L’homme, cet être vivant si négligeable !

La plus vieille forêt primaire d’Europe se trouve au nord de l’île de Tenerife ainsi qu’à Madère. Elle est constituée d’une espèce particulière de lauriers que l’on ne trouve que dans les îles de la Macaronésie (Madère et Canaries) et qui sont des restes des forêts couvrant probablement le pourtour occidental de la Méditerranée avant le réchauffement datant d’une dizaine de milliers d’années.

Gomera

Mais les arbres et arbustes ne sont pas aussi vieux qu’on ne l’imagine. Près des cotes méditérannéennes on trouve aussi une autre forêt beaucoup plus agée et pourtant méconnue des randonneurs puisqu’il s’agit des posidonies (Posidonia oceanica)

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qui poussent très lentement mais ont la particularité de ne pas se reproduire sexuellement comme les arbres que je mentionnais plus haut. Les immenses étendues ou « forêts » de posidonies, parfois plusieurs kilomètres de long, sont en réalité des clones vivant et croissant depuis des dizaines de milliers d’années, peut-être même avant que l’homme atteigne l’Europe après avoir quitté l’Afrique de l’Est. Si la laurisylva a disparu du pourtour méditerranéen, il n’en reste que quelques minuscules traces dans le sud de l’Espagne, les posidonies ont fait l’objet de récentes études génétiques qui ont mis en évidence une extrême stabilité de leur génôme, ce qui a surpris les scientifiques puisqu’on aurait pu s’attendre à au moins quelques différences génétiques entre des posidonies étudiées près des côtes de Formentera (Baléares) ou de Sicile. Les posidonies peuvent être considérées comme les plus vieux êtres vivants de la planète. Si le massif volcanique d’Anaga à Tenerife date de la fin du Miocène (environ 5 millions d’années) le processus de peuplement par des végétaux a débuté beaucoup plus tard dans la mesure où les roches volcaniques fraichement formées restent longtemps impropres à toute croissance végétale. L’apparition de végétation de type laurisylva peut correspondre aux périodes interglacières du pléistocène à une époque où l’homme n’était encore que peu différencié de ses cousins les singes, entre un demi et un million d’années avant notre ère. La figure ci-dessous (Wikipedia) illustre les changements climatiques auxquels ont été soumises les forêts de laurisylva au cours de leur croissance, mais les posidonies n’ont pas directement été affectées par ces fluctuations.

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Mais je m’égare dans mes propres pensées. Tout cela pour dire simplement que les forêts toujours vertes des Canaries et de Madère, comme les posidonies illustrent de manière troublante la brièveté de la vie humaine : il aura fallu autant de temps pour passer de l’age de la pierre taillée au téléphone cellulaire que la constitution de la plus grande forêt clonale de posidonies de la Méditerranée. Ca laisse songeur …

Sources: PlosOne et Wikipedia

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