Le virus de l’hépatite B existait déjà il y a 80 millions d’années

Le virus de l’hépatite B est considéré comme la deuxième cause de cancer après la cigarette et il affecte tous les primates. La persistance de l’ADN du virus même après de longues périodes de guérison reste une énigme mal expliquée et serait la cause de l’apparition de cancers du foie le plus souvent mortels. On connait la séquence de l’ADN de ce virus qui est transmissible par le sang, les contacts sexuels non protégés (surtout dans les pays à risque), l’utilisation de seringues souillées, et s’il est 100 fois plus contagieux que le virus de l’immunodéficience (HIV ou SIDA) il existe tout de même un vaccin dont l’efficacité a été prouvée. Les machines modernes de séquençage de l’ADN ont récemment montré que des morceaux d’ADN du virus de l’hépatite se trouvaient intégrées dans le génome des oiseaux, de même que l’ADN humain contient de nombreuses séquences d’origine virale dont seulement une partie a été étudiée en détail à ce jour. Quand une portion d’ADN viral s’insère dans l’ADN de l’hôte, elle se fige et n’est plus soumise qu’à de très faibles taux de mutation. Cette insertion est facile à imaginer puisque l’ADN viral est en partie recopié dans le noyau de la cellule hôte en utilisant également la machinerie de l’hôte et des erreurs peuvent naturellement apparaître comme des insertions et si elles ont lieu au niveau des cellules germinales, on retrouvera longtemps après l’évènement d’insertion ces séquences d’ADN. C’est ce genre d’étude qui a été entrepris avec l’ADN des oiseaux, en particulier des diamants mandarins, des oiseaux originaires d’Australie.

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En remontant l’arbre philogénétique des oiseaux – en quelque sorte l’arbre généalogique reliant les espèces d’oiseaux entre elles – on a pu ainsi déterminer que l’ADN viral avait été inséré dans l’ADN de l’ancêtre de ces oiseaux il y a plus de 80 millions d’années. En approfondissant l’étude, il a pu être déterminé quand exactement les fragments s’étaient inséré dans l’ADN des oiseaux.

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On peut se demander quelle est l’utilité de ce genre d’étude mais il faut replacer l’évolution dans son contexte, il y a 80 millions d’années, il y avait encore des dinosaures dont l’extinction brutale survint quelques 15 millions d’années plus tard, il y avait donc des ancêtres des oiseaux du genre ptérodactyle mais il n’y avait pas encore vraiment de mammifères. Les séquences d’ADN viral que l’on retrouve aujourd’hui chez les oiseaux constituent donc des fossiles vivants très précieux pour comprendre l’évolution du virus de l’hépatite B. D’après les études réalisées à l’Université de Münster en Allemagne le transfert du virus de l’oiseau vers l’ancêtre commun à tous les primates dont l’homme eut lieu vers la fin du Myocène, il y a environ dix millions d’années mais qu’il y eut peut-être aussi un transfert bien plus ancien, lorsqu’il y eut la première divergence entre les oiseaux primitifs et les tout premiers mammifères placentaires. Ce qui est le plus surprenant est qu’en assemblant les séquences d’ADN viral présentes chez les oiseaux les généticiens qui se sont autoproclamé paléovirologues sont retombé sur une séquence d’ADN remarquablement proche de celle du virus actuel qui infecte l’homme à une petite différence près mais de taille, la séquence aviaire préhistorique ne contient pas de séquence codant pour la protéine X aussi nommée HBx, celle-là même qui rend le virus carcinogène en perturbant la réplication de l’ADN des cellules du foie et qui est nécessaire également à la multiplication du virus dans ces cellules hépatiques. Les auteurs de cette étude insistent sur le fait que ce type de recherche peut aider à comprendre les mécanismes de spécificité des virus pour un hôte précis, en ces temps où la crainte d’une pandémie virale mondiale pourrait faire des centaines de millions de morts. La paléovirologie n’en est donc qu’à ses débuts … prometteurs.

Source : Westfälische Wilhelms-Universität Münster via The Guardian, crédits photos et illustration : The Guardian

Une réflexion au sujet de « Le virus de l’hépatite B existait déjà il y a 80 millions d’années »

  1. Merci pour cet article intéressant et pour votre blog passionnant. Néanmoins, j’ai noté quelques erreurs qui n’entachent pas la pertinence globale de votre article, mais le rende un peu confus.
    Vous dites : « … il y avait donc des ancêtres des oiseaux du genre ptérodactyle … »
    Les ptérodactyles ne sont pas du tout les ancêtres des oiseaux. Les ancêtres des oiseaux sont des dinosaures et les ptérodactyles n’en sont pas. Peut-être pensiez vous à archeoptérix ?
    Vous dites qu’il y a 80 millions d’années « il n’y avait pas encore vraiment de mammifères ». Pourtant, à cette époque, il y avait de vrais mammifères, avec toutes les caractéristiques de mammifères (apparu entre -200 millions et -150 millions d’années). Mais, les placentaires comme nous n’en étaient qu’à leur balbutiements. Vous pouvez donc dire, pour reprendre votre expression, « il n’y avait pas encore vraiment de mammifères placentaires ».
    Autre difficulté. Vous dites : « … lorsqu’il y eut la première divergence entre les oiseaux primitifs et les tout premiers mammifères placentaires ». Mais, la « première divergence entre oiseaux primitifs et tout premiers mammifères placentaires » n’est pas un événement qui a pu exister. L’ancêtre commun des oiseaux et des mammifères à vécu il y a environ 315 millions d’années (premiers amniotes) alors que les premiers oiseaux et les premiers mammifères apparaissent il y a environ 150 millions d’années et les premiers placentaires plus récemment encore. Autrement dit, lorsque les premiers oiseaux et les premiers mammifères apparaissent, leurs deux lignées sont déjà complètement séparées depuis au moins 150 millions d’années. Lorsque leurs lignées se séparent il y a 315 millions d’années, il n’existe ni oiseaux ni mammifères, seulement des sauropsides (qu’il est très abusif de nommer « oiseaux primitif ») et des synapsides (qu’il est très abusif de nommer « mammifères placentaires primitifs »). Bref, vous devriez plutôt dire « divergence entre ancêtres des oiseaux et ancêtres des mammifères ».
    Cordialement.

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