L’Adiporon du Docteur Matsuzawa : un espoir pour traiter l’obésité

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J’ai élu domicile dans le pire endroit d’Europe en terme d’obésité. Non seulement les locaux se goinfrent cinq fois par jour, voire plus, de toutes sortes d’aliments fortement déconseillés par leur médecin, quand ils osent consulter pour tenter de perdre de leur embonpoint, mais il y a aussi les cargaisons de touristes qui viennent montrer sans aucune pudeur leur rondeurs débordantes de tous cotés car ils ne se sentent absolument pas dépaysés dans cette province espagnole des Canaries qui dénombre le plus fort pourcentage d’habitants en surpoids ou carrément obèses de l’Espagne et peut-être de toute l’Europe. D’après certaines interprétations, cette habitude de trop se nourrir proviendrait des nombreuses années de disette endurées durant la dictature de Franco qui imprima dans les gènes cette irrésistible besoin de trop manger quand il y a de la nourriture disponible au cas où le lendemain soit un jour de privation. Je n’y crois pas trop mais je dois m’habituer à ce spectacle désolant. Au Japon, il est tellement rare de rencontrer une Japonaise en surpoids qu’on est tout simplement étonné. Je pardonne aux sumotori d’être de vrais monstres car il s’agit de leur métier. A ce propos il y a un restaurant à Suginami (Tokyo) tenu par un sumotori à la retraite. Il faudra que j’aille le tester lors de mon prochain séjour au Japon. Bref, il semblerait incongru que les biologistes japonais s’intéressent aux causes de l’obésité puisque ce pays est peut-être le seul au monde où cette pathologie n’est pas un problème sanitaire, et pourtant c’est le Docteur Yuji Matsuzawa de l’Université de Tokyo qui a le premier découvert en 1995 avec son équipe une hormone sécrétée par les cellules adipeuses qu’il a appelé adinopectine et on comprend mieux que les chercheurs biologistes du laboratoire de la faculté de médecine de cette université se préoccupent activement depuis près de vingt ans d’élucider la fonction de cette grosse protéine qui est présente dans le sang en quantités non négligeables de l’ordre de 10 milligrammes par litre, ce qui est vraiment une limite pour appeler cette protéine une hormone. En vingt années de travaux le rôle de l’adinopectine a pu être presque entièrement expliqué. Comme beaucoup de ces protéines sécrétées par les intestins ou d’autres organes participant au processus de la digestion, la première cible est le cerveau, plus précisément l’hypothalamus, j’en ai parlé dans plusieurs billets, mais compte tenu de cette abondance relative dans la circulation sanguine, il n’est pas surprenant que l’adinopectine agisse de multiples manières sur le fonctionnement de nombreux tissus ou organes dont le pancréas, le foie et même les muscles squelettiques ou encore le tissu adipeux lui-même dont est issue cette substance. C’est quand on s’est aperçu, notamment dans le laboratoire du Docteur Matsuzawa, que les personne obèses sécrétaient beaucoup moins d’adinopectine, une observation plutôt surprenante car les obèses débordent littéralement de tissu adipeux hypertrophié, que toutes sortes de questions se sont posées. On ne sait toujours pas clairement expliquer pourquoi les obèses sécrètent moins d’adinopectine, mais ce qu’on a parfaitement vérifié est que cette protéine intervient dans le contrôle de la sécrétion d’insuline, donc dans la balance du glucose sanguin ainsi que le contrôle des triglycérides, le contrôle du métabolisme énergétique, la perte de poids, l’amélioration du diabète de type II et que de surcroit, la sécrétion d’adinopectine est stimulée par les acides gras insaturés, ces fameux omega-trois dont on vante les effets bénéfiques. Bref, cette adinopectine serait vraiment le remède miracle pour traiter ce qu’on appelle le syndrome métabolique qu’est l’obésité avec tous les à-côtés morbides que l’on sait. Malheureusement on aura beau s’en mettre une demi-louche dans la bouche deux fois par jour, je ne parle pas des personnes qui n’ont pas de problèmes de surpoids ou d’obésité, mais de ceux qui en auraient besoin pour tenter de guérir, pas de chance, cette protéine est dégradée dans l’estomac puis l’intestin et il n’en reste rien qui puisse être utile pour l’organisme. Toutes les protéines présentent dans leur structure des points sensibles qui sont la proie, si on peut dire les choses ainsi, d’horrifiques enzymes du même genre que ceux qui sont ajoutés aux lessives pour nettoyer le linge en profondeur à une température avoisinant les trente degrés. Dans l’intestin, n’importe quelle quantité d’adinopectine sera traitée de la même manière avec nos propres enzymes et aussi ceux des bactéries innombrables qui nous colonisent pour notre plus grand bien. Comme tout spécialiste de la chimie des protéines le sait, quelques modifications judicieuses ont permis d’obtenir dans le laboratoire dirigé par le Docteur Matsuzawa une adinopectine qui n’est plus dégradée presque instantanément mais qui reste suffisamment protégée pour atteindre la circulation sanguine et produire les effets bénéfiques espérés. Pour le moment les tests ont été effectués sur des souris génétiquement modifiées pour être obèses et diabétiques. Normalement plus du tiers de ces souris meurent après quatre mois d’une terrible existence entièrement vouée à faire du gras alors que moins de dix pour cent des souris normales meurent au bout de la même période avec une nourriture normale pour chaque lignée de souris. Quand on ajoute cette adinopectine modifiée aux souris obèses génétiquement, plus de 70 % d’entre elles survivent au delà de 4 mois et ceci même si elles se nourrissaient plus qu’elles n’en avaient besoin. Certes il s’agit d’une simple indication prometteuse mais l’adinopectine modifiée et brevetée sous le nom d’Adiporon va faire très prochainement l’objet d’essais cliniques afin de valider chez les humains les effets observés avec ces souris modèles. Décidément l’épidémie mondiale d’obésité, un problème majeur de société, a tendance à préoccuper un nombre incroyable de laboratoires et c’est très bien comme ça car en dépit des perspectives de profits tout à fait justifiées, ces recherches font progresser les connaissances du métabolisme dont les régulations sont d’une finesse machiavélique si on peut utiliser cet adjectif …

Source : Agence Jiji, illustration Wikipedia

Une réflexion au sujet de « L’Adiporon du Docteur Matsuzawa : un espoir pour traiter l’obésité »

  1. Bonjour, je me présente, je suis Laurence GOUGOT, j’ai 53 ans et souhaiterais pouvoir accéder à de teste clinique concernant la molécule AdipoRon. comment s’y prendre? je reste à votre disposition pour toutes informations à ce sujet.
    très cordialement.
    Laurence GOUGOT
    laurence.gougot@gmail.com
    tél: 06 58 68 79 06

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