Effet Fukushima (suite)

Je viens de lire un article paru ce soir dans Marianne2.fr.
Je cite :
« Nordstream et Southstream sont dénués de toute dimension politique » promettait Medvedev en décembre 2010 aux mauvais esprits qui voyaient dans les deux super gazoducs russes dirigés vers l’Europe des chevaux de Troie de l’influence russe. Au Sud, la Turquie a négocié pied à pied le droit de passage du gaz russe, mettant sur la table la question de son adhésion à l’Union Européenne et un « péage » qui devrait lui rapporter près de 500 millions d’euros par an. Promu par l’UE, le gazoduc South Stream passera par le fond de la mer Noire, dans les eaux territoriales turques, et reliera le littoral russe au littoral bulgare. D’une capacité de 63 milliards de m3 de gaz, il acheminera environ 35% du gaz russe destiné à l’Europe à partir de 2015. Au nord, les ex-républiques soviétiques ont vu débarqué avec un regard méfiant ce tuyau inquisiteur, inauguré en présence de nombreux dirigeants européens le 8 novembre dernier.

Indirectement, Fukushima a changé la donne. L’abandon du nucléaire par les allemands a rendu le dossier encore plus politique. « Le volume de gaz fourni sera comparable à l’énergie produite par onze centrales nucléaires » a affirmé Vladimir Poutine lors de la cérémonie d’inauguration du premier pipeline à laquelle était présent Gerhard Schroder. L’ancien chancelier allemand est le président du consortium de ce projet Nordstream si peu politique…

Pour consulter l’article, voici le lien : http://www.marianne2.fr/Paris-Berlin-Moscou-de-plus-en-plus-de-gaz-dans-l-eau_a213330.html

Nous nous trouvons donc au coeur de la panique énergétique que connait l’Allemagne qui doit dès à présent arrêter un réacteur nucléaire par an pour respecter les engagements pris par Angela Merkel auprès des écologistes allemands puisqu’il s’agit d’arriver dès 2022 à l’abandon total de l’énergie nucléaire dans le package énergétique de l’Allemagne. j’ai bien calculé, il s’agit pour ce pays de simplement supprimer 21,5 GW électriques dont des unités de production mises en service pour la plus récente en 1989 (un réacteur PWR de 1400 MW) qui pourrait encore produire de l’électricité à bas coût en comparaison du gaz russe jusqu’en 2050 et même au delà. Or la Russie, malgré les contrats à moyen et long terme d’approvisionnement de gaz naturel, ne pourra pas se soustraire aux soubresauts du marché dictés par les aléas géopolitiques, en particulier au Moyen-Orient, puisque le prix du gaz est universellement indexé sur le pris du pétrole, que ce soit le Brent ou le Light Sweet Crude.
Disons, pour faire plus synthétique, que l’Allemagne s’est inconsidérément rendue prisonnière de considérations idéologiques qui vont lui être fatales avant la fin de la prochaine décennie.
Je m’explique plus clairement pour ceux qui doivent réfléchir en lisant mes propos (sans aucune connotation blessante vis-à-vis de mes lecteurs) les Allemands ont délibérément opté pour une dépendance énergétique totale de l’extérieur car en dehors de la lignite dont regorge, certes, ce pays, l’évolution vers un « moins polluant » que vont finalement demander les Verts allemands devra inévitablement se traduire par des investissements considérables tant dans l’éolien et le photovoltaïque que la biomasse au risque de décimer les forêts bavaroises … mais ceci n’est pour le moment au’un détail, je veux parler des forêts.
Résumons : l’énergie éolienne n’est viable qu’au nord du pays, comme en France d’ailleurs (essentiellement le long des rivages de la Manche), mais le réseau de transport est totalement inadapté dans ce pays pour la raison suivante : les parcs éoliens existants et futurs sont situés le long de la Mer du Nord. Ce sont E.ON et Vattenfall qui contrôlent ces gisements, si l’on peut parler ainsi. Les deux plus puissantes compagnies, EnBW et RWE, par ailleurs exploitants de l’essentiel des réacteurs nucléaires, contrôlent l’essentiel de la consommation électrique allemande, sud et sud-ouest du pays. Dès lors, l’ensemble du pays va se trouver pris à son propre piège politique, je dis bien politique, car il semble finalement que les considérations énergétiques sur le long terme ne sont que des considérations politiciennes de court terme.
Il serait tout à fait intéressant qu’EDF, le principal stabilisateur du réseau électrique européen continental, décide que, pour des raisons climatiques, toute fourniture vers l’Allemagne soit suspendue pour une durée indéterminée, ce serait immédiatement le black-out dans la plus importante économie de l’Europe ! Le gazoduc North Stream a été conçu pour s’affranchir des exigences de l’Ukraine, mais ce projet est essentiellement dédié aux besoins énergétiques de l’Allemagne; Il faut lire dessous les cartes !
Voilà un deuxième « effet Fukushima » flagrant qui va conduire la nation allemande vers une dépendance humiliante vis-à-vis de la Russie.
Encore heureux que la France puisse résister, quel que soit le futur président de la République, au diktat des fournisseurs d’énergie fossile grace au parc électronucléaire fiable et éprouvé dont dispose ce pays pour parer à tout asservissement énergétique auquel l’Allemagne s’est abandonnée sous la pression des écologistes.
Prochain billet, je promets, l’effet Fukushima sur la crise financière européenne …

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