L’homme évolue toujours ! Jusqu’où ? (Salmonelles, gluten, tryptophane et histidine)

Aujourd’hui, en parcourant les nouvelles scientifiques, je veux dire celles qui me sont accessibles comme à tout un chacun sans bourse délier, je me suis arrêté sur les résultats de travaux d’une équipe de biologistes de l’Université de Californie à Davis conjointement avec l’Université d’Uppsala concernant l’adaptabilité des fonctions d’un gène particulier au cours des générations successives d’une bactérie.
La bactérie étudiée pendant 3000 générations est une Salmonelle. La souche sauvage possède l’équipement enzymatique pour synthétiser son propre tryptophane et sa propre histidine, deux acides aminés essentiels pour nous humains qui sommes dépendants de notre nourriture et de notre flore intestinale pour ces acides aminés particulièrement. Une des étapes enzymatiques de la synthèse de l’histidine et du tryptophane fait intervenir le phosphoribosyl-pyrophosphate (je m’excuse pour l’emploi de ce mot barbare auprès de mes lecteurs) et deux autres précurseurs différents pour aller soit vers l’histidine soit vers le tryptophane. Normalement il y a deux enzymes différents pour chacune des voies métaboliques de synthèse. Mais l’enzyme en question peut de manière très discrète prendre en charge la synthèse des deux acides aminés, l’un prépondérant, sa fonction normale, celle de la voie de l’histidine, et l’autre, très faible en comparaison, vers la voie du tryptophane. Ce n’est pas l’unique exemple de spécificité un peu élargie pour un enzyme. Je rappelle qu’un enzyme est une protéine, donc un gros truc formé d’acides aminés, relativement souple et adaptable à des situations extrèmes, si on peut dire les choses ainsi pour imager et pour une meilleure compréhension et qui a pour fonction de rendre plus facile une réaction chimique, ce que l’on appelle un catalyseur.
Les chercheurs en question ont éliminé (par génie génétique) une étape clé de la synthèse du tryptophane et ont cultivé les Salmonelles dans un milieu de culture totalement exempt de tryptophane pour voir ce qui allait se passer. Soit la bactérie n’arrivait pas à pousser puisqu’elle avait été rendue incapable de synthétiser le tryptophane dont elle avait besoin, soit elle poussait très faiblement. Ce qu’ils ont constaté était qu’au cours des générations successives, la bactérie finissait par « guérir » et devenir capable finalement de faire le tryptophane dont elle avait besoin après 3000 générations (environ deux mois).
Que s’est-il au juste passé ? Comme je n’ai pas accès à la publication scientifique je suppose qu’au cours des 3000 générations, des mutations successives ont modifié progressivement le gène de l’enzyme dont je parlais plus haut et ce dernier est devenu plus compétent pour prendre en charge de manière normale la synthèse du tryptophane dont avait besoin la bactérie. Trois mille générations, à l’échelle humaine, ça représente environ 75000 ans !

Alors, me direz-vous, pourquoi faire une comparaison anthropomorphique hasardeuse à ce point de mon exposé car nous n’avons rien à voir avec les Salmonelles qui sont en quelque sorte nos ennemis (intoxications alimentaires, dyssenteries et autres gastro-entérites) ? Justement, et c’est là que l’on peut faire le rapprochement avec par exemple l’intolérence au gluten qui résulte d’un déficit en enzymes (encore eux!) de dégradation de ce composant protéique majeur du blé, de l’orge et du seigle et qui, s’accumulant dans l’intestin, induit toutes sortes de réactions immunitaires conduisant à cette intolérance bien connue.
Donc, reprenons, il y a 75000 ans, nos ancêtres étaient des chasseurs cueilleurs et on peut douter qu’ils essayaient de se nourrir de céréales comme leurs descendants le firent il y a seulement 9 à 10000 ans dans le croissant fertile quand nos même ancêtres comprirent qu’il était plus facile et plus sûr de cultiver du blé (ou son ancêtre) et de parquer des animaux dans des enclos faits de morceaux de bois, de boire leur lait et manger leur viande, le début de l’essor de l’humanité favorisé par la sécurisation de la nourriture. Mais 10000 ans, c’est peu en terme de générations si on compare l’assimilation du gluten avec les 3000 générations que les Salmonelles ont dû traverser difficilement pour devenir capables de synthétiser leur propre tryptophane. Dix mille ans pour nous humains, c’est en gros 400 générations, et il reste des cas d’intolérance au gluten ce qui est tout à fait normal.
Les créationistes, s’il en existe parmi mes lecteurs, vont avoir une grosse indigestion mais c’est pourtant la réalité, l’homme évolue encore et toujours en s’adaptant à de nouvelles conditions de vie, en modifiant son équipement enzymatique et son système immunitaire pour tout simplement mieux vivre.
Jusqu’où ira cette évolution, c’est une question sans réponse …

Source : ucdavis.edu et digression toute personnelle qui n’engage que moi-même.

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