L’urine revisitée …

Dans mon enfance, quand on était examiné par un médecin, la première chose qu’il demandait était de pisser dans un verre et il regardait pouvait déduire de l’aspect du pipi beaucoup de choses selon son aspect, sa couleur ou son odeur. Aujourd’hui, il est rare qu’un médecin vous demande de vous soulager partiellement dans un verre à pied conique. Il vous fait pisser dans un tube en plastique stérile avec un bouchon rouge et il ne prend même pas la peine de jeter un coup d’oeil sur votre pipi qui part tout de suite pour analyse dans un laboratoire. Les paramètres d’analyse dépendent de ce que veut diagnostiquer le praticien, des bactéries ou des virus pour les infections, des sucres ou de l’urée ou encore des protéines qui selon leur présence et leur quantité orientera le médecin dans telle ou telle direction. Le médecin ne met plus le nez dans le pipi, ce sont des machines qui s’en chargent. Pendant toute ma carrière de chercheur en enzymologie et chimie des protéines, j’avais sur mon bureau la tome de la biochimie, un gros livre écrit par trois éminents professeurs américains, Abraham White, Phil Handler et Emil Smith. Ce dernier était mon patron à UCLA. La première partie de ce gros livre était consacré à la biochimie pure et dure et la deuxième partie, à l’usage des étudiants en médecine et pharmacie traitait des fluides biologiques, le sang, les larmes, la salive, le sperme, la lymphe, le liquide céphalo-rachidien, et … l’urine. Je dois en oublier mais ce n’est pas grave. Si aujourd’hui je travaillais encore en laboratoire, je ne me prendrais pas la tête à faire des analyses à la main, c’est tout fait avec des machines automatiques. C’est ainsi qu’une équipe de 20 personnes de l’Université de l’Alberta a largement collaboré à la détermination de la composition complète de l’urine qu’ils ont appelé le métabolome et qui est disponible en ligne pour les curieux sur ce site http://www.urinemetabolome.ca . Un éventail de techniques d’analyse a été utilisé dont la spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (NMR), la chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS), la spectrographie de masse avec ionisation par plasma d’argon (ICP-MS) et enfin la chromatographie liquide haute performance (HPLC).

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Sans vouloir faire un catalogue des 445 substances trouvées dans l’urine, la base de données en open access répertorie les structures de 3079 substances différentes présentes dans l’urine dont 2651 liées avec des maladies connues. Parmi toutes ces substances 2206 ne se trouvent que dans l’urine et comptent parmi des produits de dégradation d’autres substances. C’est un répertoire complet de tout ce qu’on peut trouver dans l’urine mais qui ne se trouve pas nécessairement dans le pipi de chacun d’entre nous, on aurait les urines trop « chargées » et on serait gravement malade. On trouve donc vraiment de tout dans l’urine, c’est même incroyable. Par exemple, dans la classe des acides aminés, 286 composés différents, 1237 dérivés aromatiques, c’est un terme de chimie, ça ne veut pas dire que ça sent quelque chose, 116 sucres et dérivés divers, 866 acides gras divers et variés, 108 acides organiques différents … J’arrête là l’énumération. Le lien ci-dessus est utile pour les curieux, c’est un véritable univers !!!

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Source : PlosOne http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0073076

Photo (Wikipedia) : test pour dix paramètres différents couramment recherchés (glucose, bilirubin, cétones, nitrite, leucocytes, urobilinogène, protéines, pH, hémoglobine et densité)

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