Un nouvel espoir pour la maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer est une maladie dégénérative du cerveau conduisant progressivement à la destruction totale de la mémoire et des facultés intellectuelles du malade, le transformant en légume neurovégétatif. C’est une maladie terrifiante puisque son apparition passe inaperçue et quand les facultés cognitives de base, comme de trouver sa montre en se réveillant le matin ou encore sa brosse à dent, sont altérées, il est déjà trop tard et on s’enfonce inexorablement dans le gâtisme. On sait depuis longtemps que cette maladie présente des caractéristiques bien précises au niveau du tissu cérébral après autopsies, ce que l’on a appelé des plaque amyloïdes, une protéine qui s’accumule anormalement au niveau des neurones conduisant à la destruction des jonctions synaptiques. Le cerveau perd alors ses fonctions puisque les communications entre neurones sont altérées irréversiblement. La recherche de médicaments pouvant éventuellement combattre la progression de la maladie n’a pas vraiment été couronnée de succès. Globalement seule la mémantine est reconnue, sinon curative, du moins capable de freiner l’évolution de la maladie mais seulement pendant quelques temps. J’ai mentionné dans un de mes billets l’utilisation de gamma globulines injectables qui retardaient significativement l’évolution des symptomes de la maladie ( https://jacqueshenry.wordpress.com/2012/07/18/du-nouveau-dans-le-traitement-preventif-de-la-maladie-dalzheimer-alzheimers-association-genentech-crenezumab/ ) mais cette approche se situe vraisemblablement au niveau d’une réduction de la formation de plaques amyloïdes plutôt qu’aux effets de ces dernières sur les jonctions synaptiques. La maladie d’Alzheimer se caractérise aussi (et surtout, par ses effets dévastateurs) par une perturbation de la sécrétion du glutamate, un neurotransmetteur essentiel sécrété par les cellules entourant les synapses appelées astrocytes. Or l’accumulation de plaques amyloïdes, induisant cette surproduction de glutamate qui est toxique pour les synapses en activant un autre récepteur hors des jonctions synaptiques appelé eNMDA (NMDA pour N-methyl-D-Aspartate) perturbe le bon déroulement de la fonction des synapses. Je passe sur les détails mais la mémantine est connue pour agir sur ce récepteur particulier et permet alors de restaurer partiellement l’activité des neurones.

150px-Memantine

Malheureusement cette molécule un peu compliquée, une sorte de cage surmontée par un groupement amine chargé positivement, est repoussée par les charges positives du récepteur, un peu comme deux pôles nord de deux aimants se repoussent. Les biologistes du Del Webb Center à La Jolla, en collaboration avec la Scripps, le Salk Institute et bien d’autres centres de recherche de par le monde dont la Chine, Israël et l’Espagne ont imaginé de coupler chimiquement cette molécule avec un autre médicament couramment utilisé pour stabiliser le rythme cardiaque chez les personnes souffrant d’angine de poitrine, un explosif qui a trouvé une application thérapeutique, je veux parler de la nitro-glycérine.

250px-Nitroglycerin

Qui ne se souvient pas du fameux film « Le salaire de la peur » avec Yves Montand ? La trinitrine, le nom générique de ce médicament, est justement chargée négativement et permet à ce gros truc qu’est la mémantine de bien aller se caser dans le récepteur glutaminergique (eNMDA) et de faire son effet en restaurant la fonction de la jonction synaptique perturbée par les plaques amyloïdes qui dévient le glutamate de sa fonction physiologique de neurotransmetteur. Les études ont été faites sur des souris génétiquement modifiées servant de modèle pour la maladie d’Alzheimer et on voit très clairement sur le document photographique que l’action de ce nouveau composé appelé Nitromemantine est capable de restaurer l’activité de la jonction synaptique détériorée par les plaque amyloïdes.

image.php

 

A gauche, excitation électrique d’un neurone avec une micro-électrode, à droite réponse par fluorescence de l’activité de la jonction synaptique.

Reste maintenant à passer aux choses sérieuses et effectuer des essais sur des patients. Mais comme on sait que cette maladie est incurable dans l’état actuel des connaissances pharmacologiques, à n’en pas douter les essais cliniques ont peut-être déjà débuté.

Crédits photo : Wikipedia et Sanford Burnham Medical Research Institute

Source : Sanford Burnham Medical Research Institute, La Jolla, CA

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s