Fukushima, et après ?

Je suis allé à Tokyo quelques jours après le tsunami du 11 mars 2011 et je viens de revenir après un séjour d’un mois toujours à Tokyo. Ce que je peux dire, c’est que la conscience citoyenne est exemplaire en ce qui concerne par exemple le chauffage et l’éclairage domestique, et je ne parle pas des restrictions l’été dernier avec les conditionneurs d’air. Mais je voudrais tout de même ajouter un commentaire circonstancié sur le fait que certains médias ont mis en scène des opposants qui soit-disant campent vers la station de métro de Kazumigaseki alors que l’homme que j’ai vu sur la photo est un clochard qui avait l’habitude de dormir sous la voie ferrée tout près du siège de TEPCO. Je connais très bien ce quartier car mon fils travaille dans une tour située juste en face de TEPCO. La désinformation est une sorte de mission pour certains médias et connaissant le Japon pour y avoir séjourné près de trois années en temps cumulé depuis 7 ans, je peux affirmer que la population continuera à aller travailler chaque jour, que les tremblements de terre ont toujours fait partie de la vie, du quotidien des Japonais, et que la majorité des victimes du 11 mars est due au tsunami. Que je sache, il n’y a pas pour l’instant de victimes de l’accident de Fukushima-Daiichi hormis les deux employés de la centrale emportés par le tsunami. Ce qui est arrivé au Japon a ravivé de vieilles peurs qui ne sont pas contrôlées par la population non informée des avantages de cette source d’énergie. Je suis justement allé à Tokyo en mars dernier pour rassurer mon fils qui vit dans cette ville car j’ai travaillé durant toute ma carrière avec des radio-isotopes et j’ai aussi été consultant auprès d’EDF et je sais de quoi je parle. J’insiste sur le fait que l’arrêt de 49 réacteurs (dont les 4 endommagés de Fukushima-Daiichi a conduit à un surcoût mensuel de 10 milliard d’euro au Japon qui a vu cette année 2011 sa balance commerciale déficitaire pour la première fois depuis 32 ans !
Je n’ose pas imaginer quel serait le coût pour la France de l’abandon pur et simple du nucléaire !
L’Allemagne qui donne des leçons de bonne conduite à tout le monde pollue gravement le ciel européen en brûlant de la lignite et en défigurant des régions entières par l’extraction de ce combustible de mauvaise qualité tout en en contribuant gravement au réchauffement climatique avec la bénédiction des partis écologistes.
Le Japon a quitté le protocole de Kyoto à la suite du tremblement de terre du 11 mars 2011 et ne pourra pas le réintégrer tant que le parc nucléaire n’aura pas été sécurisé et une partie au moins redémarré.

En ce qui concerne l’accident même de Fukushima, il faut rappeler que seule cette centrale et trois réacteurs de celle-ci ont été endommagés par le tsunami puisque les systèmes de refroidissement ont été eux-mêmes détruits par la vague de 14 mètres qui a fait très probablement des dégâts impossibles à réparer à temps si cela avait pu être envisagé compte tenu des moyens de communication également détruits par le tsunami.
A ma connaissance, les autres réacteurs japonais (à l’heure où j’écris ce billet il n’y en a plus que deux en fonctionnement !) n’ont pas subi de dégâts irrémédiables et pourraient être remis en fonctionnement sans incidents.

Le fait que psychologiquement les municipalités et les préfectures hésitent, voire refusent, à/de donner leur approbation pour un redémarrage des réacteurs une fois ces derniers sécurisés, tient uniquement à la peur d’un autre séisme de grande ampleur.
Depuis le 11 mars 2011 il y a eu 1765 tremblements de terre au Japon, et ce samedi 28 janvier 2012, huit secousses ont été enregistrées dont deux ressenties nettement à Tokyo. J’ai moi-même fait l’expérience de la secousse du 1er janvier puisque j’étais à Tokyo.

Quand le Japon s’est lancé dans le développement de l’énergie nucléaire civile, les ingénieurs savaient que le pays se trouve dans une zone de haute sismicité et il se trouve que le risque de tsunami fut ignoré au début du programme nucléaire civil japonais pour une raison encore obscure.
Certes les réacteurs de Fukushima-Daiichi sont d’un type ancien de technologie General Electric (BWR-3 et BWR-4) mis en service à partir de 1971 et de par leur conception ancienne vulnérables aux séismes, mais c’est, faut-il le répéter, le tsunami qui est la cause primaire de l’accident ayant conduit au rejet, après des feux d’hydrogène dus à la fusion partielle des assemblages de combustible, de césium et d’iode. Et le césium a durablement contaminé des milliers d’hectares de bonnes terres agricoles.

Si l’on examine le parc des réacteurs nucléaires japonais, on s’aperçoit que les plus récents sont des réacteurs type PWR (technologie initiale Westinghouse développée notamment en France). Certains d’entre eux ont été mis en service il y a quelques années seulement.

Etablissons donc une comparaison pour illustrer mon propos.
Supposons que des Caravelle soient encore en service, je ne parle pas des bateaux de Christophe Colomb mais de l’avion construit et commercialisé au début des années soixante par Sud-Aviation qui deviendra plus tard Airbus, et que l’un de ces avions vieillissant s’écrase. Ce n’est pas pour cette raison qu’on clouera au sol tous les aéronefs existants et qu’on vérifiera tous ces derniers. Quand l’Airbus A330 Rio-Paris s’est perdu dans l’Atlantique, on a remplacé les sondes anémométriques dites Pito supposées défectueuses mais on n’a pas pour autant interdit tous les avions utilisant les mêmes sondes de voler.
C’est pourtant ce genre de stratégie que le Japon semble avoir adopté. Puisqu’il y a eu un tsunami destructeur ayant résulté en l’accident nucléaire grave que l’on sait, on arrête tous les réacteurs, même les plus récents comme ceux des sites de Shika, Tomari ou Shimane pour les plus récents.
C’est un non-sens économique qui est accentué par le renchérissement récent de la facture énergétique du pays.

Combien de temps le gouvernement japonais persistera dans cette attitude irresponsable nul ne le sait, à moins qu’un black-out plonge l’agglomération de Tokyo-Chiba-Yokohama dans l’obscurité ou pire l’île d’Hokkaido ou même de Kyushu. Alors la population reverra comme le gouvernement sa copie.

Devant l’appétit énergétique il n’y a pas trop de choix, le nucléaire ou l’enfumage de la planète entière, surtout quand on considère que le développement de la filière thorium peut assurer les besoins énergétiques de l’humanité pour des milliers d’années !

J’ai pris des photos de la déforestation de la plus grande forêt boréale, en Russie, en survolant cet immense pays en avion il y a quelques jours : on massacre cette immense source de recyclage du gaz carbonique et personne ne s’en émeut vraiment…

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