A propos du rapport de la Cour des Comptes sur les coûts de la filière nucléaire …

C’est incroyable mais pourtant bénéfique que le tremblement de terre japonais du 11 mars 2011 suivi de la catastrophe nucléaire que l’on sait ait remué les esprits de par le monde et en particulier en Europe, en Allemagne où le lobby écologiste a arraché à Angela Merkel à son corps défendant l’arrêt du nucléaire à l’horizon 2020, en Italie où la décision de tout arrêter a aussi été prise, sans parler de la Suisse ou de la Belgique. Seule la Grande-Bretagne et la France semblent tenir à leur parc électronucléaire.
Je ne voudrais pas insinuer que la raison en est que ces deux pays sont les seuls en Europe à détenir un arsenal atomique mais à n’en pas douter la rapprochement totalement anecdotique que je fais ici ne passe pas inaperçu.
La publication de divers rapport ces derniers jours alimente donc, en cette période électorale, le débat. Il y a eu le rapport de l’ASN début janvier 2012, disponible en ligne :

http://www.asn.fr/index.php/Les-actions-de-l-ASN/Le-controle/Evaluations-complementaires-de-surete/Rapport-de-l-ASN

Ce long rapport que je n’ai pas entièrement lu mais qui permet de mieux connaître comment fonctionne une centrale nucléaire a mis l’accent, accident de Fukushima oblige, sur la sécurité et en particulier les séismes, essentiellement pour l’unité de Fessenheim, les inondations (allusion au tsunami qui a suivi le séisme japonais) et les pertes de source électrique de secours ou encore des systèmes de refroidissement d’urgence et auxiliaires (qui sont doublés voire triplés dans la version EPR). Les autres installations relatives à la filière nucléaire ont été également inspectées.
En définitive, l’exploitant (EDF) et le concepteur (AREVA) ont donc été priés de bien vouloir respecter les diverses recommandations qui ont été concrétisées dans ce rapport. Il en résultera un coût intégré dans ceux de la maintenance habituelle.
L’accident de Seveso avait conduit à mettre en conformité un certain nombre d’installations de l’industrie chimique, souvent très proches de grandes agglomérations, au niveau de la sécurité et des risques de pollution gazeuse ou liquide, mise en conformité qui fut étalée sur plusieurs années et intégrée aux opérations de maintenance programmées.

Aujourd’hui 31 janvier 2012 la Cour des Comptes a rendu public (non encore en ligne) un rapport sur le coût de la filière électronucléaire qui s’élève à 228 milliards d’euros. Pour 58 unités cela correspond si je calcule bien à 3,93 milliards par unité toutes dépenses confondues, ce qui n’est pas aussi élevé qu’on veuille bien le croire.
Mais le point le plus intéressant qui ressort de ce rapport (que j’espère pouvoir lire un jour) est la mise en avant de l’évolution du parc français.
Je cite Didier Migaud, président de la cour des comptes, dans son interview au Monde (http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/01/31/la-cour-des-comptes-releve-les-nombreuses-incertitudes-qui-pesent-sur-la-filiere-nucleaire_1636732_3234.html#ens_id=1504462) :

D’ici à la fin de 2022, 22 réacteurs sur 58 atteindront quarante ans de fonctionnement. Dans l’hypothèse d’une durée de vie de quarante ans et d’un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel [74 % de la production d’électricité], il faudrait donc un effort considérable d’investissement à court terme, qui paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles. Cela signifie qu’à travers l’absence de décision d’investissement, une décision implicite a été prise qui nous engage déjà: prolonger nos centrales au-delà de quarante ans, ou faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique vers d’autres sources d’énergie, ce qui suppose des investissements complémentaires.

On comprend clairement que l’abandon d’une partie du nucléaire (ce que préconise François Hollande) a aussi un coût considérable qu’il n’était pas dans la mission de la Cour des comptes d’évaluer. Mais on peut facilement établir une comparaison avec le Japon. Les dernières données économiques disponibles pour ce pays font état d’un renchérissement de la facture d’importation de gaz et de pétrole de 10 milliards d’euros par mois pour l’arrêt de la presque totalité du parc électronucléaire de ce pays (279 Twh, 44104 MWe). Il est donc très facile d’établir une comparaison avec la France (407 Twh, 63130 MWe). L’arrêt préconisé par François Hollande de 22 réacteurs (si j’ai bien lu) les CP0, CP1 et CP2, correspondrait à l’importation de combustible fossile (gaz ou pétrole) pour une valeur en euros actuels de 4,6 milliards d’euros par mois soit plus de 55 milliards d’euros par an, soit le coût de presque 8 EPR ! Or pour remplacer ces 22 unités de 900 MWe, pour faire court, il faudrait 11 EPR si la politique énergétique de la France reste résolument attachée au nucléaire afin d’honorer les engagements relatifs aux émissions de CO2, engagements que le Japon a allègrement abandonné, et pour cause.
Je rappelle que le nucléaire représente en France seulement 32 % de la totalité de l’énergie primaire consommée, le reste se répartissant à parts sensiblement égales entre le transport et le chauffage + l’industrie. On est donc loin, très loin du tout renouvelable sans rejets de CO2 dont parlent certains candidats à la présidentielle que je ne nommerai pas…

Si la politique énergétique future est infléchie en faveur d’un abandon progressif du nucléaire au profit d’autres énergies renouvelables (hors combustibles fossiles, charbon, pétrole ou gaz) il est difficile de trouver quel sera le coût du remplacement au moins des 22 tranches 900 Mwe (Hollande n’en a pas parlé et s’en est bien gardé) mais si l’on observe ce qui se passe en Allemagne, réseaux inadaptés, grande distance entre le parc éolien et les régions consommatrices d’électricité et nécessité d’importer de l’électricité des voisins européens quand le vent est inexistant ou insuffisant ou encore trop violent, au risque de déstabiliser l’ensemble du réseau électrique européen, tous les arguments et faits exposés ici sont explicites.
En conclusion la France ne peut pas se permettre en l’état actuel de la technique d’abandonner d’un coup de baguette magique la filière électronucléaire ni aujourd’hui, ni dans 20 ans ni ultérieurement.

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