Amour et sexe, ça se passe d’abord dans le cerveau !

Le cerveau est un organe tellement complexe qu’il faut parfois ce que l’on appelle une « étude de cas » en médecine pour affiner ce dont on connait de son fonctionnement. On ne peut tout de même pas provoquer des lésions intentionnellement pour en étudier les effets sur le comportement, c’est contraire aux règles fondamentales de l’éthique, et quand un « cas » peut apporter quelques informations précieuses il fait alors l’objet d’études particulièrement détaillées. C’est ce qui est arrivé à un Argentin d’une cinquantaine d’année à la suite d’un AVC qui malgré lui a permis à la neurobiologie de progresser un petit peu.

Le cerveau est donc très complexe dans ses fonctions mais aussi dans son architecture avec les repliements de la couche externe dite matière grise vers l’intérieur comme s’il n’y avait pas assez de place dans la boite crânienne pour qu’elle se déploie confortablement. Ces repliements, comme l’indique l’illustration (Wikipedia), forment comme un autre petit cortex à l’intérieur du premier qu’on appelle l’insula.

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Cette zone profonde du cerveau est aussi en liaison intime avec d’autres parties internes comme le thalamus impliquées dans une multitude de fonctions importantes pour l’équilibre général de l’organisme. Car tout se décide dans le cerveau et parfois ce qui est hors de portée de notre volonté consciente. Puisque c’était la Saint-Valentin il y a deux jours, la fête des amoureux, c’est presque une coïncidence que le « cas » que je mentionnais plus haut ait permis d’apporter quelques précisions sur l’amour et le désir sexuel, deux comportements régis par l’insula. Cet Argentin, à la suite donc d’un AVC, a eu la partie de son insula antérieure partiellement lésée. On subodorait, si l’on peut parler ainsi en termes scientifiques, que l’insula était impliquée dans le comportement amoureux et le désir sexuel mais on n’avait aucune idée de l’exacte répartition de ces deux fonctions dans cette zone particulière du cerveau.

L’étude par imagerie fonctionnelle (IRMf) avait montré que l’ensemble du cortex, y compris l’insula, était impliqué dans ces comportements et surtout qu’amour et sexe ne sont pas directement liés, au moins dans le cerveau puisqu’ils impliquent des régions différentes du cortex comme l’illustre la figure suivante.

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Dans cette figure, les zones activées par le désir sexuel figurent en bleu, les zones activées par l’amour, une construction consciente plus durable que le désir sexuel, sont décrites en bleu. Les zones du cortex en rouge sont celles du patient décrit dans l’étude réalisée à l’Université de Chicago en collaboration avec l’Université Favarolo de Buenos Aires sous la direction du docteur Stephanie Cacioppo. Pour cette neurobiologiste, l’insula joue un rôle instrumental dans l’amour mais l’amour dans le sens d’une implication sur le long terme alors que le désir sexuel n’est qu’un investissement sur le court terme et la recherche du plaisir qui lui est associé. Le patient étudié, présentant donc une lésion de l’insula antérieure, fut soumis à des tests visuels lors de l’exploration par IRM consistant à lui présenter pendant des temps très courts, on peut presque dire des images subliminales, de femmes bien habillées et d’apparence sérieuse et alternativement des femmes plutôt déshabillées et d’apparence au contraire un peu provocatrice. Le cerveau de ce patient réagissait normalement aux stimuli visuels à tendance sexuelle alors qu’il ne réagissait plus que très lentement aux autres stimuli, disons, plus incitatifs à une relation amoureuse durable. Selon Cacioppo dont j’insère ci-dessous la photo et à laquelle on est libre de réagir, cette distinction effective dans le cerveau entre sexe et amour peut être interprétée comme signifiant que le désir (sexuel) est une représentation relativement concrète d’expériences sensorielles (vécues ou imaginées) alors que l’amour est une représentation plus abstraite de ces mêmes expériences.

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Il ressort de cette étude que l’insula postérieure est plus directement impliquée dans le désir sexuel alors que l’insula antérieure est impliquée dans l’amour. Il faut souligner tout de même que ces deux régions du cortex cérébral profond sont interconnectée et que ce simple fait suffit pour affirmer que du sexe sans amour c’est à la rigueur possible mais de l’amour sans sexe c’est un peu plus difficile encore que l’amour courtois au Moyen-Age faisait abstraction, en théorie, de tout plaisir charnel.

Les curieux peuvent aller voir ce lien : https://hpenlaboratory.uchicago.edu/sites/caciopponeurolab.uchicago.edu/files/uploads/Cacioppo%20et%20al_Current%20Trends%20in%20Neurology%202013.pdf

 

Source : University of Chicago

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