Réponse à Yann Kindo, blogueur de Mediapart à propos de son article « Désobéissez au gouvernement, devenez planteur volontaire d’OGM »

Je ne suis pas abonné à Mediapart mais je suis allé par hasard sur un lien qui m’a conduit à ce blog en lisant un article de Laurent Pinsolle dans Marianne.fr au sujet des OGM.
Il faudrait tout de même que le public ne soit pas sans arrêt contre-informé au sujet des OGM surtout quand les informations sont fragmentaires et le plus souvent orientées politiquement.
Aucun argument scientifique convaincant n’est jamais avancé ni développé pour se former une opinion sans parti pris et au contraire avec lucidité, une lucidité scientifique qui manque à l’évidence aux journalistes et aussi parfois à certains scientifiques qui apparemment ne savent pas de quoi ils parlent et je ne parlerai même pas des politiciens !
J’ai travaillé pendant plus de 12 ans dans le seul laboratoire privé français dont les objectifs de recherches étaient les plantes transgéniques et sans avoir jamais été un biologiste moléculaire puisque ma spécialité était l’enzymologie, je comprenais parfaitement comment on construisait une plante génétiquement modifiée et de mémoire, sans avoir besoin d’aller sur des sites encyclopédiques ou de lire des articles quels qu’ils soient, je peux expliquer clairement comment on arrive à créer en laboratoire une plante génétiquement modifiée.

La création d’une plante transgénique ne se décide pas et ne se fait pas par hasard : on choisit au départ une modification du génome susceptible d’améliorer la plante dans un sens précis.
Il y a plusieurs directions possibles qui doivent naturellement être économiquement intéressantes tant pour la société privée qui entreprend ce genre de projet que pour l’utilisateur final de la dite plante, c’est-à-dire l’agriculteur. Laissons pour le moment de coté l’intérêt économique de la transgénèse pour la société (Monsanto, Bayer ou autre), j’y reviendrai plus loin.

Intéressons-nous à l’intérêt pour l’agriculteur de cultiver une plante génétiquement modifiée parce qu’une société comme Monsanto connait naturellement les besoins ou les désirs des agriculteurs mais ne fait pas non plus de philanthropie. Un agriculteur veut planter du soja et pour que la culture soit satisfaisante au point de vue du rendement, il doit d’abord nettoyer son champ des adventices indésirables (ce que l’on appelle les mauvaises herbes). Il a le choix entre herser son champ a plusieurs reprises jusqu’à presque complète inhibition de la croissance des dits adventices puis semer. Ou alors, comme cela prend du temps et coute cher, il peut aussi tuer tous les adventices avec un herbicide et semer en utilisant une semence génétiquement modifiée pour résister à l’herbicide qu’il a choisi d’utiliser. C’est le premier cas de figure utilisé par Monsanto avec le glyphosate (Round up). Le bénéfice pour la société est double : elle vend son herbicide et la semence résistante. L’agriculteur est satisfait, globalement, il n’a pas perdu d’argent puisqu’il a économisé sur le carburant, le temps d’utilisation de son parc de matériel et il est certain que sa culture aura atteint un bon rendement en l’absence d’adventices.

On peut tout de même se poser des questions sur la stratégie de la société semencière, en l’occurrence Monsanto, quand elle propose sur le marché une telle plante, mais si l’agriculteur y trouve son compte, je ne vois pas qui pourrait faire une objection à cette pratique commerciale.

