Allergies alimentaires : un début d’explication …

En Grande-Bretagne et c’est probablement la même situation dans d’autres pays européens, un enfant sur 10 présente des problèmes d’allergie alimentaire et un enfant sur 5 des problèmes d’eczéma. Et il n’est pas difficile d’imaginer à quel point les familles dont les enfants ont ce type de problème sont profondément perturbées dans leur vie quotidienne puisqu’il faut traiter les enfants en permanence et parfois les hospitaliser. Jusqu’à ce jour on pensait que la causalité des intolérances alimentaires dues aux allergies, aux œufs, aux produits lactés ou encore aux arachides venait de l’intérieur, c’est-à-dire des voies digestives et peut-être aussi des bactéries qui colonisent l’intestin. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, les intolérances alimentaires comme par exemple l’intolérance au lactose ne sont pas des allergies car il n’y a pas de réaction immunitaire au lactose, par contre l’intolérance au gluten est associée à une réaction immunitaire secondaire, ce qui conduit à une certaine confusion dans les esprits et dans le cas présent il est plus clair de parler d’allergies alimentaires. L’hypothèse d’une cause intestinale était également satisfaisante pour également expliquer certaines formes d’eczéma (atopique) puisqu’on a observé que les enfants souffrant d’eczéma avaient dix fois plus de chances de développer des allergies alimentaires. Les allergènes alimentaires sont pour la grande majorité des protéines de natures variées qu’on retrouve dans les arachides et une série d’autres noix, sésame, pécan, pistache, l’ovalbumine, principale protéine constituante du blanc d’oeuf, le lait de vache mais aussi de brebis ou de chèvre, le blé (gluten), les crustacés et enfin le soja. Bien d’autres aliments peuvent contenir des allergènes comme par exemple la tomate ou la fraise mais chaque individu répond différemment aux allergènes selon l’état de son système immunitaire ou encore de prédispositions génétiques. Des biologistes du King’s College de Londres viennent pourtant de démonter que l’hypothèse de l’origine interne (intestinale) de l’eczéma ne pouvait pas être validée après avoir étudié 619 enfants âgés de trois mois encore exclusivement nourris au sein et souffrant d’eczéma et qui n’avaient donc jamais été en contact avec des aliments solides. Outre des tests sur la capacité de rétention de l’eau par la peau, un test classique en cas d’eczéma et des examens microscopiques des lésions eczémateuses des études génétiques ont été effectuées pour déceler d’éventuelles mutations associées à l’eczéma (gène de la filaggrine, une protéine associée à la kératine jouant un rôle majeur dans l’eczéma atopique en cas de déficience). L’équipe du King’s College a alors effectué ce que l’on appelle des « prick tests » pour déterminer à quel allergène alimentaire le plus commun parmi ceux cités plus haut répondaient ces enfants pourtant exclusivement nourris au sein. Curieusement, ces enfants réagissaient par ordre décroissant au blanc d’oeuf, au lait de vache et aux arachides. Comment alors expliquer ces réponses puisque ces enfants n’avaient jamais encore ingéré de tels aliments. L’explication la plus plausible encore en cours de vérification est que l’eczéma amoindrit la barrière cutanée et expose les cellules du derme à ces allergènes, des protéines comme cela a été mentionné, présentes en infimes quantités et transportées par la mère ou d’autres personnes présentes dans le logement où se trouve l’enfant. Le Docteur Carsten Flohr du King’s College le dit en ces termes : « C’est une étude vraiment excitante qui apporte des évidences qu’une barrière cutanée défectueuse (en raison de l’eczéma) peut jouer un rôle central dans l’apparition de ces sensibilités aux aliments chez les bébés qui peuvent ensuite conduire à des allergies aux aliments. (…) La barrière cutanée joue un rôle essentiel de protection contre les allergènes (…) et ces résultats laissent entrevoir la possibilité d’une réduction des risques d’allergies alimentaires en traitant efficacement l’eczéma afin de restaurer le rôle protecteur de la peau. » Il apparaît donc que les allergies alimentaires peuvent se développer avant même que l’enfant se trouve en contact direct avec les aliments « à risques » et qu’il soit alors prédisposé pour développer ensuite ces allergies parfois invalidantes. Note: les « prick tests » sont des injections intradermiques de quantités infinitésimales d’allergènes. Quand une rougeur apparaît au point d’injection, la réaction immunitaire est positive mais doit être confirmée par des tests plus approfondis.

 

Sources : King’s College, nature.com (J. Investigative Dermatology)

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