Mécanisme du souvenir des rêves

Chaque jour je cherche un nouveau sujet sur lequel disserter, ça occupe mes journées de retraité et de surcroit cette quête m’oblige parfois à me documenter si je ne maîtrise pas le sujet qui m’intéresse car il est hors de question d’écrire un papier sur mon blog qui ne soit pas étayé le mieux que faire se peut par diverses recherches exclusivement sur Internet car je n’ai aucun ouvrage à portée de la main. Mon bureau est un pièce vide avec une table, une chaise et mon petit MacBook Air, un point c’est tout. Aucun livre, aucune carte ou photographie sur les murs, presque une cellule monastique. Mais il m’arrive de rêver la nuit d’autant plus qu’avec l’âge avançant, le sommeil ne s’invite pas aussi vite qu’on le voudrait, et la semi-inconscience m’est parfois propice pour repenser à un article ou une dépêche d’agence de presse qui pourrait intéresser mes lecteurs. Le matin, je trouve facilement des solutions aux mots-croisés qui m’ont préoccupé durant la journée précédente, un peu comme un mathématicien arrive à résoudre un problème ardu qu’il avait abandonné avant d’aller se coucher et de toute évidence le cerveau continue à fonctionner exactement comme quand on laisse à un ordinateur la tâche de terminer un long calcul faisant appel à toutes les capacités de la machine.

Une question qui a toujours préoccupé l’humanité est l’utilité des rêves et cette question n’a pour le moment pas trouvé que réponse satisfaisante. On sait pourquoi on doit dormir au moins un tiers de notre temps car notre organisme a tout simplement besoin de repos mais pour le cerveau il n’en est pas tout à fait de même puisque justement on rêve et il arrive qu’on se souvienne de ces rêves. Cette capacité à se souvenir des rêves n’est pas, disons, donnée à tout le monde. Pour que le cerveau « imprime » ces souvenirs il faut être éveillé, et cette simple observation est contradictoire puisqu’on ne rêve pas les yeux ouverts, encore que beaucoup de politiciens souffrent de cette étrange maladie …

Pour en avoir le cœur net une équipe de neurobiologistes de l’Université de Lyon dirigée par le Docteur Perrine Ruby a trouvé une quarantaine de volontaires qui ont bien voulu se soumettre à une imagerie fonctionnelle par émission de positons. La technique consiste en général à perfuser au sujet un analogue du glucose marqué avec du fluor 18 radioactif alors qu’il est positionné dans le détecteur ressemblant à un scanner classique. Le fluor 18 émet un rayonnement beta + (positon) et en rencontrant un électron chargé négativement les deux s’annihilent pour produire deux photons gamma qui sont alors détectés à l’aide d’un appareillage comprenant un photomultiplicateur en forme d’anneau et l’informatique fait le reste en restituant une image de la zone du cortex cérébral active. Puisque les deux photons (rayons gamma) sont émis simultanément dans deux directions opposées, l’appareillage ne détecte que les paires de photons qui coïncident parfaitement sinon on ne pourrait rien voir en raison du rayonnement cosmique ou tout simplement des rayons gamma du béton du bâtiment qui contient du calcium émettant lui-même des rayons gamma sans parler du radium et de bien d’autres isotopes radioactifs dans lesquels on nage littéralement en permanence.

Jonction-temporo-parietal-466x387

Après un questionnaire précis selon un protocole défini, les volontaires ont été classés en deux groupes, ceux qui se souviennent d’au moins 5 de leurs rêves par semaine et ceux qui arrivent péniblement à se souvenir de deux rêves par mois tout au plus. L’étude a ainsi permis de localiser les zones du cerveau impliquées dans ce souvenir des rêves qui sont également connues pour être aussi impliquées dans l’orientation de l’attention à des stimuli externes. Il s’agit de deux zones discrètes du cortex préfrontal médian, en gros au milieu du front, et de la jonction temporo-pariétale située au bout de la fissure de Sylvian telle que le montre l’illustration (source INSERM). Cette dernière zone particulière du cortex prend en charge les stimuli externes comme les bruits et l’ « impression » des rêves dans la mémoire est probablement liée à un bref état de semi-inconscience induit par un stimulus externe. Sur l’image, la fissure de Sylvian part du cortex frontal et se termine vers cette zone active matérialisée en jaune-orange. Quant au cortex préfrontal médian qui est « allumé » chez les sujets ayant tendance à se souvenir de leurs rêves il est impliqué dans la consolidation de la mémoire. Tout se tient donc et comme le dit Perrine Ruby à peu près en ces termes « ça explique pourquoi les sujets qui se souviennent bien de leurs rêves sont aussi plus réactifs aux stimuli externes, se réveillent souvent durant leur sommeil, et « impriment » mieux leurs rêves que les autres. Le cerveau endormi est incapable de mémoriser de nouvelles informations et on a besoin d’être éveillé pour ce faire ». L’étude ne dit cependant pas combien de rêves différents on est capable de produire pendant une nuit de sommeil, c’est encore une grande inconnue.

Weekend magazine cover 29 June 2013 Tom Shone article

Source : INSERM press room, illustrations INSERM et The Guardian 

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