Risque et récompense

Notre comportement dépend d’une manière générale (ou simplifiée) de l’équilibre entre le plaisir et la récompense qui lui est associé et le self-control. Des protocoles très élaborés permettent de faire une distinction entre l’attrait de la récompense et le contrôle que l’on est capable de s’imposer dans une situation de risque. L’un des tests les plus employés dans ce genre d’étude est appelé le test du ballon (en anglais Balloon Analogue Risk Task ou BART) qui consiste à gonfler un ballon en cliquant sur un bouton de l’ordinateur. Plus le ballon gonfle, plus on gagne d’argent mais le risque encouru est d’atteindre un seuil où le ballon éclate et on perd tout. On a le choix entre atteindre la limite et tout perdre ou se contrôler et récupérer ses gains avant la catastrophe. Il s’agit d’un simple test mais il rejoint très étroitement le comportement du joueur à une table de poker ou de roulette dans un casino.

Il s’installe dans le cerveau un conflit entre le plaisir et la récompense (les gains du jeu) et le risque de tout perdre. Ce test est parfaitement décrit et codé et il a été utilisé pour suivre l’activité cérébrale par résonance magnétique nucléaire fonctionnelle (IRMf) dans des situations de prise de risque ou au contraire des situations sous contrôle. Et comme l’équilibre entre la prise de risque et la recherche de la récompense ou du plaisir dépend de facteurs « externes » aussi variés que le manque de sommeil, l’usage de drogues ou d’alcool ou tout simplement un événement ayant provoqué une situation de stress, le suivi par IRMf du cerveau permet de prévoir très précisément quel sera le comportement d’un sujet confronté à une situation risquée.

C’est une étude conduite conjointement par les Universités d’Austin, de Yale et UCLA qui a conclu que ce n’est pas la recherche de la récompense et du plaisir qui guide notre comportement mais au contraire notre manque de self-control qui nous égare et ne nous permet pas d’évaluer les risques encourus correctement. Le test BART utilisé au cours de cette étude a été validé par de nombreux spécialistes du comportement et il mime parfaitement le mécanisme de la prise de risque dans des situations aussi variées que l’usage de drogues, l’abus d’alcool, fumer, jouer à des jeux d’argent, conduire sans respecter les limites de vitesse, voler un objet dans un magasin ou faire l’amour avec un(e) inconnu(e) sans protection.

L’imagerie fonctionnelle a montré que plusieurs zones du cerveau étaient activées lors de la prise de décision et que le profil d’activation de ces différentes zones permettait de prédire le comportement des sujets étudiés lors d’un second test avec une précision supérieure à 70 %. Un logiciel d’analyse des zones cérébrales activées a été développé pour réaliser ces prédictions et il a pu mettre en évidence un réseau neuronal complexe constituant un véritable « centre de contrôle » associant la focalisation mentale, la mémoire et l’attention. En cas de prise de risque inconsidéré ou de simplement penser à adopter une attitude risquée, ce logiciel a mis en évidence une diminution des interconnexions entre ces différentes zones cérébrales. En quelque sorte une illustration par imagerie du fait que nous sommes tous à la recherche du plaisir ou d’une récompense mais la manière d’appréhender cette recherche dépend du contrôle que nous sommes capables d’opposer à la prise de risque. Trop s’exposer à des situations risquées peut être au final dangereux mais ne jamais s’exposer à un risque conduit à une sorte de stagnation mentale tout aussi fâcheuse.

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Pour conclure nous sommes une espèce animale capable de s’adapter à des situations diverses et si nous n’avions jamais pris de risques, nous aurions cessé d’apprendre et de nous développer, nous aurions sombré dans l’ennui et la dépression qui nous auraient paradoxalement exposé à encore plus de risques. Il est ainsi très sage de savoir où se trouve la limite de la folie, en quelque sorte le but ultime de cette étude intéressante.

Lien : http://www.impulsivity.org/measurement/BART

Sources : PNAS et UCLA News, illustration: Forbes

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