Chronique tokyoïte (suite) Les Japonais et leur rapport avec l’hygiène.

 Comme il m’arrive le plus souvent dans mon blog de commenter l’actualité, par exemple mon dernier billet sur le refus de Greenpeace de participer au raout organisé par le gouvernement – encore un – sur l’énergie, simplement parce que Greenpeace refuse le dialogue avec ceux qui ne partagent pas son point de vue, je termine mon commentaire, et qu’il n’y a rien dans l’actualité sinon des mensonges, en particulier venant du capitaine de pédalo qui donne un coup de pédale en avant, un de côté et un en arrière, de quoi faire progresser la situation, alors je me suis décidé par manque d’inspiration à relater à mes fidèles lecteurs un petit non-évènement survenu il y a quelques jours chez mon fils à Tokyo.

Je gardais mon petit fils de 5 mois assis sur mes jambes, difficile de le garder sur les épaules à cet âge, et quand sa mère l’a récupéré pour le changer car je suspectais qu’il s’était sali, ce qui s’est avéré exact, je me suis rendu compte qu’une petite fuite avait légèrement humidifié mon denim sur une surface équivalente à deux timbre-poste de taille courante. Ma belle-fille a confirmé qu’il s’agissait bien d’une fuite malencontreuse puisque la petite salopette de ce petit garnement était également humide au niveau de la jonction entre la couche et sa cuisse gauche.

Je suis allé tout naturellement à la cuisine et j’ai pris l’éponge qui sert à faire la vaisselle que j’ai humidifié sous le robinet et j’ai alors largement imbibé mon jean d’eau.

Quelle ne fut pas la réaction inattendue (pour moi) de ma belle fille qui m’a semblé profondément choquée par mon geste. Elle m’a expliqué qu’on ne prenait pas l’éponge qui sert à faire la vaisselle pour nettoyer une tache d’une telle origine. J’ai devant ses yeux abondamment arrosé l’éponge de liquide pour vaisselle et je l’ai tout aussi abondamment rinçée (au moins trois litres d’eau) et remise à se place.

Plus tard, après le repas du soir, mon fils a entrepris de faire la vaisselle avec mon assistance se limitant à la voix et au geste. Il a remarqué qu’il y avait une éponge toute neuve et je lui ai dit dans la foulée que l’autre était dans la poubelle en lui expliquant très brièvement ce pourquoi cette éponge avait été jetée sans discernement.

Comme j’ignorais les us et coutûmes japonais, mon fils a pris le temps de m’expliquer quel est le rapport de cette population avec les excréments humains qui se concrétise par l’usage de sièges de toilette sophistiqués pour éviter d’avoir un contact éventuel avec les dits excréments (par exemple quand on se torche avec du papier) et qu’en aucun cas on ne doit approcher de près ou de loin de la cuisine un vêtement souillé par la moindre trace d’excrément. Sans le vouloir j’avais donc piétiné un précepte assez irrationnel inculqué de génération en génération aux enfants considérant que la merde est une chose tellement impure qu’on ne doit ni en parler ni surtout mettre en éventuel contact un quelconque aliment ou un objet pouvant être utilisé en cuisine ou à table.

C’est une tradition qui doit trouver son explication en des temps reculés où les défécations humaines polluaient les puits et les sources et favorisaient l’apparition d’épidémies de choléra et des dissenteries variées. Je veux bien admettre le bien-fondé d’une telle attitude, mais de mon point de vue, c’est aussi irrationnel que de prendre un bain en famille ou à tour de rôle (tradition typiquement japonaise)* dans la même eau de la même baignoire car il est impossible d’affirmer que l’anus soit totalement exempt de germes après un savonnage prolongé sous la douche, et je ne parle pas d’autres parties du corps comme le nombril, les cheveux et autres pilosités et les doigts de pied qui sont encore recouverts de bactéries après ce savonnage, ce brossage et ce douchage psychologiquement susceptibles de quasiment stériliser l’ensemble du corps. J’ai, il y a longtemps, procédé à l’expérience classique lorsque je préparais le certificat de microbiologie à l’université consistant à ouvrir une boite de Pétri et de passer ses doigts dans les les cheveux juste au dessus pour étudier la nature et le nombre de germes qui sont tombés sur la boite à 9 heures du matin, en début de travaux pratiques de laboratoire. Il n’y a aucune différence entre des cheveux lavés une heure ou deux avant cette investigation et des cheveux lavés l’avant-veille. Le shampoing le plus puissant qui soit n’élimine pas tout, très loin de là. Et je ne mentionne même pas le nez et les oreilles, repères de populations surprenantes de micro-organismes.

Voilà donc un a priori infondé sur la relation qu’on peut, au Japon, avoir avec la merde humaine, même celle d’un nourrisson en excellente santé. C’est aussi ridicule que de considérer la viande de porc comme malsaine, je ne nommerai personne …

Pour conclure l’abus d’hygiène peut être nocif pour la santé en réduisant les réponse immunitaires naturelles de l’organisme et en favorisant le développement d’allergies dues à un déséquilibre induit par ces mesures d’hygiène dans la flore bactérienne qui nous recouvre de la tête au pied et de la bouche à l’anus.

* Il y a à Tokyo encore aujourd’hui de nombreux bains publics où les hommes se retrouvent barbotant dans la même eau chaude après une douche abondante. Les femmes se retrouvent dans leur quartier distinct.

Une réflexion au sujet de « Chronique tokyoïte (suite) Les Japonais et leur rapport avec l’hygiène. »

  1. Bonjour
    La relation que les gens ont avec l’hygiène eSt étonnante (et souvent irrationnelle ) j’ai un jour assisté à un spectacle surprenant Dans un train de grande ligne un jeune couple a sorti tout un attirail pour donner le biberon à leur jeune enfant stérilisant soigneusement avec des lingettes la tétine du biberon qui était pourtant visiblement propre et à l’abri de souillures éventuelles Puis l’enfant satisfait , ils l’ont mis par terre dans le compartiment et l’on laissé marcher à quatre pattes !!!!
    Étonnant non ? comme disait le regretté Desproges !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s