Commentaire laissé ce jour sur Rue89

En réponse à l’article de Alissa Descotes-Toyosaki paru sur Rue89 et dont voici le lien :

http://blogs.rue89.com/alissa-descotes-toyosaki/2012/01/24/dans-le-campement-des-anti-nucleaire-kasumigaseki-226335#comment-2737427

Je voudrais faire quelques remarques à propos de ce reportage. Je suis allé à Tokyo quelques jours après le tremblement de terre suivi du tsunami qui a fait les dégâts que l’on sait. Je ne polémiquerai nullement sur le contenu de cet article mais je ferai seulement part de mes impressions du moment. A la fin du mois de mars dernier, tous les réacteurs nucléaires exploités par TEPCO étaient arrêtés pour des raisons de sécurité et les escalators des stations de métro ou de train étaient à l’arrêt pour économiser de l’énergie, seuls les ascenseurs étaient opérationnels pour les vieux et les femmes avec enfants. L’éclairage était largement diminué de moitié dans les couloirs du métro. Les citoyens avaient reçu pour consigne de faire le maximum d’économies d’électricité chez eux. Et cet élan citoyen a permis d’éviter un black-out dès la fin du mois de mars. Au courant de l’été, une directive applicable à toute l’agglomération de Tokyo, incluant Chiba et Yokohama a enjoint la population à réduire drastiquement l’usage des conditionneurs d’air tant au bureau qu’à la maison, ce que les Japonais ont fait dans l’ensemble. Il n’y a pas eu non plus de black-out pendant l’été, pourtant une des périodes les plus consommatrices en électricité.
Je suis revenu à Tokyo en décembre et même attitude générale de la population, restriction drastique du chauffage domestique (il faisait 7 degrés le matin dans la maison de mon fils et la même température le soir quand il rentrait chez lui : les Japonais arrêtent le chauffage la journée quand ils ne sont pas chez eux ainsi que la nuit, allez demander aux Français de faire la même chose !), encore que la plupart des postes de chauffage est alimentée par le gaz naturel d’importation.
Il n’y a pas eu de coupures d’électricité, mais tout ceci, malgré la discipline exemplaire du peuple japonais, a eu un coût que, certes, un pays comme le Japon peut supporter car son économie est toujours largement excédentaire mais qui se chiffre à environ 10 milliard d’euros de plus par mois si l’on compare en mois glissant sur l’année 2010. Ces 10 milliard d’euros (1 trillion de yens) ont été soustrait de l’économie japonaise, et pourtant l’énergie nucléaire ne représentait que 30 % de la production totale d’électricité avant le tsunami du 11 mars. Ces données qui peuvent être retrouvées facilement dans les revues économiques prouvent ceci avec clarté : dans un pays hautement industrialisé comme le Japon avec une population essentiellement urbaine de 125 millions d’habitants, un tiers de la production électrique avec des énergies fossiles importées (le Japon a quitté le protocole de Kyoto à la suite de l’accident de Fukushima) représente donc un coût de 10 milliard d’euros par mois. L’Allemagne dont le dynamisme industriel est comparable au Japon avec une population de 30 millions inférieure produit environ 25 % de son électricité à partir du nucléaire (probablement moins à ce jour mais les données sont difficiles à trouver). On peut établir une comparaison grossière entre la situation allemande qui veut (et a décidé sous la pression des écologistes) sortir du nucléaire dans les 10 ans et la situation actuelle du Japon qui a réduit de facto sa production électronucléaire de 80 %. Cependant la comparaison s’arrête là car le Japon doit importer 100 % de l’énergie fossile pour produire l’électricité dont il a besoin alors que l’Allemagne a choisi, apparemment avec l’accord des écologistes, de défigurer ses paysages, de détruire des villages entiers pour exploiter la lignite afin de produire de l’électricité de manière extrêmement polluante et d’ouvrir les vannes au gaz naturel russe.
Si un black-out survient soit sur l’île de Honshu ou celle de Kyushu, alors sera immédiatement remise en question la décision d’arrêter tous les réacteurs nucléaires. Ceux qui auront passé avec succès les tests de sureté seront certainement remis en marche quant aux plus anciens, à n’en pas douter, ils seront définitivement arrêtés.
Je rappelle, selon les données disponibles, que le surcoût financier pour produire seulement un tiers de l’électricité est de 120 milliard d’euros par an pour le Japon malgré la discipline citoyenne exemplaire, je le répète, de chaque individu …
La comparaison avec le Japon s’arrête donc là.

Maintenant, pour répondre à Madame Alissa Descotes-Toyosaki, j’ai remarqué que sur l’une des photos on voyait en arrière plan l’hôtel Intercontinental sur Hibiya-dori, si je ne me trompe, effectivement tout près de la station de métro de Kazumigaseki (d’ailleurs le siège de TEPCO se trouve sur Kazumigaseki-dori). L’homme pris en photo est un clochard bien connu des salary-men travaillant dans le quartier, je l’ai moi-même vu à de nombreuses reprises trimbalant ses sacs variés. Il avait pour habitude de dormir sous la voie de chemin de fer qui se trouve tout près du siège de TEPCO avant le tsunami. J’émets donc de sérieux doute sur la véracité de ce reportage si je m’arrête à cette remarque purement anecdotique. Ce clochard (et pourtant il y en a très peu dans le quartier d’Hibiya contrairement à Shinjuku) a donc participé à une mise en scène propagandiste. Au début du mois de janvier, j’ai vu des paysans de la préfecture de Fukushima manifester devant le siège de TEPCO pour réclamer des indemnisations et c’est bien compréhensible, ils ont tout perdu en raison de la contamination par le césium 135. Mais je n’ai jamais vu ce clochard roder alentour alors que j’étais dans ce quartier tous les jours pour aller déjeuner avec mon fils qui se trouve par un hasard tout à fait favorable pour mon argumentaire travailler dans un building en face du siège de TEPCO.

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