La mauvaise humeur ? C’est génétique !

 

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Dans un précédent billet daté du 14 octobre, je dissertais du rôle de l’irisine sur l’interconnectivité des neurones lors d’un exercice musculaire en mettant l’accent sur la très complexe régulation du processus, régulation sur trois niveaux, mise en place par l’organisme pour éviter tout déséquilibre. Il en est de même avec les trois principaux neurotransmetteurs que sont la dopamine, la sérotonine et la norépinéphrine. Ce dernier neurotransmetteur est aussi appelé par certains noradrénaline et ce nom rappelle une expression bien connue du genre « une décharge d’adrénaline » quand on est en danger. C’est un peu vrai puisque la norépinéphrine est aussi appelée l’hormone du stress avec comme premier effet une augmentation du rythme cardiaque. Mais ce n’est pas tout, afin d’éviter une sorte de conflit au niveau des réponses du cerveau contre lesquels on est parfois impuissant puisqu’en définitive toutes les émotions, pour ne citer que cet exemple, déclenchent des processus chimiques et enzymatiques sur lesquels on n’a que peu ou pas de pouvoir du tout par la raison, la norépinéphrine dérive chimiquement de la dopamine et ses effets aboutissent à une meilleure attention sur les évènements extérieurs. Le diagramme de Venn illustre parfaitement cette interaction intime au niveau des neurones dits dopaminergiques et adrénergiques respectivement pour ces deux neurotransmetteurs.

NorepinephrineDopamineSerotoninVennDiagram

L’action de ces derniers est initiée quand le neurotransmetteur se lie à son récepteur spécifique pour déclencher une cascade de processus qui vont avoir de multiples effets sur la physiologie générale et aussi sur le « ressenti » d’une situation particulière. Par exemple, la vue d’un serpent, d’un rat ou d’une araignée déclenche la production de norépinéphrine par le système sympathique et appuie sur le bouton « alarme » de notre inconscient, en fait sur tout le fonctionnement du cerveau, avec comme résultat un comportement du genre « danger, fuyons ! », signal accompagné d’une augmentation du flux sanguin dans les muscles, le coeur bat plus vite, pour se préparer à la fuite et un apport en énergie sous forme de glucose aussi bien au niveau du cerveau, pour vite réfléchir à l’urgence de la situation que des muscles pour tout aussi vite déguerpir. C’est un peu comme ça que ça se passe et tout doit rentrer dans l’ordre rapidement sinon il s’installerait alors un désordre qui conduirait par exemple à une anxiété permanente, à des comportement étranges de panique incontrôlée ou encore à des phobies inexpliquées avec une détérioration progressive du pouvoir de décision. On voit donc que les neurotransmetteurs jouent un rôle central dans nos comportements sur lesquels nous n’avons pas beaucoup de pouvoir. Enfin quand on a fui le danger la sérotonine prend en quelque sorte le dessus si on peut parler ainsi et on éprouve un genre de satisfaction d’avoir échappé au danger (voir le diagramme de Venn tiré de Wikipedia). Les chimistes se sont naturellement intéressé de très près depuis des décennies à ces trois neurotransmetteurs pour tenter de traiter avec succès d’ailleurs certains troubles psychiques. Les amphétamines, par exemple, augmentent la production par les vésicules synaptiques aussi bien de la dopamine que de la norépinéphrine. C’est la raison pour laquelle les « amphets » sont des stimulants (à consommer avec extrême modération voire pas du tout) si prisés surtout des personnes qui ont des phobies ou des paniques compulsives. J’ai mentionné plus haut le fait que chaque neurotransmetteur allait se fixer sur son récepteur spécifique qui est une protéine située dans la membrane synaptique des neurones correspondants. Or, et comme mes lecteurs le savent bien, une protéine est codée par un gène qui peut avoir subi des mutations parfois anodines mais aussi pouvant être carrément pathologiques. Les médicaments interviennent alors pour corriger les défauts entrainés par ces mutations indésirables. Avec la quasi généralisation du séquençage à grande vitesse de l’ADN dans tous les domaines de la biologie, on vient de donner une explication à certains troubles liés à des mutations de l’un des récepteurs de la norépinéphrine, parce qu’il en a plusieurs pour faire les choses encore plus complexes et mieux régulées, appelé « récepteur adrénergique alpha-2 sous-type B » (ADRA2B) excusez du peu. Juste pour situer la complexité du système il y a des récepteurs dits alpha et d’autres dits beta. Les hypertendus prennent des beta-bloquants qui interfèrent avec le récepteur de type beta de la norépinéphrine et pour le ADRA2B, peu d’applications pharmacologiques sont utilisées en raison d’effets secondaires particulièrement indésirables entre autres sur le muscle cardiaque et les muscles lisses. Mais revenons aux discrètes mutations identifiées sur le gène codant pour l’ADRA2B. La curiosité des scientifiques n’ayant pas de limite comme chacun sait, une équipe de l’Université de Colombie Britannique à Vancouver a étudié 207 personnes prises au hasard et ayant bien voulu participer à cette étude relativement simple comportant d’une part le séquençage de leur génome et d’autre part se soumettre à des tests visuels simples consistant à observer des images ou des mots variés et plutôt que de voir « la vie en rose » certains des participants à cette étude voyaient tout en « noir » parce qu’ils présentaient une mutation du gène de l’ADRA2B. De plus ces mêmes personnes avaient une perception en temps réel modifiée par rapport aux sujets témoins. Comme le dit avec un peu d’humour le Docteur Rebecca Todd, leader de cette étude, « ces personnes ont plus tendance à prendre une mine renfrognée au milieu d’une foule. Dans la nature, plutôt que d’apprécier la beauté naturelle d’un paysage, ils noteront les dangers potentiels, comme les endroits où ils pourront glisser en marchant ou recevoir un rocher à l’aspect branlant qui pourrait leur tomber dessus ». Ces résultats appréhendent sous un nouvel éclairage comment la génétique, combinée à d’autres facteurs tels que l’éducation ou la culture, peut expliquer les différences d’affect, de perception émotionnelle ou encore la subjectivité de chaque individu. En conclusion, on est tous différents parce que notre patrimoine génétique est unique.

Sources: University of British Columbia et Wikipedia

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