Intéressons-nous maintenant à une plante modifiée pour résister à un ravageur, un lépidoptère ou un diptère par exemple. Je prendrai les cas du coton et du maïs. Ces deux plantes ont été modifiées avec succès en intégrant dans leur génome la séquence ADN codant pour la synthèse de la toxine sécrétée par le Bacillus Thuringiensis. Cette bactérie est naturellement présente de partout dans les sols, sur les tiges des plantes et leurs feuilles et n’est pas toxique ou pathogène pour l’homme. Cette bactérie peut par contre infecter naturellement des insectes comme des abeilles ou encore des vers à soie et cette infection est mortelle non pas par le développement de la bactérie mais en raison de la toxine sécrétée par la dite bactérie, disons pour rendre les choses un peu plus claires, un peu comme une boite de conserve mal préparée et infectée par le bacille du botulisme, ce n’est pas le bacille qui tue mais la toxine qu’il sécrète. Jusque là rien d’alarmant puisqu’on utilise dans les culture dites « bio » une soupe de Bacillus thuringiensis comme insecticide par pulvérisation. L’inconvénient de ce genre de traitement est qu’il est couteux et relativement peu efficace car la toxine est une protéine, qui comme toute protéine et je sais de quoi je parle puisque j’ai travaillé pendant des années sur les protéines est sensible entre autres aux ultraviolets du soleil. On ne va tout de même pas mettre son champ à l’ombre d’un filet de plastique pour que le traitement soit efficace ! Surtout que l’agriculteur « bio » doit investir des sommes non négligeables pour par exemple produire du maïs « bio » pour nourrir des chapons « bio » et garder ainsi son label « bio » pour son exploitation.
Monsanto, comme d’autres firmes européennes ou japonaises et maintenant chinoises et indiennes, ont logiquement choisi cette démarche qui est un réel succès pour le coton dont la culture intensive est très favorable à la pullulation de nombreux ravageurs (insectes) comme c’est le cas pour le maïs. Ces deux grandes cultures ayant été modifiées pour sécréter naturellement la toxine du bacille dont je viens de parler plus haut sont résistantes aux ravageurs. L’agriculteur se frotte les mains car il n’a plus besoin d’investir dans des insecticides dangereux et couteux et de plus délétères pour l’environnement car non sélectifs et il n’a plus besoin d’aller dans son champ. Au final le bilan économique est favorable à l’agriculteur même s’il a investi dans une semence plus couteuse au départ et qu’il doit, en raison des régulations de protection industrielle, réinvestir chaque année dans la semence.
Qui, honnêtement, peut présenter un argument convaincant contre l’utilisation du coton et du maïs ou du soja modifiés pour résister à l’attaque des ravageurs ?
La seule objection qui peut être formulée est la nécessité légale pour l’agriculteur de racheter chaque année la semence génétiquement modifiée car il lui est interdit par la loi (je ne sais pas dans quelle mesure elle est scrupuleusement appliquée) de garder pour l’année suivante un stock de la dite semence.
Les objections environnementales ne sont pas convaincantes. On a parlé de pollution des rivières par la toxine en question. Mais qu’en est-il de l’usage inconsidéré et à répétition des insecticides ? Tout le monde sait que l’agriculteur en rajoute toujours une louche pour être certain que son traitement sera efficace et les insecticides, tous des neurotoxines dangereuses pour l’homme, l’animal et naturellement les insectes, se retrouvent jusque dans l’océan Antarctique ! Sans parler des adjuvants de formulation qui sont loin d’être anodins…

Il ya de nombreuses autres directions intéressantes pour la transgénèse végétale, les arbres stériles qui ne fleurissent pas et dont la croissance et accélérée et dans ce cas c’est un bénéfice considérable quand on parle d’énergies renouvelables, les pommes de terres plus riches en amidon pour des applications industrielles, il semblerait aux dernières nouvelles que leur commercialisation sera abandonnée sous la pression des écologistes, les tomates résistantes aux attaques fongiques, je ne sais pas où en est ce projet, les bananes qui ne murissent pas, on a désactivé les gène commandant la production d’éthylène, je ne sais pas non plus où en est ce projet, ou encore des plantes qui produisent un excès d’amino-acides essentiels comme la lysine ou le tryptophane, mais je ne sais pas non plus où en sont ces projets.
Malheureusement, sous la pression de politiciens ignares, d’un public manipulé par ces politiciens et des journalistes encore plus ignorants et soucieux de sensationnel plutôt que de vérité scientifique, et aussi et surtout ce fameux principe de précaution qui tue toute initiative constructive dans l’oeuf, alors l’avenir des plantes transgéniques, au moins en Europe et en particulier en France est bien compromis et c’est bien désolant.
Enfin, pour en finir avec les plantes transgéniques, pour ne pas passer pour un horrible supporter de Monsanto, le seul argument valable contre la culture des dites plantes est la main-mise des grandes multinationales sur l’agriculture par le biais de leur propriété industrielle sur les semences. Sur ce dernier point qui me parait le plus préoccupant, je n’ai encore jamais entendu un quelconque politicien déclarer qu’il fallait modifier les lois de protection industrielle sur ce point précis. A ma connaissance, les brevets concernant le maïs Mon810. De mémoire ce maïs transgénique a été breveté au milieu des années 90, peu de temps avant que je quitte définitivement la recherche dans ce laboratoire où on produisait des plantes modifiées presque tous les jours. Dans quelques années il sera dans le domaine public et alors n’importe qui pourra cultiver ce maïs et ce coton. Merci pour les agriculteurs.

