Pauvres abeilles

 

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Les abeilles et bien d’autres insectes pollinisateurs sont déjà malmenés par les insecticides systémiques notamment utilisés dans l’enrobage des semences comme les néo-nicotinoïdes, j’en ai parlé dans un précédent billet. Le Fipronil est aussi enfin banni dans toute l’Europe depuis ce mardi mais curieusement les Anglais se sont abstenus par deux fois quand les Européens ont pris ces décisions et pourtant le déclin des populations d’abeille outre-Manche est tout aussi catastrophique qu’en Europe continentale. En Grande-Bretagne, comme les deux tiers des cultures ont besoin d’insectes pollinisateurs pour qu’on puisse avoir par exemple des fruits, des tomates, des melons, des haricots verts, des petits pois, ou encore des aubergines et bien d’autres productions maraîchères les producteurs importent des bourdons qu’ils lâchent dans les serres afin d’effectuer la pollinisation. Il existe une réglementation très stricte sur l’état sanitaire des bourdons importés, un business très florissant, afin qu’ils ne répandent pas de maladies parasitaires. Mais les marchands de bourdons, si on peut parler ainsi de cette corporation peu banale, ne sont pas très regardants et les documents d’exportation sont remplis sans qu’ils aient vérifié dans le détail l’état de santé de ces utiles petites bêtes. Un test ADN pourrait pourtant être effectué rapidement et efficacement pour déterminer la présence de parasites ou de virus, mais ça coûte cher (environ 5000 dollars) et les marchands de bourdons ne le font pas et se contentent d’un examen à la va-vite à la loupe sur quelques bourdons et le tour est joué. Les importateurs ne sont pas trop regardants aussi. Plus des deux tiers des colonies de bourdons importées sont infectées par des champignons transmissibles aux abeilles comme les Nosema, les Ascosphaera, un autre champignon microscopique qui détruit les couvains ainsi qu’une bactérie fatale également pour ces mêmes couvains (Paenibacillus) et enfin un virus qui provoque une atrophie des ailes. Bref, c’est comme si on voulait éradiquer les abeilles et les bourdons en répandant sur le marché des insectes malades pour tuer le peu qui reste en bonne santé, déjà affaibli par les insecticides. Normalement la directive européenne 2003/881/CE enjoint les importateurs de bourdons à exiger un certificat sanitaire approuvé par les autorités douanières mais le laxisme est de mise : comment contrôler plus d’un million de nids de bourdons chaque année voyageant de par le monde et finissant dans les serres à fruits et légumes, dont 50000 en Grande-Bretagne ? La tâche est tout simplement impossible malgré l’enjeu économique car la disparition concomitante des abeilles constituerait une catastrophe économique à grande échelle. On peut au moins, en conclusion, féliciter les écologistes professionnels anglais qui ont pris la peine de lancer cette alarme …

Source : J. Applied Ecology, photo : Wikipedia

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