à vie.

Source : http://www.plospathogens.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.ppat.1003924

Réflexions sur le prix du pétrole

 

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Un de mes plus fidèles lecteurs m’a communiqué cet article intéressant (voir le lien en fin de billet) sur les causes de la crise économique de 2008 dont on est toujours pas sorti, en particulier en Europe où le spectre de la stagnation/déflation menace. Thierry Denoël a titré son article : « L’origine de la crise n’est pas bancaire, elle est énergétique ». J’aurais, pour être plus précis, modifié ce titre en le réécrivant ainsi: l’origine de la crise n’est pas que bancaire, elle est aussi énergétique, juste pour apporter une petite nuance. Il est vrai que les banques, en titrisant les créances immobilières qu’elles savaient complètement pourries ont joué à la roulette et comme chacun sait c’est toujours le casino qui gagne. Elles ont perdu gros et les contribuables aussi mais on a un peu trop tendance à l’oublier. Bref, la finance débridée des années 2000 a tout de même joué son rôle dans cette crise qui n’en finit pas.

Si le baril de pétrole avait atteint en août 2008 les 147 dollars le baril, ce n’était pas en raison de la rareté du produit mais d’une demande effrénée favorisée par l’abondance de liquidités qui dopaient artificiellement l’ensemble de l’économie et en particulier le bâtiment, cas des USA et de l’Espagne notamment mais aussi de la Grèce ou de Chypre et encore du Portugal, il ne faut pas l’oublier.

Ce que l’on constate avec un certain effroi c’est que le prix du baril s’est maintenu depuis à un niveau élevé, pour preuve le baril de Brent se négocie aujourd’hui 20 février sur le marché spot à 110,59 dollars le baril, seulement 37 dollars de moins qu’au plus haut de 2008. Pour les deux économistes néerlandais Oskar Slingerland et Maarten Van Mourik il ne faut pas chercher plus loin, le prix de l’énergie fait que la crise est apparue et qu’elle perdure. Selon ces économistes, le fait que le prix du pétrole soit élevé a eu pour conséquence favorable le développement du fracking qui laisse entrevoir un espoir à court terme, mais pour eux le pétrole pas cher, c’est fini ! Et par voie de conséquence, on va inévitablement traverser crises après crises tant que le prix du pétrole ne diminuera pas. Or comme cet espoir est vain puisque, par exemple, l’exploitation profonde off-shore n’est rentable que si le baril se situe autour de 75 dollars, les pays occidentaux et les autres sont condamnés à un marasme économique durable.

Comme pour ajouter une cerise indigeste sur le gâteau, le développement des énergies dites renouvelables, imprévisibles donc très difficiles à gérer et de surcroit coûteuses, renchérit artificiellement le prix de l’électricité, ce qui n’est pas du tout pour arranger la situation. En effet, le coût des investissements dans les énergies alternatives se répercute directement sur le prix du kWh, d’une part, sur les impôts acquittés par les contribuables riches ou pauvres ainsi que par les entreprises, et plus grave encore sur le prix des denrées alimentaires de base en ce qui concerne l’effet indirect des biocarburants. Non seulement ces options politiques sans aucun bénéfice sur le plan énergétique freinent toute reprise économique mais ont conduit à des troubles sociaux graves comme les « printemps arabes » dont la cause primaire était le renchérissement des denrées alimentaires.

Il n’y a aucune raison pour que le prix du baril de pétrole baisse même si les USA, le première économie du monde, sont sur le point de devenir indépendants des pays du Proche-Orient en matière d’approvisionnement en pétrole car toute tendance baissière sera immédiatement corrigée par les pays de l’OPEP, drogués par cette manne qu’ils ne veulent à aucun prix voir diminuée.

Les pays de l’OCDE et en particulier l’Union européenne sont donc condamnés à une stagnation voire, pire, à une stagflation en raison de ce renchérissement du coût de l’énergie. Certes, les pragmatiques Anglais ont relancé leur programme nucléaire et initié le fracking au Pays de Galles au grand dam du Prince du même nom, fervent écologiste, mais cela suffira à peine pour maintenir une croissance timide au Royaume-Uni. Quant aux autres pays européens, la récession qui les attend, y compris l’Allemagne, n’est que le résultat combiné du prix du pétrole sur lequel sont indexés les gaz russe et algérien ou encore qatari et des errements idéologiques des écolos. Sombre avenir !

Billet inspiré et illustration de : http://www.levif.be/info/actualite/economie/l-origine-de-la-crise-n-est-pas-bancaire-elle-est-energetique/article-4000530164530.htm

La nouvelle médecine : Huxley en était le visionnaire !

