Mutations et maladies psychiatriques, un début d’explication

L’ADN, cette énorme molécule support de l’hérédité qui se trouve dans le noyau des cellules, subit au cours de sa copie, lors de la multiplication cellulaire, des erreurs un peu comme les copistes des monastères du Moyen-Age dont la vue pouvait être déclinante introduisaient des erreurs qu’on appellerait aujourd’hui typographiques. Avec l’ADN, c’est exactement la même situation. Au cours de la multiplication cellulaire, en particulier au stade embryonnaire, il faut qu’en un temps record cette énorme molécule soit recopiée à chaque division et c’est souvent à ce moment-là que des erreurs s’introduisent. Si l’erreur introduite dans une séquence codante pour une protéine vitale conduit à une lecture erronée, ça peut être grave, c’est par exemple le cas de la thalassémie, un défaut de l’hémoglobine, mais comme l’ADN comporte également de nombreuses zones non codantes mais intervenant dans divers processus de régulation, des erreurs peuvent résulter en des effets insoupçonnés. Cette mauvaise copie s’appelle SNP, acronyme de Single Nucleotide Polymorphism bien décrit par la figure ci-après (Wikipedia) où l’on voit le changement d’une seule des « bases » A, T, G ou C.

Dna-SNP

Heureusement que chaque gène comporte deux copies et que le code génétique est quelque peu dégénéré en ce sens que plusieurs codons de trois bases peuvent avoir la même signification quand ces SNPs ont lieu dans des régions codantes, mais pour les régions non codantes de l’ADN, c’était un peu le mystère jusqu’à la généralisation d’automates de séquençage ultra-rapides qui permettent de relier maintenant les SNPs à l’occurrence de diverses pathologies, en particulier psychiatriques. Il faut oublier les déclarations tonitruantes des journalistes en mal de scoop qui relataient le fait qu’on avait découvert Le Gène de l’homosexualité ou Le Gène de l’alcoolisme. Il s’agissait d’une grave erreur d’interprétation car on sait maintenant qu’une pathologie donnée, dont la cause initiale comme par exemple pour la thalassémie pour reprendre cet exemple, est induite par une multitude de SNPs le plus souvent dans des zones non codantes de l’ADN. C’est ce qui ressort d’une vaste étude collaborative réalisée par les laboratoires de recherche de 20 pays pour tenter d’établir un lien entre divers désordres psychiatriques et les SNPs les plus courants dont la banque de données la plus récente en répertorie plus de 50 millions. Plutôt que de classer arbitrairement les maladies psychiatriques l’étude des SNPs a permis au contraire d’établir des corrélations troublantes entre ces maladies.

60232_web

Pour rendre l’illustration plus lisible, il faut décoder, sans jeu de mot, la signification des diverses abréviations utilisées – les scientifiques adorent les abréviations parce qu’ils peuvent raconter en un espace restreint beaucoup plus de choses – chacune étant une des principales maladies ou désordres psychiatriques. ADHD (Attention Deficit Hyperactive Disorder) est le désordre d’hyperactivité et de manque d’attention surtout observé chez les enfants, c’est un trouble comportemental qui disparaît souvent lors de l’adolescence. BPD (trouble bipolaire) maintenant relativement bien circonscrit grâce à des traitements à base de lithium, SCZ ou schizophrénie, l’un des troubles psychiatriques le plus grave, MDD (Major Depressive Disorder) la dépression nerveuse et enfin ASD, l’autisme. L’ADN de plusieurs milliers de malades présentant les troubles listés ici a été entièrement séquencé et les SNPs ont été comparés en détail. Les barres vert foncé indiquent le taux de similitude des SNPs pour chacun des cinq principaux désordres psychiatriques. Par exemple, pour le trouble bipolaire (BPD) 25 % des SNPs se situaient sur des points identiques de l’ADN ce qui est une corrélation modeste mais pessimiste si on rapproche ce résultat des études réalisées avec des jumeaux homozygotes ou des cohortes familiales prédisposées à de type de trouble qui montrent en réalité une héritabilité de plus de 75 %. Un tel résultat indique que de nombreux autres facteurs déclenchants restent encore inconnus. Il en est de même pour la schizophrénie (23 % par analyse des SNPs, 81 % chez les jumeaux), pour les troubles d’hyper-activité, 28 et 75 %, l’autisme, 14 et 80 % et enfin la dépression 14 et 37 %, ce qui montre clairement que la dépression nerveuse est la moins bien corrélée et donc beaucoup plus liée à des facteurs externes et non génétiques, ce qui paraît compréhensible : les enseignants des écoles, en France, sujets à des dépressions nerveuses récurrentes, n’ont heureusement pas tous des gros problèmes de SNPs aggravants ! Un autre résultat intéressant de cette étude est l’absence de corrélation entre la schizophrénie et l’autisme comme n’importe quel psychiatre peut le comprendre aisément mais par contre une assez bonne concordance entre l’autisme (ASD) et le désordre d’hyper-activité (ADHD), deux symptômes qui pourraient avoir des causes communes au niveau, au moins, des SNPs. Ces corrélations sont indiquées par les barres vert clair de la figure reproduite à partir de la News Letter du NIMH (National Institute of Mental Health) mais ces résultats devront être affinés sur un échantillon de plusieurs dizaines de milliers de personnes, la présente étude ayant impliqué seulement quelques milliers de personnes.

3 réflexions au sujet de « Mutations et maladies psychiatriques, un début d’explication »

  1. Sources ?

    – Sur le milliers de personnes sondées, combien d’homozygotes pour affirmer péremptoirement une corrélation passant de 25% à 75% ?
    – Quels sont les protocoles d’évaluation psychiatrique ?
    – Sont-ils robustes (non-biaisés) et appliqués de la même façon par toutes les équipes ?
    – …

    Je reste très dubitatif car tout cela n’est pas très sérieux, a priori, scientifiquement parlant…

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