Enfin, pour terminer ce long argumentaire sur les plantes génétiquement modifiées, je voudrais apporter une précision de taille pour illustrer l’ignorance des anti-OGM. La technique utilisée en laboratoire, j’écris toujours de mémoire, consiste à introduire une construction de plusieurs séquences d’ADN par un procédé physique (bombardement avec des micro-billes de tungstène enrobées de la construction génétique) ou par transfert à l’aide d’une bactérie non pathogène pour la plante. Cette opération est effectuée sur des cellules végétales qui seront ensuite cultivées à l’aide de diverses hormones pour aboutir après de longues semaines à une plantule. Or chaque cellule végétale est capable de produire une plantule et pour sélectionner les seules plantules ayant intégré le gène d’intérêt, les chercheurs ont recours à un moyen très simple qui consiste à ajouter dans la construction d’ADN initiale une gène de résistance à un antibiotique. Un simple traitement initial par cet antibiotique permet de sélectionner les seules cellules ayant bien intégré dans leur génome la construction initiale. On utilise en général des gènes de résistance aux antibiotiques qui se trouvent partout naturellement dans le sol et qui en aucun cas ne peuvent interférer avec la santé animale ou humaine. Et il faut bien insister sur ce point car ce détail a servi d’argumentaire à des polémistes qui n’ont jamais mis les pieds dans un laboratoire de recherche.

En conclusion, je suis d’accord avec Yann Kindo de Mediapart, il faut planter du maïs transgénique en dépit des interdictions du gouvernement et le lobbying des grandes multinationales n’a rien à voir avec son appel à désobéir !!!
J’espère que Yann Kindo me lira parce que je n’ai pas la possibilité de le contacter …

2 réflexions au sujet de « Réponse à Yann Kindo, blogueur de Mediapart à propos de son article « Désobéissez au gouvernement, devenez planteur volontaire d’OGM » »

  1. Je vous ai bien lu… et du coup je crois que vos récupérez mon adresse mail au passage
    Amicalement
    YK
    PS : Sur un point : il me semble que, au moins pour l’Union Européenne, il n’y a aucune loi qui empêche un agriculteur de resemer un partie de sa récolté issue de plants OGM. Les agriculteurs ne le font pas et rachètent chaque année des semences de première génération aux semenciers non pas parce qu’ils y sont légalement contraints, mais parce que c’est plus rentable pour eux, les caractéristiques spécifiques de la plante se perdant d’une génération sur l’autre.
    La transgenèse sur ce point ne change rien à ce qui était déja le cas avec par exemple les maïs hybrides cultivés en France depuis les années 50.
    En dehors de l’UE, mais je ne connais pas la situation pays par pays, les firmes semencières peuvent arriver à imposer des contrats indus.
    Mais comme vous le dîtes très bien, c’est une question politique qui ne doit rien à la technique OGM elle-même. Comme si on ne pouvait pas changer les lois !!! La démagogie obscurantiste anti-OGM est plus facile à adopter qu’un programme politique s’affrontant aux grands semenciers capitalistes.
    De plus, Monsanto doit bien rigoler : le mouvement anti-OGM en Europoe a réussi à décourager voir éliminer une bonne partie de ses concurrents potentiels en Europe ,qu’ils soient publics (comme le Cirad de Montpellier, saccagé par Bové and co) ou privés (BASF vient d’annoncer quils délocalisent leur secteur de recherche sur la transgenèse, si j’ai bien compris)

  2. bon article, dommage qu’on en voie si rarement dans les média.
    2 minuscules remarques (dans la même ligne) :
    * vous utilisez le terme « coder pour », mais c’est un anglicisme (mauvaise traduction de « to code for »), en français, le verbe « coder » est transitif. il faudrait remplacer « codant pour la synthèse de la toxine » par « codant la toxine ».
    * vous écrivez « Bacillus Thuringiensis », mais le premier nom est celui du genre, le second celui de l’espèce, le premier s’écrit effectivement toujours avec une majuscule, mais le second toujours avec une minuscule : Bacillus Thuringiensis –> Bacillus thuringiensis

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