Le séquençage de l’ADN humain entre progressivement dans les processus de diagnostic du corps médical, au moins aux USA, et si le coût du séquençage lui-même a chuté aux alentours de 1000 dollars (voir un précédent billet sur ce sujet) il reste à effectuer une analyse des résultats pour détecter les mutations qui peuvent être à l’origine de pathologies aussi variées que l’asthme, les crises de goutte, le cancer du sein ou une prédisposition aux maladies cardiovasculaires. Il y a une douzaine d’années les médecins s’intéressaient tout au plus à trois gènes, en 2007 une avancée technologique dans le repérage des SNP permettait aux mêmes médecins de se pencher sur 5 gènes différents. Aujourd’hui le clinicien prend en compte pour son diagnostic jusqu’à 70 gènes différents. A l’évidence cette progression spectaculaire permet d’affiner l’approche clinique du malade mais elle demande en contrepartie une puissance de calcul considérable pour traiter les quelques 3 milliards de paires de bases constituant la totalité de l’ADN d’un individu. Les bases de données s’étoffant chaque jour, les mutations dans des zones codantes et dans l’ADN non codant supposé superflu qui ont aussi leur importance sont progressivement identifiées à des pathologies précises. Plus de 85 % des mutations dans des zones codantes ont été identifiées et reliées à des maladies bien précises mais les 15 % restant sont situées dans des zones non codantes et l’accumulation de données permet d’y voir plus clair. Par exemple la seul cardiomyopathie fait intervenir pas moins de 50 gènes différents et il n’est pas difficile de comprendre que les médecins sont friands d’informations génétiques étayant leur diagnostic.

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La solution ne peut être trouvée qu’en utilisant la puissance de calcul de super ordinateurs tel que le Cray XE6 surnommé Beagle comme le bateau sur lequel embarqua Charles Darwin en 1831. Cet ordinateur se trouve dans les locaux de l’Argonne National Laboratory sur le campus de l’Université de Chicago et est à la disposition des chercheurs de l’Université, en particulier pour la recherche biomédicale. Les programmes d’analyse ont été mis au point par une équipe de l’Université et le « Beagle » peut simultanément analyser jusqu’à 240 génomes entiers en 48 heures ! On comprend dès lors l’accélération de l’utilisation de la génétique dans le diagnostic médical. C’est une ère nouvelle de la médecine qui s’ouvre. Dans quelques années seulement, le médecin vous demandera de lui communiquer votre séquence d’ADN, en quelques heures elle sera analysée par un superordinateur et vous aurez la réponse à votre problème de santé. Vous n’aurez plus besoin de poser la question fatidique : « je vais guérir, docteur ? » parce que l’ordinateur aura répondu à cette question avant même que vous la posiez au médecin. Ce dernier ne servira plus que d’interface avec la machine. On peut imaginer également que de l’analyse de l’ADN résultera une liste de conseils et la prescription des médicaments ciblant exactement la pathologie particulière résultant de mutations variées sur, disons au hasard, 47 gènes précis qui font que vous avez des aigreurs d’estomac et des troubles du sommeil …

A n’en pas douter, la médecine va évoluer très rapidement avec le support informatique de tels équipements. Les chercheurs de l’Université de Chicago se sont rendu compte qu’il était moins coûteux et beaucoup plus rapide d’utiliser un ordinateur tel que le « Beagle » pour effectuer les analyses. A terme, selon Elizabeth McNally, directrice la clinique de génétique cardiovasculaire de la faculté de médecine de Chicago, le coût de l’analyse atteindra environ 1000 dollars après avoir déboursé 1000 dollars pour le séquençage proprement dit car l’analyse du séquençage constitue aujourd’hui un véritable goulot d’étranglement. Pour donner un ordre d’idées, il faut plusieurs mois pour effectuer une analyse complète de l’ADN avec le plus puissant des ordinateurs de bureau disponible sur le marché !

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Enfin, avec de tels outils informatiques, le médecin pourra envisager une prophylaxie familiale préventive car les mutations délétères sont transmissibles à la descendance. Une véritable révolution dans le fonctionnement de la médecine se profile donc. Avec l’imagerie qui s’est développée et s’est affinée ces quelques vingt dernières années avec d’ailleurs le traitement informatique des données, avec l’impression 3D qui va également faire son entrée dans cette discipline en reconstituant des organes complexes avec des cellules pluripotentes issues du malade lui-même et redirigées pour telle ou telle fonction, on peut entrevoir quelle sera la médecine dans 20 à 30 ans. Pourquoi pas des utérus artificiels … Huxley, comme Asimov, n’était pas si loin de la réalité future.

