Histoire fictive courte : l’affaire des téléphones portables défectueux.

Les premiers cas de cancer fulgurant de l’oreille interne apparurent à Osaka au Japon au mois de janvier 2016 comme s’il s’agissait d’une épidémie pouvant être liée à un virus ou une bactérie inconnue. Ce qui attira l’attention des médecins fut un simple détail statistique : parmi les victimes de cette épidémie sans agent pathogène connu, on trouvait surtout des adolescents dans une tranche d’age très précise, trop étroite pour ne pas apparaître immédiatement suspecte. Toutes les victimes de cette otite étrange se transformant en tumeur maligne en quelques semaines avec une issue fatale quelles que fussent les décisions des médecins avaient entre 13 et 16 ans. Une enquête fut donc diligentée par la police d’Osaka pour tenter de trouver si quelqu’un, un gang ou une organisation obscure avait décidé de décimer cette jeunesse, l’avenir d’un Japon vieillissant. Les familles, les voisins des victimes, les amis, les autres lycéens, et même les professeurs des écoles furent interrogés sans qu’on puisse orienter les recherches car aucun paramètre ne semblait relier toutes ces morts.
Les autopsies montraient invariablement la présence d’une tumeur au niveau de la naissance du nerf auditif dans l’oreille interne et plus précisément dans la cochlée. Les cultures de cellules cancéreuses montrèrent que tous les cas de cancers étaient liés car on trouvait invariablement les mêmes types de cellules, petites, arrondies et capables de se déplacer en empruntant des mouvements amiboïdes, ce qui expliqua très vite pourquoi ce nouveau type de cancer était aussi rapidement invasif. Certains médecins crurent qu’il s’agissait d’envahisseurs extra-terrestres et naturellement les médias s’emparèrent de cette rumeur infondée puisque des tests génétiques montrèrent très vite qu’il s’agissait bien de cellules issues du patient.
Cette épidémie, comme on prit coutûme de l’appeller, se répandit en quelques semaines dans le monde entier, surtout dans les grandes villes, Tokyo, Toronto, Sydney, Paris, Londres, New-York. Le rythme d’apparition des nouveaux cas devenait préoccupant à tel point qu’à la fin de l’année 2016, l’OMS comptabilisait plus de cinquante mille morts par mois dans le monde.
Un médecin de l’hôpital cantonal de Lausanne, ville malheureusement pas épargnée par ce fléau, remarqua curieusement que les cancers avaient tendance à se développer dans l’oreille gauche si le malade était gaucher et dans l’oreille droite s’il était droitier. Il questionna donc systématiquement les nouveaux patients, toujours des adolescents, entrant à l’hôpital cantonal.
Telle ne fut pas sa surprise de constater que l’oreille atteinte était celle sur laquelle le malade avait l’habitude de poser son téléphone portable. Cette découverte fortuite fit immédiatement la une de tous les journaux télévisés tant européens que nord-américains, chinois ou japonais. Cette épidémie était-elle liée à l’usage des téléphones portables et pourquoi seule une tranche d’age étroite était atteinte, toujours entre 13 et 16 ans. En cette année 2016, la totalité des téléphones portables appartenaient à la génération dite 5, dérivée de la génération 4 apparue quatre ans plus tôt. Le centre international de recherche sur le cancer basé à Lyon avait déjà envisagé une telle hypothétique relation entre les téléphones portables et ces cancers particuliers de l’oreille interne sans toutefois immobiliser de gros moyens pour établir de manière non équivoque cette relation. Mais devant l’ampleur mondiale de cette maladie, un comité spécial, financé par les agences européennes, nord-américaines et japonaises de la santé, fut mis en place et comme le nombre de victimes ne cessait de croître il fut très facile de pister quel pouvait avoir été le type de téléphone pouvant être incriminé a posteriori compte tenu du fait qu’aucun cas de cancer n’était décrit chez des adultes ni à quelques rares exceptions près chez des enfants de mois de 13 ans. Il fallait donc orienter les investigations vers le type de téléphone qu’utilisaient les malades, tous condamnés à une mort rapide, depuis combien de temps ils utilisaient leur téléphone, de quel fabricant il provenait, une tache monstrueuse qui mobilisa des dizaines de milliers de personnes dans le monde, soumettant de jeunes patients souvent entre la vie et la mort à des questionnaires détaillés.
Bref, il ressortit au début de 2017, lors d’un congrès mondial extraordinaire qui eut lieu à Singapour que toutes les victimes avaient utilisé un modèle de téléphone de génération 4 pendant au moins trois ans, c’est-à-dire entre 2013 et 2016, et un seul type de téléphone fabriqué dans une seule usine située dans la région de Gwandong en Chine méridionale. Pour obtenir ce résultat incontestable il avait fallu dépouiller près de deux millions de questionnaires correspondant peu ou prou aux deux millions de victimes déjà recensées.
L’étape suivante fut donc de retrouver ces téléphones devenus rapidement obsolètes avec l’arrivée de la génération suivante. Un chasse aux vieux téléphones fut organisée sur les cinq continents. Elle porta finalement ses fruits après de nombreuses études d’impact électromagnétique de ces modèles qui avaient totalement disparu du marché. On découvrit un peu par hasard que l’émetteur de ces téléphones générait des harmoniques indésirables de la longueur d’onde utilisée et autorisée modialement. Cette découverte fut immédiatement analysée en laboratoire sur des chimpanzés dont la structure de l’oreille interne est la plus proche de celle de l’homme. On découvrit très rapidement que seuls les jeunes chimpanzés étaient sensibles à cette longueur d’onde qui entrait en résonance avec la cochlée et finissait par la détruire, entrainant une multiplication cellulaire anarchique, mais uniquement chez les animaux jeunes, dont la calcification de l’ensemble de l’oreille interne était encore en cours, phénomène temporaire qui surprit un grand nombre de spécialistes car ni les très jeunes singes ni les adultes ne semblaient affectés par ces longueurs d’onde particulières.
L’examen détaillé des archives de l’usine qui avait fabriqué les téléphones permit de remonter au fournisseur d’oscillateurs. Ce dernier, toujours en activité dans la banlieue d’Ho-Chi-Min Ville, put prouver que 7 millions de ces oscillateurs produisant des harmoniques indésirables avaient été fabriqués et vendus aux constructeurs de téléphone en Chine, en Thaïlande et au Mexique.
En 2018 l’épidémie disparut après avoir fait plus de trois millions de victimes et plus aucun cas de cancer atypique de l’oreille interne ne fut déclaré dans le monde, l’affaire des téléphones portables défectueux était terminée …

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