Un virus des plantes pathogène pour les abeilles, du jamais vu !

On connait les virus de la grippe qui est transmissible des oiseaux aux porcs et à l’homme. Il y a aussi le virus du Sida dont le réservoir naturel est le singe. L’hôte du virus Ebola serait la chauve-souris mais jamais on n’avait décrit un virus de plante qui devienne pathogène pour un insecte, en l’occurrence l’abeille Apis millifera. C’est ce que viennent de découvrir des équipes de biologistes chinoises et américaines travaillant en collaboration pour élucider les diverses causes de la mortalité des abeilles. Il faut rappeler que ces recherches intenses sont justifiées par le fait que les abeilles pollinisent près de cent cultures d’importance économique représentant un chiffre d’affaire (uniquement aux USA) de près de 15 milliards de dollars !

On sait que certains insecticides notamment de la famille des néonicotinoïdes contribuent à la mortalité des abeilles et on a récemment découvert des synergies entre ces insecticides et des pesticides utilisés par les apiculteurs pour combattre le varroa ou encore les moisissures qui peuvent envahir les ruches. Ces synergies ont été décrites dans un récent article de PlosOne (voir le lien en fin de billet) qui mentionne également pour la première fois un effet toxique d’un des composants des formulations des pesticides, en particulier le N-methyl-2-pyrrolidone, supposé jusqu’à ce jour comme « inerte ». Or ce n’est pas le cas puisque ce produit est toxique pour le couvain.

Ce qu’on ignorait par contre jusqu’à ce jour c’est la pathogénicité du TRSV (acronyme de Tobacco Ring Spot Virus) chez les abeilles. On suspectait que le virus était transmis de plante à plante, pas seulement le tabac puisque ce virus attaque une bonne soixantaine de plantes différentes, par les pucerons, les nématodes mais aussi les abeilles. Ce virus provoque des taches de chlorose qui réduisent la photosynthèse dans les feuilles et affaiblit la plante. Mais la découverte de la multiplication d’un virus normalement phytopathogène dans toutes les parties du corps de l’abeille en particulier dans les ailes, les antennes, les nerfs et l’hémolymphe (le sang des insectes) à l’exception des glandes salivaires et du tube digestif bouscule complètement les a priori de la virologie. Comme on pouvait s’y attendre le même virus a été aussi retrouvé dans le tractus digestif du varroa qui se nourrit de l’hémolymphe de l’abeille.

Parmi dix ruches examinées au cours de l’étude, six ont été entièrement détruites par le virus et les 4 autres ont été affaiblies au point de ne plus pouvoir prospérer correctement sans aucune autre cause pouvant expliquer ce déclin. Le TRSV est un virus à ARN relativement complexe et bien adapté pour être un pathogène des plantes comme par exemple le soja, l’une des cultures les plus affectées, et pour devenir pathogène chez un insecte il doit s’adapter génétiquement afin de pouvoir pénétrer à l’intérieur du nouvel hôte puis infecter les cellules de cet hôte, pouvoir se multiplier à l’intérieur des cellules infectées et enfin être capable de se répliquer dans différents types de cellules, les ailes, les pattes, l’hémolymphe. Ca fait beaucoup de conditions mais comme tous les virus à ARN, comme ceux de la grippe aviaire ou porcine, la fréquence de mutation est très élevée et l’adaptation à un nouvel environnement extrèmement rapide. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un jour ou un autre la transmission d’homme à homme des virus de la grippe aviaire apparaîtra inévitablement à la suite d’une infime mutation génétique.

Si le TRSV, comme d’autres virus spécifiques de l’abeille, peut contribuer à la disparition des colonies d’abeilles, ce dernier phénomène particulièrement alarmant reste encore largement inexpliqué et très probablement multifactoriel. Il n’en reste pas moins que cette étude constitue la première description du transfert d’un agent pathogène du règne végétal vers le règne animal.

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http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0077547

 

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