La date limite de vente des oeufs et du miel

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Les produits alimentaires sont étiquetés selon la loi afin de donner une information aux consommateurs et de les rassurer plus que de protéger leur santé comme on va le découvrir. La législation varie selon les pays mais globalement elle a décidé selon des critères opaques quel était le laps de temps entre la fabrication du produit et sa consommation par l’utilisateur final, en l’occurrence tout un chacun. Prenons deux exemples, les œufs et le miel. Les œufs frais sont considérés comme sains s’ils sont consommés au moins vingt et un jours après la ponte. La date de la ponte est souvent imprimée sur l’oeuf lui-même avec une imprimante à jet d’encre. Le producteur s’adresse à un grossiste qui va revendre les œufs aux chaines de distribution, à d’autres grossistes établis dans les plate-formes régionales genre Rungis pour la région parisienne ou aux épiceries de quartier si le grossiste peut ainsi réaliser un volume de vente suffisant pour amortir ses frais de transport. En général, tous les œufs doivent se trouver sur les étalages des détaillants au plus tard deux à trois jours seulement après la date de ponte, car il s’agit d’un produit dit sensible. On considère que le client, donc le consommateur, doit les acheter puis ne pas les consommer au delà de la date limite et ceci a pour conséquence pratique désastreuse que le détaillant retire les œufs de la vente avant la date limite indiquée sur l’emballage car il sait par expérience que les œufs sont devenus invendables au delà de dix jours suivant la date de ponte. Il en résulte une perte évaluée à plus du tiers de la production d’oeufs qui sont purement et simplement jetés alors qu’ils auraient encore pu être consommés sans danger. Naturellement cette situation entraine une renchérissement du prix de vente puisqu’il prend en compte cette perte. L’exemple des œufs « frais » est l’exemple extrême de la date limite de consommation. On pourrait imaginer des œufs de fraicheur moyenne laissés à la vente jusqu’à trente jours après la ponte et soldés à moitié prix mais personne ne les achèterait. Il existe pourtant deux moyens très simples de s’assurer de la qualité de l’oeuf, le casser dans une tasse et le sentir. Si la membrane vitelline se brise libérant le jaune, il vaut mieux ne pas consommer l’oeuf et normalement un œuf propre à la consommation ne dégage pratiquement aucune odeur. Ce sont de vieilles pratiques de nos grand-mères qui ont totalement disparu. Le cas du miel est encore plus intéressant. Le miel est régurgité par les abeilles après une digestion partielle qui a pour but de produire une solution mixte de glucose et de fructose après l’action de l’invertase contenue dans le suc digestif de l’abeille et parallèlement de réduire la teneur en eau du nectar floral jusqu’à moins de 15 %. Le miel est donc un produit presque déshydraté contenant outre les sucres mentionnés des acides aminés et d’autre composés en quantité négligeable mais cependant suffisante pour que miel s’assombrisse avec le temps. Est-ce la raison pour laquelle on trouve sur les bouchons des bocaux de miel une date limite de consommation, je l’ignore. Avant d’écrire ce billet je suis allé dans le petit supermarché au coin de ma rue et j’ai relevé les dates limites d’utilisation de deux miels différents de palme, c’est-à-dire du miel sombre provenant du nectar des inflorescences des palmiers canariens, les mêmes que ceux se trouvant sur la promenade des Anglais à Nice, juillet 2014 et août 2015. J’en ai déduit que la date limite de consommation du miel devait être de deux ans. Il est utile d’apporter une petite précision sur ces dates. Aux Canaries, au moins à Tenerife, il pleut en général sporadiquement entre la fin du mois de septembre et la fin du mois de février. Les précipitations d’automne entrainent souvent une floraison de certaines plantes qui perdurera jusqu’en avril-mai. Les amandiers fleurissent par exemple au mois de janvier et les palmiers entre janvier et avril. La récolte du miel doit donc avoir lieu durant les mois secs d’été. Mais est-il justifié d’appliquer au miel une date limite de consommation, quels sont les critères de fraicheur du miel et comment ont-ils été établis par le législateur ? J’avoue que je reste perplexe d’autant plus que beaucoup de miels sont pasteurisés par ultra-sons ou rayons gamma. S’il n’y avait que le miel qui défie le bon sens élémentaire, mais de nombreuses autres denrées alimentaires sont interdites à la vente après une certaine date et détruites. On estime à environ un tiers la destruction des denrées alimentaires à cause de dates d’utilisation réglementaires le plus souvent fantaisistes. Au Japon seulement, on estime que 18 millions de tonnes de denrées alimentaires sont détruites chaque année pour cette raison ! C’est n’importe quoi …

Billet inspiré d’un article paru dans le Japan Times (photo Wikipedia : œuf conservé dans du vinaigre et coloré avec des betteraves rouges)

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