L’Académie des Sciences politiquement incorrecte !

Un rapport émanant des sages de l’Académie des Sciences préconise la mise en œuvre d’une évaluation des potentialités de méthane récupérable du sous-sol français par fracturation hydraulique. A la lecture de ce bref rapport on n’apprend rien de très nouveau sinon que le code minier français devrait être modifié (très légèrement) pour que les propriétaires du sol puissent percevoir une indemnité compensatoire en cas d’exploitation. L’Etat reste toujours propriétaire du sous-sol et de ses richesses. Pour le reste, encore un rapport de plus qui ira dans la broyeuse du ministère dirigé par l’ancien faucheur d’OGM …

Mais ce rapport a au moins le mérite de démonter des idées reçues et de préciser certains faits économiques qui plaident en faveur d’une évaluation sinon d’une exploitation à terme de cette richesse. On découvre que près de la moitié du territoire métropolitain est potentiellement riche en méthane et son exploitation pourrait satisfaire entre 75 et 300 ans de consommation au rythme actuel soit une réserve théorique compte tenu des données géologiques disponibles de 5100 milliards de mètre-cube (180 trillions de pied-cube), à peu de chose près les mêmes réserves que la Pologne. On y apprend aussi que l’une des critiques des écologistes est une pollution éventuelle des aquifères existants. On y apprend aussi que parmi les deux million et demi de puits (pétrole ou gaz) de par le monde plus d’un million d’entre eux utilisent la fracturation hydraulique et ce depuis 1949 et le nombre d’incidents ou de pollutions à déplorer est infime mais naturellement non nul comme pour tout process industriel.

Pour ce qui est de l’impact général sur l’environnement les sages du Quai Conti se sont largement inspiré d’un rapport de la Royal Society paru en 2012 qui a abouti à l’exploitation de méthane au Pays de Galle dès cette année 2013 ( http://royalsociety.org/uploadedFiles/Royal_Society_Content/policy/projects/shale-gas/2012-06-28-Shale-gas.pdf ). En somme un cahier des charges approprié et respecté permettrait d’éviter tout incident majeur en cours d’exploitation.

Les sages insistent sur la renaissance de l’industrie nord-américaine favorisée par une énergie bon marché et accessible et on découvre, si comme moi on n’était pas suffisamment informé, que la France importe la quasi totalité des hydrocarbures dont elle a besoin à part quelques milliers de barils de pétrole extraits dans le bassin Parisien, l’exploitation de Lacq qui avait débuté en 1951 ayant été définitivement arrêtée le 14 octobre 2013. Les sages rappellent à ce propos les nombreuses difficultés rencontrées à Lacq en raison de la forte teneur en hydrogène sulfuré qui fit d’ailleurs que la SNPA, l’ancêtre de Total, devint un gros producteur de soufre !

D’autres faits mentionnés par les sages : La facture énergétique de la France s’élève à 60 milliards d’euros par an, l’énergie nucléaire permet au pays d’économiser 20 milliards d’euros par an en devises. Les énergies renouvelables sont encore loin d’atteindre leur but ultime qui est de ralentir la production de gaz carbonique puisque ces énergies sont diluées et intermittentes ce qui oblige les fournisseurs d’électricité à produire de l’électricité à partir de gaz naturel pour pallier à ces inconvénients. Le développement des énergies renouvelables s’accompagne donc paradoxalement d’une augmentation de la consommation d’hydrocarbures. La remarque des sages, qui ne fait que reprendre un certain nombre d’autres études, constitue donc un véritable pavé dans la mare verte et tranquille des écologistes campés sur leurs certitudes idéologiques totalement déconnectées des réalités économiques … et environnementales ! Les sages insistent aussi sur le fait que le programme gouvernemental de réduction de la part du nucléaire dans le paysage énergétique français ne pourrait se faire qu’en exploitant le méthane du sous-sol français car ce serait proprement intenable économiquement, à moins de rouvrir des mines de charbon mais on n’en est pas encore là d’autant plus que les cours internationaux du charbon ont chuté depuis que les USA bradent le leur.

Une autre bête noire des écologistes est l’ « énorme consommation d’eau » nécessaire à la fracturation des roches mères susceptibles de contenir du méthane. Là encore c’est un florilège d’idées reçues qui est battu en brêche. Pour extraire 1 giga joule (ou 1 Million de Btu, british thermal unit) il faut entre 2 et 20 l d’eau pour une exploitation gazière conventionnelle, de 30 à 80 litres pour le gaz par fracturation et de 20 à 120 litres pour le charbon. Pour les biocarburants il faut environ 1000 litres par giga joule. Vive les biocarburants, c’est bon pour les ressources en eau ! Pour remettre ces grandeurs à leur place, il faut 15000 m3 d’eau par an pour une exploitation par fracturation. La ville de Paris consomme 200 millions de m3 par an et un terrain de golf trois étoiles 90000 m3 … Pour les risques sismiques induits, les Anglais ont réalisé des études détaillées et ne considèrent pas ce point précis comme un danger.

Comme tous les rapports celui-ci terminera sa carrière sous la poussière et l’économie française déjà bien chancelante finira aussi en poussière.

3 réflexions au sujet de « L’Académie des Sciences politiquement incorrecte ! »

  1. il faut quand même prendre en compte :
    l’emprise en surface. on fore beaucoup pour récupérer relativement peu
    et aussi les risques de contamination des aquifères de l’albien et du néocomien.
    De memoire ce dernier est classé réserve stratégique au cas ou …
    l’exploitation des gaz de schiste transformerait ces aquiferes en passoire.
    Les arguments cités sont valables mais il ya quand même qques inconvénients.

  2. Deux remarques :

    « pour pallier à ces inconvénients »

    le verbe “pallier” étant transitif, le “à” est donc une faute grammaticale (courante, hélas)…

    « La ville de Paris consomme 200 millions de m3 par an »

    Le verbe “consommer” est à mon avis impropre : elle n’est pas détruite comme un carburant mais belle et bien restituée en totalité dans sa forme d’origine (je parle juste de H₂O). Dire qu’elle est “utilisée” (ou autre) me semblerais donc plus approprié.

    Regards

    IPU

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