Le jet-lag, quelle misère ! Peut-être une solution …

Circadian_rhythm_labeled

Dans moins de trois semaines je serai à Tokyo. Neuf heures de décalage horaire et plus encore si on se base sur l’heure solaire, c’est douloureux à récupérer. Ici, à Tenerife, midi solaire, c’est-à-dire quand le soleil passe au zénith il est à 14h30 en ce moment (heure d’été) et 13h30 (GMT) à l’heure d’hiver. A Tokyo, c’est l’inverse, le soleil passe au zénith vers 11h30 heure locale et il n’y a pas d’heure d’été ou d’hiver, ce serait trop compliqué à mettre en place dans un pays qui s’étale sur presque quatre fuseaux horaires. En conséquence, la différence horaire entre le Japon (à Tokyo) et les Canaries est « solairement » parlant de 12 heures. L’organisme n’est pas sensible à l’heure indiquée par une horloge mais par le mouvement du soleil dans le ciel qui est apparent comme chacun sait puisque la Terre tourne sur elle-même et que le soleil est immobile (en apparence) dans le ciel. Bref, il me faut au moins huit jours pour récupérer, mélatonine à haute dose aidant, ce décalage et je sens que tout mon organisme crie douleur. J’ai faim au milieu de la nuit, j’ai envie de dormir au milieu de la journée, toutes mes habitudes de retraité célibataire sont perturbées, en un mot je suis malade. Et au retour, c’est la même chose mais en sens inverse, ce qui est presque pire parce que l’adaptation est nécessairement différente. L’horloge circadienne est contrôlée par une minuscule zone du cerveau qui se trouve tout près du chiasma optique et comprend à peine plus de 20000 neurones, appelée le noyau superchiasmatique et envoyant des signaux à l’ensemble de l’organisme pour que tout suive le rythme jour-nuit harmonieusement. Ce noyau reçoit des informations des yeux qui détectent l’alternance du jour et de la nuit et qui a pour but de synchroniser notre horloge interne avec cette alternance. Le mécanisme d’adaptation au rythme circadien reste globalement inconnu et pourtant une équipe de biologistes de l’Université d’Oxford a utilisé des souris pour tenter d’élucider le mécanisme de l’horloge interne en soumettant ces souris à des flashs lumineux brefs durant la nuit. A l’aide de puissantes machines de séquençage des ARN messagers, ceux-là même qui indiquent l’expression des gènes, l’équipe du Docteur Russell Foster a identifié une centaine de gènes activés avec la lumière indiquant une séquence complexe d’activation du réglage de l’horloge circadienne. Pour faire bref, de nombreux mécanismes de régulation métabolique et d’expression des gènes sont sous la dépendance de l’état phosphorylé ou non de certaines protéines servant de signal. Si ces protéines sont phosphorylées, c’est-à-dire qu’une activité enzymatique spécifique a ajouté un phosphate dans leur structure, elles deviennent actives ou au contraire inactives. Dans le cas de la réadaptation au décalage horaire, le mécanisme fait intervenir trois niveaux de régulation et l’expression de deux gènes particuliers qui sont impliqués dans cette régulation très fine pour ne pas dire subtile. Un gène particulier a été identifié et appelé SIK1 (pour Salt Inducible Kinase 1). L’expression de ce gène qui code pour une kinase, l’enzyme qui a justement pour rôle de transférer un phosphate sur d’autres protéines régulatrices comme je viens de le dire, est d’abord activée puis inhibée car le réglage du rythme circadien est très complexe. En d’autres termes, on pourrait dire « point trop n’en faut » ou encore « ne précipitons pas les choses » car c’est l’ensemble de l’homéostase de tout l’organisme qui doit être réglée à nouveau et de manière très fine. C’est ce qui explique que l’adaptation au décalage horaire (jet-lag) est si lente. En neutralisant le gène SIK1, on appelle ça knockdown en anglais ou KO, les souris s’adaptent beaucoup plus rapidement au décalage horaire artificiel. Reste à trouver un moyen d’interférer avec cet enzyme et à n’en pas douter Hoffmann-La Roche et Axolabs GmBH qui ont financé cette étude sont déjà à la recherche de molécules actives car par expérience personnelle la mélatonine n’a qu’un effet très limité sur le réglage de l’horloge circadienne. Pour l’anecdote revisionnez le fameux « Jet-lag » de Danièle Thompson avec Binoche et Jean Reno, c’est d’un somptueux comique très exception culturelle frenchy !

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