Mon vieil ami vivax

Lorsque je suis revenu du Japon il y a presque trois semaines, j’ai enduré une crise de malaria qui a duré près de dix jours, avec quatre accès de fièvre suivis du même nombre d’étranges impressions de froid alors que la température extérieure avoisinait 27 degrés. C’est mon vieux copain Plasmodium vivax (vivax c’est son prénom) qui, depuis quinze ans, se tient bien au chaud quelque part dans mon foie et quand je voyage en avion il lui prend l’envie d’aller voir ce qui se passe autour de lui. D’où ces crises de malaria maintenant bien atténuées mais encore désagréables et d’autant plus insupportables qu’après une crise de fièvre, on compte les heures pour se préparer à la crise suivante, en général dans mon cas pas du tout particulier chaque 48 heures. Quatre fois de suite, cela ne m’était jamais encore arrivé depuis la dernière grosse crise qui s’était déclarée précisément alors que je me trouvais dans l’unique Boeing 727 d’Air Vanuatu qui assurait la liaison, ce jour-là, entre Nouméa et Port-Vila. J’étais tellement malade que je m’étais couché dans le couloir central de l’avion. A l’arrivée à Port-Vila, Bauerfield Airport, je transpirais à très grosses gouttes en claquant des dents de froid alors que la température extérieure était tout à fait normale, de l’ordre de 30 degrés. Voilà ce qu’est la malaria causée par le vivax et ce qui me console est que deux milliards et demi d’autres personnes dans le monde en souffrent régulièrement car contrairement à son cousin, falciparum de son prénom, le vivax reste dans le foie jusqu’au jour où on décide, excédé, de lui faire un sort. Mais cette opération n’est pas sans danger car elle peut aussi tuer le bonhomme. Mon vivax à moi n’aime pas la chloroquine, mais j’ai renoncé à me traiter avec ce truc, on écourte les visites touristiques du vieux copain – il aime bien aller séduire les globules rouges – mais on est ensuite encore plus fatigué que si on laisse les choses se faire naturellement. Bref, toute cette histoire pour dire que je me demande parfois si je ne vais pas me soumettre un jour à ce traitement qui tue les Plasmodium vivax qui restent dans le foie des années sous une forme poétiquement appelée hypnozoïte. Surtout que mes lecteurs ne croient pas que je suis hypnotisé par ces sales bêtes qui me colonisent depuis plus de quinze ans, comme si je voulais les garder bien au chaud en souvenir de temps révolus. Mais aller huit jours à l’hôpital et risquer d’en mourir pour m’en débarrasser définitivement ne me tente pas beaucoup. Je vivrai donc encore quelques années avec ce vieux vivax plus aussi méchant qu’il n’était quand il me fit sa première visite.

2 réflexions au sujet de « Mon vieil ami vivax »

  1. Bonjour,
    votre récit est PRECISEMENT la seule et unique raison pour laquelle je n’ai aucune envie de me rendre dans un pays impaludé, peu importe ce qui m’attirera là-bas.
    Comment peut-on s’exposer à un truc qui vous affaiblit à vie? Ne plus jamais pouvoir compter sur le fait d’être en bonne santé à un moment donné?
    Surtout qu’il est justement très difficile d’avoir cette info capitale sur le net: je veux bien qu’il existe une foule de traitements tous différents et plus ou moins efficaces pour combattre la maladie à l’état de crise, mais quid du feu de Dieu qu’on peut un jour déchainer dans des conditions contrôlées pour éliminer jusqu’au derniers de ces enfoirés de protozoaires? Guérir DEFINITIVEMENT, et à coup SUR. Etre certain qu’ils sont bien tous morts. C’est ça, et seulement ça, qui compte. Le fait de survivre à une crise, on finit bien par y arriver si on a assez de chance. Le but c’est qu’elle ne revienne jamais. L’éradication du parasite de l’intégralité de son corps.

    Si un tel traitement existe, peu importe la douleur, ça dira que le fait de se faire piquer par le mauvais moustique est une erreur REVERSIBLE dans une vie. Pas une faute qu’on ne peut jamais racheter et qui vous poursuit jusqu’à la tombe….

    Vous comprenez ce que je veux dire? Si vous avez quelques infos techniques sur ces traitements dont le but n’est pas de combattre une crise mais bien d’éradiquer le bidule pour de bon, et précisément ça, j’aimerais beaucoup les entendre! Surtout qu’à vous entendre, vous vivez avec ça depuis longtemps, donc vous devez savoir ce qu’il en est…

    Merci beaucoup!

  2. Le traitement d’éradication du Plasmodium vivax repose sur l’nhibition d’un enzyme, nommément la glucose-6-phosphate déshydrogénase, qui intervient entre autres nombreux flux métaboliques dans la coagulation sanguine. Or ce traitement doit être impérativement effectué à l’hôpital car les risques d’hémorragie sont considérables, presque pire que le virus Ebola ! Autant dire que peu de personnes se risquent à ce genre de traitement …

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