Euthanasie, suicide assisté, suicide… quand on ne pourra plus choisir …

 

Je dois dire à mes lecteurs que j’ai 68 ans et qu’un jour ou l’autre je serai confronté à la mort comme tout le monde, ce que Desproges avait clairement expliqué dans un de ses fameux tribunaux des flagrants délires sur France Inter dans les années 80, lui qui savait que ses jours étaient comptés puisqu’il mourrait lentement d’un cancer du poumon qui l’a finalement emporté au grand regret de ses fans dont je faisais partie. J’ai d’ailleurs tous ses sketches dans ma sonothèque personnelle et je les réécoute régulièrement.

L’idée d’écrire un billet sur l’euthanasie m’est venue en lisant un article du Guardian hier sur une déclaration de Taro Aso, ministre des finances du Japon, qui a contracté la fièvre aphteuse et en a souffert pendant de longs mois, alors que cette maladie atteint très rarement l’homme. Taro Aso, s’occupe du porte-monnaie de Japon est il n’est pas difficile pour lui de comprendre que le coût du maintien en survie de millions de personnes agées médicalement assistées (le Japon compte plus de 25 % de sa population de personnes de plus de 60 ans) pour survivre et cette situation a un coût que le pays en crise n’arrivera plus à supporter à terme d’autant plus que les prévisions de vieillissement de la population de l’archipel sont alarmantes.

Ce que Taro Aso a déclaré sans ambage est la phrase suivante traduite de l’anglais via Google : « The problem won’t be solved unless you let them hurry up and die. »

« Le problème ne pourra pas être résolu si on ne se dépêche pas de les laisser mourir ». Il parlait des vieillards médicalement assistés pour survivre (les « tube people »), mais naturellement pas des vieux encore bien portants comme moi. Taro Aso avait déclaré en 2008 alors qu’il était premier ministre du Japon que les vieux « chancelants » (doddering en anglais) devraient prendre eux-mêmes en charge leur santé. On n’en est pas encore là en France parce que ce genre de déclaration cinglante pour ne pas dire plus ferait désordre. De nombreuses maisons de retraite françaises qu’on peut aussi appeler mouroirs saisissent les revenus de leurs pensionnaires pour payer une partie des frais qu’occasionne leur maintien en vie. La question que je me suis donc posé est très simple : comment faire pour se suicider quand on n’en est plus capable physiquement. Taro Aso a certes une forte personnalité et il lui est arrivé dans le passé de faire de nombreuses gaffes parfois assez monstrueuses comme de déclarer que les diplomates américains qui négociaient pour la paix au Moyen-Orient ne seraient jamais crédibles parce qu’ils sont blonds aux yeux bleus. C’est son droit de faire de telles déclarations à l’emporte-pièce mais ça fait un peu désordre. Pourtant si on y regarde de plus près à propos des pensionnaires des hôpitaux et des hospices en fin de vie et médicalement assistés pour survivre, certains ayant perdu la totalité de leurs facultés intellectuelles, la déclaration tonitruante de Taro Aso fait réfléchir.

On peut se rappeler le cas du docteur américain Kevorkian qui fut condamné à plusieurs années de prison et finalement libéré sur parole avec interdiction de pratiquer la médecine aux Etats-Unis après avoir aidé 130 patients au suicide, la plupart d’entre eux étant incapable d’accomplir ce geste eux-mêmes. Il avait filmé l’une de ses interventions sur un patient atteint de la maladie de Lou Gehrig, une grave dégénérescence douloureuse et irréversible des muscles striés.

La question que pose cette polémique est de savoir si on ne devrait pas institutionnaliser une fin de vie médicalement assisté (euthanasie) pour les personnes déjà médicalement assistées pour survivre et si on ne devrait pas aussi autoriser le corps médical français à assister au suicide un patient qui le demande formellement, puisqu’il existe des cliniques pour ce faire en Suisse, par exemple, moyennant finance naturellement.

Il s’agit d’une situation grave qui devrait être considérée en ces temps de vaches maigres et bientôt de pain noir.

Pour les anglophones, voici l’interview du docteur Jack Kevorkian où l’on voit la mort en direct de l’un de ses patients (âmes sensibles s’abstenir) :

http://www.cbsnews.com/8301-504803_162-20068720-10391709.html

Sources : Guardian, CBS News.

Une réflexion au sujet de « Euthanasie, suicide assisté, suicide… quand on ne pourra plus choisir … »

  1. Juste une petite rectification, Desproges n’a jamais su qu’il était mourant. Il pensait qu’il avait eu un petit cancer guéri, mais n’en a jamais su plus. Sa femme lui a « caché » la réalité (il n’a en fait jamais posé la question à laquelle elle aurait été obligée de lui dire la vérité). Cette info est vérifiable dans le portrait qu’a dressé Marie-Ange Guillaume, ainsi que par sa femme Hélène dans le reportage « Je ne suis pas n’importe qui ».
    http://livre.fnac.com/a1936921/Marie-Ange-Guillaume-Desproges-portrait
    http://www.amazon.fr/Desproges-Pierre-suis-pas-nimporte/dp/B003YI3DOU

    Bonne journée.
    Un disciple de Desproges.

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