Sommes-nous vraiment maîtres de nos émotions ?

La cartographie des émotions

 

N’a-t-on pas à l’esprit que la peur fait froid dans le dos, que mentir fait rougir les pommettes, que la colère rend les mains moites et que le désir sexuel chauffe tout le corps surtout là, en bas. L’explication classique à ces sensations corporelles le plus souvent épidermiques était trop subjective pour satisfaire un esprit curieux même si on sait que ce que nous ressentons est la résultante de changements complexes de notre statut neuroendocrinien et de la prévalence de circuits nerveux autonomes sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir. Ces mécanismes de réponse aux sollicitations extérieures se trouvent profondément enfouis dans nos gènes et nous rappellent à chaque instant que nos lointains ancêtres devaient parfois grimper aux arbres pour échapper à des prédateurs, être terrifiés par un orage, éprouver des satisfactions et du plaisir quand il y avait suffisamment de nourriture après une chasse au gibier périlleuse ou encore sentir monter un désir irrésistible en contemplant la croupe d’une congénère consentante.

Des chercheurs en ingénierie biomédicale finlandais de plusieurs université de ce pays ont imaginé une approche simple pour visualiser et quantifier les émotions en demandant à des participants, 773 au total, de coloriser une silhouette de couleur bleue uniforme dans les jaunes et les rouges pour symboliser les sensations ressenties positives ou dans les bleu-clair et bleu-foncé pour les sensations ressenties négatives. En combinant après un traitement statistique les résultats obtenus par les participants à cette étude le résultat obtenu est assez surprenant mais ne nous est pas totalement inconnu.

La méthodologie consistait à stimuler les participants en leur faisant écouter des mots, en leur montrant des images, des petits films d’une dizaine de secondes et enfin des images d’expressions faciales. L’étude a été conduite avec des sujets finnois, suédois, de divers pays européens et enfin avec des Taïwanais dans le but de vérifier si les différences culturelles pouvaient éventuellement avoir une incidence sur les émotions.

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La réponse émotionnelle était classé en sept catégories de base énumérées de gauche à droite en haut de l’illustration : colère, peur, dégout, bonheur (ou bien-être), tristesse, surprise et neutre, neutre signifiant que les stimuli présentés ont été choisis afin de n’entrainer aucune émotion. Les émotions dites secondaires dans cette étude étaient l’anxiété, l’amour (désir sexuel), la dépression, le contentement, la fierté, la honte (mensonge) et enfin l’envie. Pour donner un exemple de stimulus neutre : une vidéo très courte de quelqu’un assis à la table d’une cuisine avec le lave-vaisselle qui ronronne derrière lui. Un groupe d’amis allant à la plage en voiture décapotable et écoutant de la musique, le bonheur. Un enfant sur un lit d’hôpital qui peine à ouvrir les yeux quand on lui parle, la tristesse. Bref, quatorze séries de cinq mots, cinq images, cinq clips vidéo, cinq expressions faciales présentées au hasard avec un enregistrement de de la réponse de chaque participant sur la silhouette anonyme schématisant le corps humain qu’il visualisait en choisissant la couleur sur la barre de droite et en déplaçant une souris d’ordinateur sur la silhouette bleu foncée. A la fin de l’acquisition des données, on demanda à chaque participant de donner une signification à chacune des silhouettes ainsi colorisées et telles qu’elles apparaissent après le traitement informatique et statistique final (voir l’illustration) et le résultat fut surprenant car d’une manière générale, c’est-à-dire statistiquement validée, les silhouettes colorisées correspondaient effectivement bien à ce que tous les sujets ayant participé à l’étude avaient ressenti.

Cette étude assez surprenante et aussi assez anecdotique aboutit à une illustration inattendue de l’influence du système nerveux central sur l’ensemble du corps, que ce soient des effets vasodilatateurs périphériques ou des sensations internes visualisées sur la silhouette par les participants alors qu’aucune représentation des organes internes n’était présente. En un mot nous ne sommes pas maîtres de nos émotions …

Source : PNAS (26 décembre 2013)

 

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