 

Source : University of Chicago Medical Center

 

Mécanisme du souvenir des rêves

Chaque jour je cherche un nouveau sujet sur lequel disserter, ça occupe mes journées de retraité et de surcroit cette quête m’oblige parfois à me documenter si je ne maîtrise pas le sujet qui m’intéresse car il est hors de question d’écrire un papier sur mon blog qui ne soit pas étayé le mieux que faire se peut par diverses recherches exclusivement sur Internet car je n’ai aucun ouvrage à portée de la main. Mon bureau est un pièce vide avec une table, une chaise et mon petit MacBook Air, un point c’est tout. Aucun livre, aucune carte ou photographie sur les murs, presque une cellule monastique. Mais il m’arrive de rêver la nuit d’autant plus qu’avec l’âge avançant, le sommeil ne s’invite pas aussi vite qu’on le voudrait, et la semi-inconscience m’est parfois propice pour repenser à un article ou une dépêche d’agence de presse qui pourrait intéresser mes lecteurs. Le matin, je trouve facilement des solutions aux mots-croisés qui m’ont préoccupé durant la journée précédente, un peu comme un mathématicien arrive à résoudre un problème ardu qu’il avait abandonné avant d’aller se coucher et de toute évidence le cerveau continue à fonctionner exactement comme quand on laisse à un ordinateur la tâche de terminer un long calcul faisant appel à toutes les capacités de la machine.

Une question qui a toujours préoccupé l’humanité est l’utilité des rêves et cette question n’a pour le moment pas trouvé que réponse satisfaisante. On sait pourquoi on doit dormir au moins un tiers de notre temps car notre organisme a tout simplement besoin de repos mais pour le cerveau il n’en est pas tout à fait de même puisque justement on rêve et il arrive qu’on se souvienne de ces rêves. Cette capacité à se souvenir des rêves n’est pas, disons, donnée à tout le monde. Pour que le cerveau « imprime » ces souvenirs il faut être éveillé, et cette simple observation est contradictoire puisqu’on ne rêve pas les yeux ouverts, encore que beaucoup de politiciens souffrent de cette étrange maladie …

Pour en avoir le cœur net une équipe de neurobiologistes de l’Université de Lyon dirigée par le Docteur Perrine Ruby a trouvé une quarantaine de volontaires qui ont bien voulu se soumettre à une imagerie fonctionnelle par émission de positons. La technique consiste en général à perfuser au sujet un analogue du glucose marqué avec du fluor 18 radioactif alors qu’il est positionné dans le détecteur ressemblant à un scanner classique. Le fluor 18 émet un rayonnement beta + (positon) et en rencontrant un électron chargé négativement les deux s’annihilent pour produire deux photons gamma qui sont alors détectés à l’aide d’un appareillage comprenant un photomultiplicateur en forme d’anneau et l’informatique fait le reste en restituant une image de la zone du cortex cérébral active. Puisque les deux photons (rayons gamma) sont émis simultanément dans deux directions opposées, l’appareillage ne détecte que les paires de photons qui coïncident parfaitement sinon on ne pourrait rien voir en raison du rayonnement cosmique ou tout simplement des rayons gamma du béton du bâtiment qui contient du calcium émettant lui-même des rayons gamma sans parler du radium et de bien d’autres isotopes radioactifs dans lesquels on nage littéralement en permanence.

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Après un questionnaire précis selon un protocole défini, les volontaires ont été classés en deux groupes, ceux qui se souviennent d’au moins 5 de leurs rêves par semaine et ceux qui arrivent péniblement à se souvenir de deux rêves par mois tout au plus. L’étude a ainsi permis de localiser les zones du cerveau impliquées dans ce souvenir des rêves qui sont également connues pour être aussi impliquées dans l’orientation de l’attention à des stimuli externes. Il s’agit de deux zones discrètes du cortex préfrontal médian, en gros au milieu du front, et de la jonction temporo-pariétale située au bout de la fissure de Sylvian telle que le montre l’illustration (source INSERM). Cette dernière zone particulière du cortex prend en charge les stimuli externes comme les bruits et l’ « impression » des rêves dans la mémoire est probablement liée à un bref état de semi-inconscience induit par un stimulus externe. Sur l’image, la fissure de Sylvian part du cortex frontal et se termine vers cette zone active matérialisée en jaune-orange. Quant au cortex préfrontal médian qui est « allumé » chez les sujets ayant tendance à se souvenir de leurs rêves il est impliqué dans la consolidation de la mémoire. Tout se tient donc et comme le dit Perrine Ruby à peu près en ces termes « ça explique pourquoi les sujets qui se souviennent bien de leurs rêves sont aussi plus réactifs aux stimuli externes, se réveillent souvent durant leur sommeil, et « impriment » mieux leurs rêves que les autres. Le cerveau endormi est incapable de mémoriser de nouvelles informations et on a besoin d’être éveillé pour ce faire ». L’étude ne dit cependant pas combien de rêves différents on est capable de produire pendant une nuit de sommeil, c’est encore une grande inconnue.

Weekend magazine cover 29 June 2013 Tom Shone article

Source : INSERM press room, illustrations INSERM et The Guardian